À Kinshasa, le référendum est devenu un test de confiance politique

En République démocratique du Congo, le débat ne porte plus seulement sur un texte. Il touche à une question plus large : qui fixe les règles du jeu institutionnel, et jusqu’où peut aller la majorité sans fragiliser les garanties constitutionnelles ? À Kinshasa, cette tension nourrit déjà les calculs des partis, les inquiétudes de la société civile et les lectures opposées du pouvoir et de l’opposition.

Le contexte compte. La RDC sort d’une séquence politique où la Constitution de 2006 reste l’ossature juridique de l’État, avec la limitation à deux mandats présidentiels souvent au centre des crispations. Dans le système congolais, la Cour constitutionnelle est habilitée à statuer sur l’interprétation de la Constitution, tandis que le Président de la République peut renvoyer une loi au Parlement pour une nouvelle délibération.

Ce que prévoit le texte et où en est la procédure

Le Parlement a adopté, en juin 2026, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum. Le texte encadre la convocation du scrutin par le chef de l’État, l’organisation matérielle par la Commission électorale nationale indépendante, ainsi que les règles de campagne, de dépouillement et de contentieux. Il ouvre aussi la possibilité d’une assemblée constituante élargie si un projet de nouvelle Constitution devait être porté au pays.

Le 28 juillet 2026, la Cour constitutionnelle a déclaré la loi conforme à la Constitution, mais avec treize réserves d’interprétation. Après cet avis, Félix Tshisekedi a saisi le Parlement, le 10 août, pour demander une nouvelle délibération du texte. L’Assemblée nationale a indiqué que le sujet serait inscrit à l’ordre du jour de la session ordinaire de septembre 2026.

Ce calendrier montre un point essentiel : le texte n’est pas encore devenu un outil opérationnel de consultation populaire. Il reste dans une phase politique et juridique sensible, où chaque étape est scrutée comme un signal sur l’intention réelle du pouvoir.

Une bataille sur l’interprétation de la souveraineté

Pour ses promoteurs, le référendum n’est pas d’abord une manœuvre institutionnelle. Il est présenté comme un mécanisme de souveraineté populaire, c’est-à-dire un moyen de donner directement la parole aux citoyens sur une question fondamentale. Cette lecture s’appuie sur l’idée qu’une Constitution peut être adaptée si les institutions le font dans le cadre prévu par le droit.

Pour ses adversaires, le risque est tout autre. Plusieurs forces d’opposition et une partie de la société civile voient dans ce chantier un passage possible vers un changement de Constitution, donc vers un déplacement des garde-fous qui protègent la limitation des mandats. La coalition C64 a rappelé son opposition à toute remise en cause de l’ordre constitutionnel, tandis que 65 organisations de la société civile ont demandé au chef de l’État de renoncer au projet.

Cette défiance tient aussi au passé politique congolais. En RDC, toute séquence constitutionnelle est lue à travers la mémoire des prolongations de pouvoir, des crises électorales et des arrangements institutionnels. Dans un pays vaste, marqué par des disparités entre Kinshasa, les grandes villes et l’intérieur du territoire, la question du référendum ne se résume donc pas à un débat de juristes. Elle touche à la confiance dans l’arbitrage public.

Ce que cela change pour l’État, les partis et les citoyens

Pour le pouvoir, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de sécuriser juridiquement toute initiative future. Il s’agit ensuite de ne pas donner l’image d’une marche forcée. Le renvoi du texte au Parlement, après l’avis de la Cour constitutionnelle, permet de maintenir l’initiative dans le cadre légal, tout en cherchant à désamorcer l’accusation de passage en force.

Pour l’opposition, la ligne est plus simple : tout ce qui ouvre un espace à une réécriture constitutionnelle mérite une vigilance maximale. Dans un paysage politique fragmenté, ce dossier sert aussi de point de ralliement. Il permet de réunir des oppositions souvent dispersées autour d’un mot d’ordre commun : défendre la Constitution telle qu’elle limite déjà l’exercice du pouvoir exécutif.

Pour les citoyens, surtout dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est et de pression sociale sur les services publics, le dossier soulève une question très concrète : quelle priorité l’État veut-il mettre au centre de son agenda ? Des organisations de la société civile ont justement relié leur refus du projet à l’insécurité, aux déplacés internes et aux difficultés économiques. Autrement dit, le débat constitutionnel se superpose à une demande de résultats immédiats sur le terrain.

Une portée qui dépasse les frontières congolaises

La séquence congolaise résonne au-delà de Kinshasa. En Afrique centrale, où les questions de révision constitutionnelle sont régulièrement scrutées, la RDC pèse par sa taille, sa démographie et son rôle dans les équilibres régionaux. Chaque débat sur les mandats, la souveraineté populaire et les procédures de révision a donc une portée symbolique pour les opinions publiques voisines.

Elle intéresse aussi les organisations régionales dont la RDC est membre, notamment la SADC et la Communauté de l’Afrique de l’Est, car la stabilité institutionnelle congolaise conditionne la sécurité, les flux commerciaux et la coopération diplomatique dans une partie sensible du continent. Dans ce contexte, la prochaine étape à surveiller est claire : la session parlementaire de septembre 2026, où la nouvelle délibération dira si le texte est retouché, adopté tel quel ou renvoyé à une nouvelle bataille institutionnelle.