À Plaine-Orety, à Libreville, la question ne porte pas seulement sur un futur immeuble. Elle concerne aussi la manière dont l’État gabonais attribue ses terrains et répond aux habitants évacués au nom de l’intérêt général. Onze organisations de la société civile demandent désormais des explications au Parlement sur la parcelle destinée au siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), parti du président Brice Oligui Nguema.
Un site marqué par les déguerpissements
En juin 2025, une opération de déguerpissement a touché Plaine-Orety et le secteur situé derrière l’Assemblée nationale. L’Agence gabonaise de presse avait alors rapporté des propositions adressées au gouvernement pour répondre à la situation créée par l’opération. Les organisations qui contestent aujourd’hui l’attribution affirment que des familles déplacées n’ont toujours pas retrouvé de solution durable.
Leur porte-parole, Ella Engonga Lionel, déclare que plusieurs personnes dorment encore « à la belle étoile ». Ce témoignage exprime la position de la coalition. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir indépendamment le nombre de familles encore sans logement ni leur situation précise. Il convient donc de distinguer cette affirmation, qui appelle une réponse des autorités, d’un bilan vérifié.
La controverse s’est intensifiée après l’annonce du projet de siège de l’UDB. Le bâtiment prévu est présenté comme un immeuble R+12, c’est-à-dire comprenant douze étages au-dessus du rez-de-chaussée. Le chantier est situé sur une parcelle de Plaine-Orety, un secteur dont le statut d’utilité publique et les expulsions de 2025 sont au cœur des interrogations.
Le 30 octobre 2026, la Coalition des Organisations de la Société civile gabonaise a annoncé avoir saisi le président de l’Assemblée nationale. Elle demande l’interpellation du vice-président du gouvernement et du ministre chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre. Elle souhaite notamment connaître les actes qui fondent l’attribution, les critères retenus et l’identité d’éventuels autres bénéficiaires sur le site. Ces éléments sont rapportés par Gabonclic et Le Radar, deux médias gabonais.
Les questions adressées au Parlement
La démarche de la coalition s’appuie sur le rôle de contrôle de l’Assemblée nationale. La Constitution gabonaise du 19 décembre 2024 prévoit que le Parlement contrôle l’action du gouvernement. Elle mentionne notamment les interpellations et les commissions de contrôle. La saisine demande donc aux députés d’exercer une compétence institutionnelle, sans préjuger de la légalité de l’attribution ni de la réponse que donneront les responsables concernés.
Un autre point soulevé concerne le ministre de l’Habitat, présenté par la coalition comme étant aussi secrétaire général de l’UDB. Ce cumul nourrit une demande de clarification sur les précautions prises lors de la procédure foncière. À lui seul, il ne prouve pas qu’une règle a été enfreinte. Il rend toutefois importante la publication des décisions, des critères et des responsabilités administratives concernés.
Le parti a, de son côté, défendu le projet dans une communication rapportée par des médias gabonais. L’UDB affirme que la construction sera financée par des cotisations de militants, des contributions volontaires et des mécanismes d’ingénierie financière. Cette réponse porte sur le financement du bâtiment. Elle ne règle pas la question distincte soulevée par la coalition : sur quelle base la parcelle a-t-elle été attribuée, et comment son affectation s’articule-t-elle avec le statut du site ?
Pour les personnes déplacées, l’enjeu immédiat reste le logement et le suivi des engagements publics. Pour les autorités, il s’agit de rendre les décisions foncières compréhensibles et vérifiables. Pour un parti qui exerce le pouvoir, la transparence est également un enjeu de confiance. L’explication des procédures compte autant que la conformité juridique alléguée ou établie.
Une épreuve de transparence dans le Gabon post-transition
La question survient dans une période de recomposition politique. Après le coup d’État d’août 2023, le Gabon a adopté une nouvelle Constitution, puis organisé en 2025 l’élection présidentielle et des élections législatives. L’UDB, fondée par Brice Oligui Nguema, est devenue une force centrale au sein des nouvelles institutions. Dans ce contexte, la capacité du Parlement à demander des comptes sur une décision touchant le parti présidentiel constitue un test concret de son rôle de contrôle.
La dimension régionale est aussi à considérer, sans confondre les responsabilités nationales et les cadres communautaires. Le Gabon appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui réunit six pays autour d’une coopération économique et monétaire. Le dossier de Plaine-Orety relève d’abord du droit et des institutions gabonaises. Mais la clarté des règles foncières et la confiance dans l’administration comptent également pour les citoyens, les entreprises et les investisseurs de la sous-région.
La prochaine étape dépendra de la suite donnée à la saisine : l’Assemblée nationale peut-elle obtenir des réponses publiques, et le gouvernement publiera-t-il les documents relatifs au statut du terrain et à son attribution ? Il faudra aussi suivre les mesures destinées aux familles évacuées. Tant que ces points restent sans réponse documentée, la controverse oppose moins un immeuble à un autre qu’une question de cohérence : comment concilier l’usage public annoncé d’un site, les déplacements de population et l’affectation d’une parcelle à un parti politique ?
Sources de recoupement : Gabonclic, sur la saisine du 30 octobre 2026 ; Le Radar, sur les demandes de la coalition ; Constitution gabonaise, articles 79 à 81 ; Agence gabonaise de presse, sur l’opération de déguerpissement de 2025 ; Gabon Media Time, sur la réponse de l’UDB concernant le financement.