Une rentrée sous tension pour la jeunesse comorienne

Aux Comores, le passage du lycée à l’université n’a plus rien d’un simple sas. Il ressemble désormais à un test de résistance pour tout le système éducatif. Quand plusieurs milliers de nouveaux bacheliers arrivent en même temps, la question n’est pas seulement celle des places. Elle touche aussi la qualité des cours, les transports, l’encadrement et, plus largement, la capacité de Moroni à absorber une génération plus nombreuse que les précédentes.

Le sujet dépasse l’Université des Comores. Il renvoie à un pays où l’école publique reste sous pression, avec des besoins persistants en enseignants, en salles de classe et en équipements. L’UNICEF décrit d’ailleurs un système confronté à des défis d’accès, de qualité et de gestion, tandis que des analyses sectorielles rappellent que la rénovation des capacités d’accueil de l’enseignement supérieur fait partie des priorités nationales.

Des chiffres qui disent l’ampleur du choc

Cette année, la tension vient d’abord des effectifs. Le ministère de l’Éducation a évoqué près de 7 829 nouveaux bacheliers, quand l’Université des Comores accueille habituellement autour de 4 000 étudiants par an. Dans le même temps, la matière brute qui sert de point de départ au débat fait état d’environ 6 000 préinscriptions, en plus d’un effectif déjà supérieur à 11 000 étudiants. Même sans retenir un seul chiffre isolé, la tendance est claire : la demande d’inscription dépasse les capacités ordinaires du site principal de l’université.

Cette pression n’est pas nouvelle. Déjà en 2016, des responsables de l’Université des Comores parlaient d’une hausse marquée des préinscrits et d’un problème de capacité sur le site de Mvuni. Le constat actuel s’inscrit donc dans une trajectoire longue, faite de croissance des effectifs, de chantiers inachevés et d’ajustements improvisés au fil des rentrées.

Le calendrier aggrave encore la situation. La rentrée universitaire est annoncée pour la fin septembre, alors que plusieurs infrastructures restent en travaux. Dans ce contexte, l’idée de recourir provisoirement à des foyers communautaires ou à des locaux extérieurs a été mise sur la table. Une autre piste consiste à partager temporairement certains espaces avec le lycée de Moroni, en s’appuyant sur des capacités jugées renforcées.

Entre solution d’urgence et risque de dispersion

Le débat porte moins sur le principe d’accueillir les étudiants que sur la manière de le faire. Du côté universitaire, plusieurs enseignants jugent qu’une dispersion des cours dans différents sites créerait des problèmes d’organisation, d’acoustique et de suivi pédagogique. Leur inquiétude est simple : une université éclatée en points multiples perd vite sa cohérence, surtout quand les transports, les emplois du temps et la surveillance des examens reposent déjà sur des moyens limités.

Le ministère, lui, défend une logique de gestion du flux. L’argument est que l’État ne peut pas fermer la porte à une génération entière de bacheliers, faute de deuxième université publique. Cette position dit quelque chose d’important : aux Comores, l’enseignement supérieur reste très concentré, et l’université nationale joue un rôle quasi unique dans l’accès local aux études après le bac.

Sur le terrain, les conséquences seraient très concrètes. Pour les étudiants, des cours éclatés compliqueraient les trajets entre les îles et à l’intérieur de Ngazidja, surtout pour les familles qui vivent loin de Moroni. Pour les enseignants, cela imposerait davantage d’allers-retours, donc plus de fatigue et moins de temps de recherche. Pour l’administration, enfin, cela alourdirait encore une gestion déjà sensible, notamment au moment des inscriptions, des examens et de l’occupation des salles.

Ce que révèle la rentrée comorienne

Au fond, cette rentrée dit quelque chose de plus large sur les Comores : la montée des aspirations scolaires progresse plus vite que les infrastructures. C’est plutôt une bonne nouvelle sociale. Le pays forme davantage de bacheliers, et une partie de la jeunesse veut prolonger son parcours. Mais sans stratégie d’extension, cette dynamique se transforme en goulot d’étranglement. L’enjeu n’est donc pas seulement de loger des étudiants. Il est de transformer une hausse des effectifs en capital humain utile au pays.

Cette question résonne aussi à l’échelle régionale. Les Comores sont un État membre de l’Union africaine depuis le 18 juillet 1975, avec Moroni comme capitale. Dans l’espace africain, l’accès à l’université, la mobilité étudiante et l’adéquation entre formation et emploi restent des sujets majeurs, notamment pour les États insulaires où le marché intérieur est réduit et où chaque cohorte diplômée pèse lourd dans l’équilibre national.

La suite se jouera à très court terme : capacité réelle des chantiers, choix du ministère, calendrier de la rentrée et arbitrages avec les communautés locales. Si la solution retenue est provisoire, elle devra au moins éviter de transformer une urgence d’accueil en crise durable de qualité. C’est là que se jouera, pour les Comoriennes et les Comoriens, la crédibilité de l’enseignement supérieur public à Moroni.