À Djibouti, les routes migratoires ne vont pas dans un seul sens. Des personnes arrivent du Yémen pour échapper aux combats, tandis que des migrants éthiopiens traversent le pays dans l’espoir de rejoindre ce même Yémen puis les pays du Golfe. Cette circulation simultanée met à l’épreuve les capacités d’accueil et de secours, jusque dans les zones désertiques éloignées de la capitale.
Un carrefour de mobilités dans la Corne de l’Afrique
Djibouti occupe une position stratégique entre l’Éthiopie, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Le port d’Obock et les côtes voisines se trouvent sur la route dite de l’Est, un corridor emprunté par des personnes qui quittent la Corne de l’Afrique pour gagner le Yémen, puis parfois les États du Golfe. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) décrit cette route comme l’une des plus fréquentées et des plus dangereuses au monde.
Ce mouvement s’inscrit dans un espace régional où les déplacements sont étroitement liés. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation de coopération de la Corne de l’Afrique, réunit notamment Djibouti, l’Éthiopie, la Somalie et le Yémen. Les conflits, les difficultés économiques et les possibilités de travail au-delà des frontières influencent les parcours, sans que les trajectoires soient identiques d’une personne à l’autre.
Les données de l’OIM montrent aussi que ces passages ne correspondent pas toujours à autant de personnes distinctes : la même personne peut être comptabilisée lors de mouvements différents. Il faut donc lire les chiffres comme des mouvements observés, et non comme un décompte certain de nouveaux arrivants uniques.
Des milliers de personnes immobilisées loin des secours
Depuis le 10 septembre 2026, plus de 20 000 mouvements entrants depuis l’Éthiopie ont été observés à Djibouti, selon la Matrice de suivi des déplacements de l’OIM. L’organisation a également recensé 539 ressortissants éthiopiens revenus du Yémen vers Djibouti pendant cette période. Ces chiffres dessinent un flux à double sens : certains poursuivent leur route vers la péninsule Arabique, d’autres rebroussent chemin.
Entre le 20 et le 30 septembre, plus de 3 000 migrants bloqués ont été repérés sur les itinéraires du pays. Beaucoup manquaient d’eau et de nourriture et présentaient des signes de déshydratation ou d’épuisement, selon les informations présentées par l’OIM lors d’un point de presse des Nations unies. L’organisation indique fournir une aide d’urgence — notamment de l’eau, des vivres et des soins — et accompagner les retours volontaires demandés par les migrants.
Le déplacement vers des pistes secondaires pour éviter les contrôles complique toutefois la localisation des personnes et l’acheminement de l’aide. Les distances, l’isolement de certains secteurs et le manque de ressources rendent les interventions plus difficiles. Le danger ne s’arrête pas au passage d’une frontière : le trajet expose aussi à la violence, à l’exploitation et à l’abandon par des passeurs.
La situation varie selon les lieux et les acteurs. À Djibouti-ville, les autorités et les organisations humanitaires coordonnent une partie de l’accueil. Sur les axes désertiques, les personnes en transit dépendent davantage de l’accès à l’eau, des moyens de transport et de la possibilité d’être repérées. Les communautés locales peuvent, elles aussi, être sollicitées lorsque des groupes restent immobilisés près de leurs zones de vie.
La guerre au Yémen nourrit des arrivées dans l’autre sens
Dans le même temps, des personnes fuient le conflit au Yémen et gagnent les côtes djiboutiennes. Le point de presse de l’ONU du 6 octobre faisait état de plus de 3 700 réfugiés arrivés depuis le Yémen au cours des trois semaines précédentes. L’OIM indiquait par ailleurs que les combats avaient provoqué le déplacement de plus de 184 000 personnes au Yémen depuis le 1er août. Ces bilans sont attribués aux organismes qui les ont communiqués ; ils peuvent évoluer avec les nouvelles observations.
Djibouti doit donc répondre à des besoins différents en même temps : protéger les personnes qui arrivent du Yémen, secourir celles qui restent bloquées sur la route de l’Est et accompagner celles qui choisissent de rentrer. Les statuts ne sont pas interchangeables. Un réfugié qui fuit un conflit et un migrant en transit peuvent relever de procédures et de besoins de protection distincts, même si leurs itinéraires se croisent.
Pour les autorités djiboutiennes, l’enjeu est également opérationnel. Il faut coordonner les services publics, les acteurs humanitaires et les moyens disponibles sur un territoire où les mouvements se concentrent parfois loin des principaux centres urbains. Pour les migrants, l’incertitude porte sur la suite du voyage, l’accès aux soins et la possibilité de repartir ou de rentrer en sécurité.
Un enjeu régional qui dépasse Djibouti
Ces mouvements rappellent que les réponses nationales ne suffisent pas toujours sur une route qui traverse plusieurs pays et un espace maritime. La coopération entre Djibouti, l’Éthiopie, la Somalie et le Yémen est déterminante pour partager les informations, repérer les personnes en danger et organiser une aide qui ne s’interrompt pas à la frontière. Le rôle de l’IGAD et des agences des Nations unies s’inscrit dans cette coordination régionale.
Le prochain enjeu sera de suivre à la fois l’évolution des combats au Yémen et les capacités d’assistance le long des routes djiboutiennes. Les chiffres de passage ne disent pas, à eux seuls, combien de personnes sont durablement bloquées ni quels besoins restent sans réponse. Pour Djibouti, pays de transit et terre d’accueil, la difficulté immédiate consiste à protéger des personnes aux parcours différents sans confondre leurs situations.
Les données de l’OIM ont été rapportées lors du point de presse de l’ONU du 6 octobre 2026. Les informations ont également été recoupées avec l’Agence djiboutienne d’information et l’Agence de presse africaine.