À Douala, la mort d’une élève dans l’enceinte de son établissement pose une question que les familles ne veulent plus éluder : comment protéger les enfants pendant le temps scolaire, lorsque les faits se déroulent dans un lieu censé les mettre à l’abri ? Le décès d’Essoe Moukoko Ozanne, survenu le vendredi 18 septembre 2026, a provoqué une vive émotion dans la capitale économique camerounaise.
Une enquête ouverte après un décès à l’école
La jeune fille, scolarisée en classe de 5e au collège De La Salle, a été retrouvée inconsciente après s’être rendue dans les toilettes de l’établissement, d’après plusieurs témoignages rapportés par la presse locale. Elle a ensuite été conduite à l’hôpital Laquintinie, où son décès a été constaté dans l’après-midi.
Les sources consultées ne concordent pas totalement sur son âge : certaines évoquent 11 ans, tandis que d’autres indiquent qu’elle avait 11 ans et 11 mois ou 12 ans. Cette différence devra être clarifiée par les documents officiels de l’enquête. En revanche, plusieurs récits convergent sur la date du drame, le lieu de scolarisation et le transfert de l’élève vers l’hôpital.
La famille cherche désormais à comprendre ce qui s’est passé dans l’établissement. Des parents d’élèves se sont rassemblés devant le collège le lundi 21 septembre. Une réunion d’urgence a ensuite réuni des représentants des familles, de l’administration scolaire et des autorités éducatives régionales.
Le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, s’est également rendu auprès des proches. Il a indiqué que les premières versions recueillies présentaient des divergences. Des officiers de police judiciaire ont ouvert des investigations afin d’établir la chronologie exacte des faits et les éventuelles responsabilités.
À ce stade, aucune cause définitive de la mort ne peut être affirmée. Des informations relayées par des proches font état de soupçons d’administration de substance et d’agression sexuelle. Ces éléments n’ont pas été établis publiquement par un rapport médico-légal ou une décision judiciaire. Ils doivent donc rester présentés comme des hypothèses soumises à vérification.
À Douala, l’inquiétude dépasse les grilles du collège
Dans le quartier de Bessengue, où vivait la famille, l’émotion s’est rapidement propagée. Les proches décrivent une enfant assidue et investie dans sa scolarité. Pour la famille, la douleur se double d’une attente : obtenir des réponses précises, sans rumeur ni accusation prématurée.
Cette attente concerne aussi les autres élèves. Lorsqu’un décès survient dans un établissement, la question de la sécurité ne se limite pas à la présence d’agents ou à l’existence de règles internes. Elle englobe la surveillance des espaces isolés, la réaction des adultes en cas de malaise, l’accès rapide aux soins et la conservation des éléments utiles à l’enquête.
Les établissements scolaires doivent également pouvoir signaler rapidement les violences présumées. Cela suppose des procédures connues des enseignants, des élèves et des familles. Cela implique aussi une coordination claire entre la direction, les services de santé, la police judiciaire et les autorités administratives.
À Douala, cette affaire intervient dans un climat national déjà marqué par plusieurs crimes visant des enfants et des jeunes filles. En juin 2026, le système des Nations unies au Cameroun avait fait part de sa préoccupation face à la recrudescence signalée des infanticides, des féminicides et des violences sexuelles contre les enfants.
Une série de violences qui met la réponse publique à l’épreuve
Des chiffres présentés au Parlement par le gouvernement font état de 13 infanticides recensés entre janvier et avril 2026, ainsi que de 50 féminicides et 166 cas de viol sur la même période. Ces données correspondent à des cas enregistrés par les autorités. Elles ne permettent pas, à elles seules, de mesurer l’ensemble des violences, notamment celles qui ne donnent pas lieu à une plainte.
Le terme d’infanticide désigne le meurtre d’un enfant. Celui de féminicide renvoie au meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ou dans un contexte de violences sexistes. Dans les deux cas, la qualification juridique définitive dépend des faits établis par les enquêteurs et les tribunaux.
Les affaires récentes ont relancé le débat sur la prévention, la prise en charge des victimes et la rapidité des procédures. Les associations camerounaises réclament notamment des enquêtes plus rapides, une meilleure protection des enfants et des sanctions effectives lorsque les faits sont confirmés.
Mais la réponse ne peut pas reposer uniquement sur la répression après un drame. Elle doit aussi inclure l’éducation à la protection contre les violences, des mécanismes de signalement accessibles et un accompagnement psychologique pour les enfants témoins, les familles et les personnels scolaires.
Un enjeu national et régional
Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui regroupe six pays partageant un espace économique et monétaire. Les violences faites aux enfants y dépassent les frontières nationales : elles concernent aussi les déplacements, les réseaux criminels, la protection des mineurs et la coopération judiciaire.
À l’échelle camerounaise, les écarts entre les grandes villes et les zones rurales compliquent toutefois la réponse. Douala et Yaoundé disposent d’hôpitaux spécialisés, de services administratifs et d’une forte présence médiatique. Dans les régions éloignées, les familles peuvent rencontrer davantage d’obstacles pour accéder aux soins médico-légaux, déposer plainte ou suivre une procédure.
Les conséquences diffèrent également selon les milieux sociaux. Une famille disposant de ressources peut engager un avocat, obtenir une expertise indépendante ou maintenir la pression institutionnelle. Les ménages vivant de l’économie informelle disposent souvent de moins de moyens pour suivre un dossier dans la durée.
Dans l’immédiat, les enquêteurs devront établir les circonstances précises du malaise, le parcours de l’élève dans l’établissement, les personnes présentes, les éventuels témoignages et les résultats des examens médicaux. La prochaine étape attendue est donc moins une nouvelle déclaration qu’un éclairage documenté sur les faits.
Pour les parents camerounais, l’affaire de Douala rappelle une exigence simple : l’école doit être un espace d’apprentissage, mais aussi un lieu de protection. La confiance ne pourra être restaurée que par une enquête transparente, des réponses vérifiables et des mesures concrètes pour éviter qu’un drame semblable ne se reproduise.