À Durban, la question n’est pas seulement de savoir si un mouvement peut manifester. Il s’agit aussi de protéger les habitants et les commerces, sans priver les organisateurs de leur droit de rassemblement. À quelques jours du scrutin municipal sud-africain, la Haute Cour du KwaZulu-Natal a fixé des limites provisoires aux marches de March and March.

Une suspension pendant la période électorale

Le 30 octobre 2026, le juge Peter Olsen a rendu une ordonnance provisoire dans le cadre d’une demande portée par le ministère de la Police et les autorités policières de la province. Il n’a pas interdit durablement les manifestations. Il a ordonné leur suspension jusqu’au 6 novembre, au lendemain des élections municipales du 4 novembre. Les marches pourront reprendre à partir du 7 novembre, sous conditions.

Quand les rassemblements seront de nouveau autorisés, ils devront se tenir entre 9 heures et 15 heures, sur des itinéraires déterminés. Les armes, les bâtons, les visages dissimulés, les violences, les intimidations, les pillages et les dégradations sont interdits. Les parties doivent revenir devant la justice le 18 janvier 2027 pour examiner la suite de la procédure. Ces mesures restent provisoires : le juge n’a pas conclu à une responsabilité de March and March ou de ses dirigeant·es dans les faits allégués.

La police avait demandé une suspension plus longue, invoquant les risques de violences et les besoins de sécurité pendant le scrutin. Les autorités ont notamment évoqué une menace contre le centre d’accueil des réfugiés de Durban. La dirigeante du mouvement, Jacinta Ngobese-Zuma, a rejeté l’idée que son organisation soit responsable des actes commis par d’autres personnes. Les accusations devront être examinées contradictoirement avant toute décision définitive.

Le droit de manifester face aux impératifs de sécurité

Cette décision s’inscrit dans une séquence tendue à Durban, grande ville portuaire du KwaZulu-Natal. Des rassemblements liés à l’immigration ont été marqués par des actes de violence et des dégradations rapportés dans la ville. Leur ampleur et leurs responsabilités ne doivent pas être confondues avec les accusations encore en débat devant le tribunal.

Le président Cyril Ramaphosa a autorisé le déploiement de 510 membres des forces de défense sud-africaines en appui à la police dans la province. Selon la présidence, cette opération court du 9 octobre au 30 novembre 2026. Les soldats doivent soutenir le maintien de l’ordre, tandis que la police conserve ses responsabilités de première ligne. Ce renfort intervient alors que les autorités disent vouloir prévenir de nouveaux troubles et sécuriser les opérations électorales.

La Haute Cour a choisi l’encadrement plutôt que l’interdiction totale. Ce choix met en balance deux principes : la liberté de manifester et l’obligation de protéger la population. Il rappelle aussi que des restrictions doivent être précises et limitées, notamment lorsqu’elles touchent une mobilisation politique. L’ordonnance provisoire ne tranche cependant ni le fond des accusations ni la question de la responsabilité de chaque participant.

L’immigration au cœur de la campagne locale

Les élections municipales du 4 novembre portent sur les conseils locaux, qui influencent directement la gestion des services et de l’espace public. À Durban, comme ailleurs en Afrique du Sud, l’immigration s’invite dans les débats sur l’emploi, la sécurité, l’accès aux services et l’application des règles migratoires. Ces sujets ne se résument pas aux slogans des groupes de protestation : ils concernent aussi les administrations, les entreprises, les associations et les personnes étrangères qui vivent ou travaillent dans le pays.

Le mouvement March and March organise depuis plusieurs mois des manifestations contre l’immigration irrégulière. Ses responsables affirment défendre les intérêts des Sud-Africain·es et contestent toute association automatique entre leurs rassemblements et des violences. De leur côté, les autorités ont demandé au tribunal de limiter les marches pour éviter des troubles et mobiliser les forces de l’ordre autour du scrutin. Ces positions doivent être rapportées comme telles, sans présenter comme établies des allégations que la justice n’a pas encore tranchées.

Pour les commerçants et les habitants du centre de Durban, l’enjeu est immédiat : pouvoir circuler, travailler et accéder aux services sans craindre des affrontements ou des fermetures forcées. Pour les personnes étrangères, les tensions peuvent aussi accroître le sentiment d’insécurité. Les restrictions judiciaires protègent donc des activités concrètes, mais leur mise en œuvre devra éviter que les mesures de sécurité ne deviennent une interdiction de fait de toute expression collective.

Une décision observée au-delà du KwaZulu-Natal

La séquence met à l’épreuve les institutions sud-africaines à l’échelle locale : le tribunal définit le cadre légal, la police doit le faire respecter, et la commission électorale organise le scrutin. Le gouvernement central, installé à Pretoria, a de son côté engagé des renforts militaires dans la province. Cette répartition des rôles compte dans un pays où les tensions politiques et sociales peuvent rapidement dépasser une seule municipalité.

La question concerne aussi l’Afrique australe. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) rassemble les pays de la région autour de la coopération et de la stabilité. Les mobilités transfrontalières y sont une réalité sociale et économique ; les réponses à l’immigration irrégulière peuvent donc avoir des répercussions sur les relations entre États et sur les communautés établies de part et d’autre des frontières. Mais la décision rendue à Durban reste une mesure judiciaire nationale : elle ne constitue pas une politique régionale de migration.

Les prochaines étapes sont clairement datées. Les Sud-Africain·es votent le 4 novembre. Les manifestations ne pourront reprendre qu’à partir du 7 novembre, selon les conditions fixées par la cour. Le dossier reviendra devant le juge le 18 janvier 2027. D’ici là, la manière dont les autorités appliqueront l’ordonnance et dont les organisateurs s’y conformeront permettra d’évaluer si cet encadrement réduit les risques sans effacer le droit de manifester.