Une mine peut afficher une production en hausse et rester loin de son potentiel. À Mopani, dans la Copperbelt zambienne, le redémarrage se mesure désormais à une question concrète : les financements annoncés suivront-ils le rythme des travaux et des objectifs de production ?

Pour la Zambie, l’enjeu dépasse les comptes d’une seule entreprise. Le cuivre alimente les exportations, les recettes publiques et l’activité de villes minières comme Mufulira et Kitwe. Mais les retombées dépendent aussi des emplois, des fournisseurs locaux et de la capacité de l’État à contrôler un partenariat où il reste actionnaire.

Un partenariat au cœur du pari cuprifère zambien

Mopani appartient à 51 % à Delta Mining, filiale d’International Resources Holding (IRH), groupe basé aux Émirats arabes unis. La société publique ZCCM Investments Holdings (ZCCM-IH) en détient 49 %. L’opération, conclue en 2024, s’inscrit dans la volonté de Lusaka de remettre en activité des mines fragilisées par le manque d’investissements.

Le gouvernement vise trois millions de tonnes de cuivre par an d’ici 2031. La production nationale a atteint environ 891 000 tonnes en 2025, selon les chiffres communiqués par le ministère des Mines et repris par l’agence publique ZANIS. Cette ambition suppose cependant une forte hausse de la production dans plusieurs complexes, et pas seulement à Mopani. Les chiffres officiels zambiens sur la production de cuivre en 2025 donnent la mesure du chemin restant.

Cette stratégie s’inscrit aussi dans une dynamique régionale. La Zambie est membre de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, et partage avec la République démocratique du Congo une importante zone cuprifère. L’augmentation des volumes peut renforcer le poids de la région dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Elle pose également la question de la transformation locale : extraire davantage ne garantit pas, à lui seul, que davantage de valeur reste dans le pays.

Des progrès visibles, mais une montée en puissance encore limitée

Selon le rapport annuel 2025 de ZCCM-IH, Mopani a produit 66 369 tonnes de cuivre cette année-là, contre 63 610 tonnes en 2024. Cette progression marque une amélioration, mais reste modeste au regard de l’objectif annoncé par les partenaires : atteindre 300 000 tonnes de cuivre raffiné par an d’ici 2029. Le rapport fait aussi état d’une perte nette de 150,8 millions de dollars en 2025. Le rapport annuel de ZCCM-IH détaille les résultats de Mopani.

Les travaux portent notamment sur le développement souterrain de Mindola Deep et les installations de Mufulira. Ces chantiers sont essentiels pour maintenir l’alimentation des usines et préparer une hausse durable de l’extraction. Toutefois, les travaux miniers prennent du temps : les dépenses annoncées ne se traduisent pas immédiatement en tonnes produites, et les résultats dépendent aussi de la fiabilité des équipements, de l’accès à l’énergie et de la qualité du minerai.

L’accord de 2024 avait été présenté comme un engagement de 1,1 milliard de dollars, combinant fonds propres et financements destinés notamment à soutenir les opérations et à traiter les dettes héritées. Le texte disponible attribue à IRH l’affirmation selon laquelle plus de 1,1 milliard avait déjà été investi en juillet 2025. ZCCM-IH a, de son côté, fait état d’environ 640 millions de dollars de prêts d’actionnaires avancés depuis 2024. Ces montants ne décrivent pas nécessairement les mêmes catégories de financement : ils ne doivent donc pas être additionnés sans précisions comptables.

Le contenu local, autre test du redressement

Les partenaires affirment que Mopani a dépensé plus de 685 millions de dollars auprès de plus de 1 300 entreprises de sa chaîne d’approvisionnement en Zambie. Une ventilation communiquée précédemment par IRH attribuait 311 millions de dollars à des entreprises détenues par des Zambiens et 374 millions à des sociétés étrangères enregistrées dans le pays. Cette distinction compte : une commande passée localement ne signifie pas toujours que la propriété, les compétences et les bénéfices restent locaux.

IRH déclarait également que Mopani employait plus de 13 000 personnes, dont plus de 99 % de Zambiens selon les communications des partenaires. L’entreprise a aussi annoncé un programme de 14,8 millions de dollars pour moderniser des infrastructures hospitalières. Pour les communautés minières, ces engagements peuvent avoir des effets directs. Ils ne remplacent toutefois ni des informations régulières sur leur mise en œuvre ni un suivi indépendant des retombées.

La priorité sera donc de vérifier ce qui se concrétise dans les contrats, les embauches et les services autour des sites. Les salariés de la mine, les sous-traitants locaux et les habitants des zones minières ne bénéficient pas tous de la même manière d’une hausse de production. Les emplois directs ne disent pas tout non plus sur la qualité des postes, leur durée ou les conditions de travail.

Des désaccords financiers toujours à éclaircir

Les relations entre actionnaires restent un point de vigilance. D’après les éléments rapportés sur une lettre datée du 18 septembre, ZCCM-IH reproche à Delta Mining d’avoir versé en 2025 une somme inférieure de 61 millions de dollars aux engagements minimaux. La société publique affirme également que 62,3 millions de dollars seulement avaient été dépensés sur un budget de développement de 308,1 millions à la fin mars 2026. Ces griefs sont des allégations attribuées à ZCCM-IH ; les présenter comme des manquements établis exigerait une réponse documentée de l’autre partie.

Le désaccord porterait aussi sur des emprunts jugés coûteux et contractés sans autorisation, ainsi que sur le choix de certains sous-traitants. De tels différends sont importants pour les contribuables : ZCCM-IH représente l’actionnariat public, tandis que les choix de financement influencent les besoins futurs de la mine et sa capacité à investir. Les conditions précises d’un règlement ou d’un financement supplémentaire ne sont pas détaillées dans le communiqué conjoint décrit par les partenaires.

Le président Hakainde Hichilema a rencontré le directeur général d’IRH, Ali Rashed Alrashdi, à Abou Dhabi fin septembre. Selon la présidence zambienne, les échanges ont porté sur la production, les ambitions nationales et la participation des entreprises locales. Le communiqué conjoint publié le 14 octobre affiche une volonté de poursuivre le partenariat. Il ne suffit pas, à lui seul, à établir que les désaccords financiers sont réglés.

Le prochain indicateur sera l’exécution

Pour Lusaka, le défi consiste à attirer les capitaux nécessaires sans renoncer au contrôle des engagements ni aux retombées nationales. Pour IRH, l’enjeu est de convertir les ressources annoncées en travaux achevés et en production. Pour les communautés de la Copperbelt, la différence se jouera dans la durée des emplois, les marchés accessibles aux entreprises zambiennes et les services réellement livrés.

Le calendrier de 300 000 tonnes par an en 2029 constitue un repère, mais pas une garantie. Les prochains rapports financiers, l’avancement des chantiers et la résolution des différends entre actionnaires permettront de distinguer une relance durable d’une amélioration encore fragile. À l’échelle de la SADC, Mopani illustre une question partagée par les pays producteurs : comment financer l’expansion minière tout en assurant une part plus tangible de la valeur aux économies et aux populations de la région ?