À Namur, le cinéma africain ne vient pas seulement chercher une vitrine. Il arrive avec ses langues, ses récits et ses propres manières de regarder le monde. La 41e édition du Festival international du film francophone, organisée du 30 septembre au 4 octobre 2026 en Belgique, confirme cette évolution.

Dans une programmation consacrée aux cinématographies francophones, plusieurs œuvres liées à l’Afrique occupent une place visible. Elles viennent de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo, de Madagascar et d’Égypte. D’autres récits prolongent cette présence par des coproductions européennes ou nord-américaines.

Namur, un carrefour pour les cinémas francophones

Créé en 1986, le FIFF de Namur s’est imposé comme l’un des rendez-vous majeurs du cinéma francophone. Le festival ne limite pas la notion de francophonie aux films tournés intégralement en français. Il accueille aussi des œuvres réalisées dans les langues nationales ou autochtones des pays concernés.

Cette orientation compte pour les cinéastes africains. Dans de nombreux films, le français sert de langue de circulation entre les personnages, tandis que le sango, l’arabe, le kinyarwanda, le peul ou le malgache portent les identités, les mémoires et les tensions locales. Le FIFF indique d’ailleurs vouloir présenter les œuvres dans leur langue originale, avec des sous-titres lorsque cela est nécessaire. La présentation officielle des inscriptions 2026 confirme cette approche.

Le festival propose également des rencontres avec les équipes, des activités pour le public et un volet professionnel. Le FIFF Pro s’intéresse notamment au financement, au marketing et à la structuration de la filière audiovisuelle. Ces espaces sont décisifs pour les producteurs africains, souvent confrontés à des difficultés de distribution après la première sélection en festival.

Des récits africains portés par plusieurs langues

Parmi les films programmés, Congo Boy, réalisé par Rafiki Fariala, constitue l’un des exemples les plus significatifs. Cette coproduction réunit la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la France et l’Italie. Le film est présenté en français et en sango, avec des sous-titres français pour les passages non francophones.

L’histoire suit Robert, un adolescent de 17 ans vivant à Bangui. Réfugié congolais, il tente de poursuivre ses études et de soutenir sa fratrie après l’arrestation de ses parents. La musique devient alors un espace de projection et de résistance personnelle. Le sujet renvoie à la réalité de nombreux jeunes urbains, sans réduire leur existence à la violence ou à la précarité.

La fiche officielle du FIFF présente le film comme une œuvre traversée par l’énergie, la création et le désir d’émancipation. Elle rappelle aussi que Rafiki Fariala a déjà été distingué pour son travail. La fiche de Congo Boy publiée par le festival précise sa distribution, ses langues et son ancrage entre Bangui et la trajectoire congolaise du personnage.

Le public de Namur pourra également découvrir Khufu, signé par le réalisateur égyptien Mahmoud Assi. Le film est tourné en arabe et s’inscrit dans une coproduction réunissant l’Égypte, la France, la Suède et le Canada. Cette présence rappelle que la francophonie cinématographique ne se limite pas aux pays où le français est la langue principale de création.

Le terme désigne plutôt un espace de circulation. Des films peuvent y entrer par leur production, leur diffusion, leurs dialogues, leurs sous-titres ou les liens historiques et culturels qui les rattachent à cet ensemble. Cette définition plus large permet de mieux rendre compte de la diversité du continent.

Madagascar au cœur des nouveaux regards

Le film malgache Disco Afrika : une histoire malgache, réalisé par Luck Razanajaona, figure lui aussi dans la sélection. La coproduction associe Madagascar, la France, l’Allemagne, l’île Maurice et l’Afrique du Sud. Elle suit Kwame, un jeune homme confronté aux choix imposés par l’argent, la corruption et la solidarité.

L’intrigue se déroule dans le Madagascar contemporain. Elle aborde les mines clandestines de saphir, les inégalités sociales et le réveil d’une conscience politique. Toutefois, le film ne s’arrête pas au constat. Il observe aussi les liens entre une génération, une ville et un pays en transformation.

Le FIFF avait annoncé cette sélection en soulignant le parcours international du film, présenté auparavant dans la section Génération du Festival de Berlin. L’annonce officielle consacrée à Disco Afrika présente une œuvre portée par le désir de redonner une place centrale aux réalités malgaches.

Cette trajectoire illustre une tendance plus large. Les films africains circulent davantage entre les festivals du continent, les rendez-vous européens et les marchés professionnels. Pourtant, la reconnaissance internationale ne règle pas automatiquement la question de l’accès du public local. La distribution en salles, le coût des billets, la concentration des équipements dans les capitales et la faiblesse des réseaux régionaux restent des enjeux majeurs.

Une francophonie largement africaine

La place du continent dans le cinéma francophone correspond aussi à une réalité démographique. Selon l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Afrique constitue aujourd’hui le principal bassin de locuteurs du français. Les données disponibles montrent ainsi que la langue se déploie dans des sociétés où elle cohabite avec plusieurs langues nationales.

Cette situation produit des œuvres hybrides. Le français peut y être la langue de l’administration, de l’école ou des échanges entre régions. Les langues locales portent alors l’intimité, l’humour, les rapports familiaux et les imaginaires. Le résultat n’est pas un cinéma moins francophone. C’est une francophonie plus complexe, façonnée par des expériences africaines multiples.

La programmation de Namur met aussi en évidence la diversité géographique de ces regards. La République centrafricaine et la RDC ne racontent pas les mêmes trajectoires. Madagascar ne se confond pas avec l’Égypte. Leurs histoires politiques, leurs industries culturelles et leurs publics diffèrent fortement.

Le défi reste celui de la circulation

La présence africaine au FIFF représente donc une reconnaissance, mais aussi un test. Les films sélectionnés doivent pouvoir rencontrer d’autres spectateurs après le festival. Cette étape dépend des distributeurs, des diffuseurs publics, des plateformes et des politiques culturelles nationales.

Le volet professionnel du festival peut contribuer à cette mise en réseau. Il permet aux producteurs et aux réalisateurs de rencontrer des partenaires. Cependant, l’équilibre reste fragile. Les coproductions ouvrent des financements et des débouchés, mais elles peuvent aussi imposer des contraintes artistiques ou commerciales.

À Namur, l’enjeu dépasse donc le nombre de films africains affichés au programme. Il concerne la capacité du cinéma francophone à reconnaître plusieurs centres de création. Il concerne aussi le droit des œuvres africaines à circuler sans abandonner leurs langues, leurs personnages et leurs territoires.

La 41e édition du FIFF, qui se déroule jusqu’au 4 octobre 2026, offrira un aperçu de cette dynamique. Les prochaines étapes seront à suivre du côté des prix attribués, des ventes internationales et de la diffusion effective de ces films en Afrique. C’est là que se mesurera leur véritable portée.