Une transition sous surveillance dans l’océan Indien

À Antananarivo, la question n’est plus seulement de savoir qui gouverne. Elle est de savoir comment une sortie de crise peut rester crédible quand la jeunesse réclame des comptes, que l’armée a pris la main et que les institutions doivent encore retrouver leur place. À Madagascar, la transition ouverte en octobre 2025 continue donc de se jouer sur un fil.

Le pays sort d’une séquence brutale. Après des manifestations massives portées par des jeunes à la fin de septembre 2025, une mutinerie dans l’armée a renversé le pouvoir civil. Le colonel Michaël Randrianirina a ensuite pris la tête de l’État et annoncé une transition de deux ans maximum, avant d’être investi en octobre 2025 à Antananarivo.

Dans le même temps, les organisations régionales ont rappelé le cap à suivre. L’Union africaine a exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel, avec un gouvernement de transition civil et des élections libres. La SADC, qui suit Madagascar au titre de la Communauté de développement d’Afrique australe, a également exprimé sa préoccupation dès les premiers troubles.

Le calendrier électoral se dessine, mais la confiance reste la vraie bataille

Le chantier électoral est désormais l’un des points centraux de la transition. La Commission électorale nationale indépendante, la CENI, a annoncé un référendum constitutionnel en juin 2027, suivi d’une présidentielle en octobre 2027. Cette séquence s’inscrit dans la feuille de route de la refondation publiée par les autorités, qui prévoit une révision des règles électorales et de l’architecture institutionnelle avant les scrutins.

Le chronogramme ne tombe pas du ciel. Dès mars 2026, des documents de référence évoquaient déjà une transition de 24 mois, avec une phase dédiée à la refonte de la gouvernance électorale, puis à la préparation du référendum. En mai 2026, plusieurs médias malgaches et africains ont confirmé que la CENI travaillait sur cette hypothèse de calendrier, tandis que les autorités parlaient d’un programme de refondation plus large.

Le sujet dépasse la seule date du vote. Il touche au fichier électoral, à la crédibilité de l’organe chargé des élections et à la capacité des autorités de transition à rassurer une population qui a manifesté contre les promesses non tenues. À Madagascar, la question institutionnelle est indissociable du quotidien : coupures d’électricité, accès à l’eau, emploi des jeunes et coût de la vie ont nourri la colère populaire avant la rupture politique.

Ce que change la rencontre avec Paris

La visite de Michaël Randrianirina à Paris, où il a été reçu à l’Élysée le 24 février 2026, a donné une portée diplomatique supplémentaire à cette transition. Un second entretien bilatéral a eu lieu à l’Élysée le 11 septembre 2026, selon le calendrier officiel de la présidence française. Pour Antananarivo, le message est clair : la transition malgache cherche aussi une reconnaissance extérieure, alors même qu’elle reste observée avec prudence par les partenaires africains et internationaux.

Cette séquence diplomatique compte, car Madagascar occupe une position stratégique dans le sud-ouest de l’océan Indien, au carrefour des routes maritimes vers le canal du Mozambique. Elle compte aussi pour son économie, encore vulnérable aux chocs politiques. Le ministère français de l’économie a d’ailleurs estimé au printemps 2026 que l’incertitude politique pesait sur la trajectoire de croissance, tout en notant la formation d’un nouveau gouvernement après la prise de pouvoir militaire.

Mais la reconnaissance diplomatique ne règle pas la question centrale : qui arbitre le retour à la souveraineté populaire, et selon quelles garanties ? L’Union africaine et la SADC ont déjà posé le principe d’un retour à l’ordre constitutionnel. La feuille de route malgache, elle, met en avant une refondation institutionnelle. Entre les deux, il reste à vérifier si le référendum de juin 2027 servira de point d’arrivée ou de nouvelle étape d’un processus encore fragile.

Un test malgache aux résonances régionales

Pour les Malgaches, l’enjeu est immédiat : retrouver des institutions capables de fonctionner sans dépendre de l’urgence politique. Pour les zones urbaines, où la contestation s’est structurée, la priorité reste la qualité des services publics et la tenue d’un calendrier électoral lisible. Pour les régions, souvent plus éloignées des centres de décision, l’enjeu est aussi celui de l’accès aux listes, aux bureaux de vote et à une administration qui ne soit pas seulement concentrée à Antananarivo.

À l’échelle continentale, Madagascar devient un cas d’école pour la gestion des transitions issues d’une mobilisation civique appuyée par une partie de l’armée. L’Union africaine a rappelé que le retour à l’ordre constitutionnel ne peut pas se limiter à un calendrier annoncé. Il doit passer par des règles claires, une compétition politique ouverte et des institutions électorales crédibles. C’est là que se jouera, en 2027, la portée réelle de la refondation annoncée à Antananarivo.