À Obock, dans le nord de Djibouti, les arrivées venues du Yémen se succèdent après des traversées éprouvantes du détroit de Bab el-Mandeb. Le pays se prépare désormais à accueillir plus de 10 000 personnes si les combats continuent de pousser les familles vers la rive africaine.
Une nouvelle pression sur la Corne de l’Afrique
Le détroit de Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden. Il sépare Djibouti de la côte occidentale du Yémen sur quelques dizaines de kilomètres. Cette proximité transforme rapidement une crise yéménite en enjeu direct pour la Corne de l’Afrique.
Djibouti accueille déjà des réfugiés originaires de Somalie, d’Éthiopie et du Yémen. Les nouveaux arrivants sont principalement pris en charge dans la région d’Obock, avant leur transfert vers le village de réfugiés de Markazi. Ce site dispose encore de capacités limitées, alors que les besoins augmentent en eau, en abris, en soins et en scolarisation.
Le pays fait partie de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, organisation régionale qui coordonne notamment les réponses aux déplacements forcés dans la Corne de l’Afrique. La situation yéménite s’ajoute ainsi à une longue série de crises qui sollicitent déjà les administrations et les communautés d’accueil de la région.
Près de 3 000 arrivées en moins d’une semaine
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, a indiqué que près de 3 000 personnes étaient arrivées à Djibouti en moins d’une semaine à la mi-septembre 2026. Elles ont débarqué notamment à Obock, Khor Angar, Moulhoule et Godoria.
Un relevé opérationnel du HCR estimait précisément les arrivées à 2 935 personnes au matin du 17 septembre, après huit jours consécutifs de mouvements. Environ 60 % des personnes recensées étaient des femmes et des enfants. Le chiffre confirme l’ampleur du déplacement, tout en rappelant que les données restent susceptibles d’évoluer avec les nouvelles arrivées et les opérations d’enregistrement.
Les traversées s’effectuent à bord de petites embarcations. Plusieurs familles arrivent épuisées, avec peu de biens et parfois après avoir été séparées de proches. D’autres personnes seraient encore bloquées sur la côte yéménite, faute de carburant ou en raison de l’insécurité qui empêche les départs.
Le HCR et les autorités djiboutiennes se préparent à l’arrivée de plus de 10 000 personnes. Cette projection ne constitue pas un bilan définitif. Elle correspond à un scénario d’anticipation fondé sur la poursuite des violences et sur l’évolution attendue des conditions maritimes.
Les combats déplacent aussi les populations à l’intérieur du Yémen
La principale conséquence de l’escalade reste toutefois visible au Yémen. Plus de 100 000 personnes auraient déjà quitté leur lieu de résidence dans les zones touchées par les combats, notamment le long de la côte occidentale.
Les déplacements concernent plusieurs gouvernorats, parmi lesquels Al-Hodeïda, Taëz, Lahj, Aden, Abyan, Ma’rib, Ad-Dhale et Chabwa. Ces mouvements ne signifient pas automatiquement que toutes les familles peuvent atteindre un lieu sûr. Les routes sont perturbées, les ressources se raréfient et l’accès humanitaire demeure difficile dans certaines zones.
Le conflit yéménite oppose depuis plusieurs années les autorités rivales et leurs forces alliées. Les Houthis contrôlent une grande partie du nord et de l’ouest du pays, tandis que le gouvernement reconnu internationalement et différents groupes armés disposent de positions dans le sud et l’est. La configuration militaire reste fragmentée. Elle complique les négociations et rend les déplacements de population particulièrement imprévisibles.
Les nouveaux déplacements s’ajoutent à une crise prolongée. Des millions de Yéméniennes et de Yéménites vivent déjà loin de leur domicile, après plus d’une décennie de conflit, de crise économique et de dégradation des services publics. Les familles déplacées doivent souvent choisir entre rester dans une zone exposée ou emprunter des routes maritimes dangereuses.
À Djibouti, l’accueil repose sur des capacités limitées
La réponse ne dépend pas seulement du nombre de personnes débarquant sur les côtes. Elle exige aussi un enregistrement rapide, une orientation médicale, un hébergement temporaire et un accès à l’eau potable. Les enfants ont besoin d’une prise en charge scolaire. Les personnes vulnérables doivent pouvoir bénéficier d’une protection adaptée.
Le HCR indique que le site de Markazi peut encore accueillir environ 5 000 réfugiés. Une arrivée supérieure à cette capacité placerait rapidement sous tension les infrastructures existantes. Le manque d’espace pourrait affecter les conditions de vie, tandis que la concentration de population compliquerait l’accès aux soins et à l’assainissement.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les familles nouvellement arrivées auront besoin d’une aide immédiate. Les habitants d’Obock et des localités voisines pourraient, eux aussi, subir une pression accrue sur les services disponibles. Les autorités devront donc éviter que l’urgence destinée aux réfugiés ne fragilise les équilibres locaux.
Le financement constitue un autre point critique. Le HCR estime que son opération à Djibouti n’est couverte qu’à hauteur de 15 %. L’agence demande environ 5,1 millions de dollars pour assurer l’accueil, l’enregistrement, la protection et les services essentiels. Au Yémen, son opération n’est financée qu’à 18 %, avec un besoin supplémentaire évalué à 14 millions de dollars pour les familles déplacées.
Un risque régional au-delà de la crise humanitaire
La dégradation de la situation touche aussi un corridor maritime stratégique. Le Bab el-Mandeb est emprunté par des navires commerciaux et humanitaires reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Une insécurité durable peut allonger les itinéraires, augmenter les coûts de transport et retarder l’acheminement de l’aide vers le Yémen, le Soudan ou d’autres zones de crise.
Djibouti se retrouve ainsi au croisement de deux dynamiques. Le pays doit répondre à une urgence humanitaire sur son territoire. Il doit aussi préserver un espace maritime essentiel pour les échanges régionaux et pour les opérations de secours.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Le HCR s’attend à une possible accélération des traversées après la mi-octobre 2026, lorsque les conditions en mer pourraient devenir plus favorables aux départs. L’évolution des combats sur la côte yéménite, les capacités d’accueil de Markazi et le financement de l’aide seront les principaux indicateurs à suivre.