À Bwindi, la protection des gorilles des montagnes se joue aussi en dehors des limites du parc. Dans les collines du sud-ouest de l’Ouganda, planter un arbre peut réduire la pression sur la forêt, fournir du bois aux familles et maintenir un corridor utile à la faune.
Cette approche associe conservation, revenus locaux et transmission aux jeunes. Elle répond à une réalité simple : la forêt protégée est entourée de villages agricoles où les habitants ont besoin de bois de chauffage, de plantes médicinales, de fruits et de matériaux pour l’artisanat.
À Bwindi, une forêt riche mais entourée de villages
Le parc national de la Forêt impénétrable de Bwindi couvre environ 32 092 hectares. L’UNESCO le classe au patrimoine mondial depuis 1994, en raison de sa biodiversité et de son rôle pour les gorilles des montagnes.
Le site se trouve dans le district de Kanungu, non loin de la frontière avec la République démocratique du Congo. Il appartient à un ensemble écologique plus vaste, lié aux forêts et aux reliefs de la région des Grands Lacs.
Bwindi abrite près de la moitié des gorilles des montagnes encore présents dans le monde. Les dernières données détaillées disponibles pour le secteur de Bwindi et de la réserve voisine de Sarambwe indiquent une population de 459 individus lors du recensement de 2018. L’effectif mondial dépassait alors le millier.
Ces progrès ne signifient pas que l’espèce est hors de danger. Le gorille des montagnes reste classé « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Son habitat demeure limité et fragmenté. Les maladies, les dérangements humains, les changements climatiques et la pression agricole continuent de peser sur son avenir.
Planter près des villages pour protéger au cœur du parc
Dans plusieurs communautés, des organisations locales développent des pépinières et distribuent des plants destinés aux parcelles privées. L’objectif est de rapprocher les ressources des habitations, afin de limiter les prélèvements dans les zones protégées.
Les arbres servent notamment au bois de chauffage. Certaines espèces peuvent aussi fournir des fruits, des plantes utiles à la médecine traditionnelle ou des matériaux pour l’artisanat. Cette disponibilité réduit le temps consacré à la collecte et peut alléger la pression sur les lisières de Bwindi.
L’organisation ougandaise Change a Life Bwindi explique privilégier la restauration d’espèces indigènes, la protection de la végétation existante et la reconnexion de secteurs dégradés. Cette méthode ne consiste donc pas seulement à multiplier les plants. Elle cherche à reconstituer des milieux capables de retenir l’eau, de protéger les sols et d’accueillir une biodiversité variée.
En 2023, des habitants du district de Kanungu avaient déjà planté 20 000 arbres sur un objectif de 50 000 à l’horizon 2024, selon le média ougandais The Nile Post. Le projet vise notamment la création d’une zone de conservation communautaire sur une centaine d’acres.
La dimension locale est essentielle. Les familles ne sont pas seulement invitées à protéger un animal associé au tourisme international. Elles peuvent obtenir des ressources qui répondent à leurs besoins quotidiens. Cette logique renforce l’adhésion à la conservation, même si elle ne supprime pas les tensions liées à l’accès à la terre et aux ressources.
Des écoles impliquées dans la transmission
Les programmes de plantation associent également des établissements scolaires. Les élèves participent à la mise en terre des arbres et découvrent le fonctionnement d’un écosystème forestier.
Cette éducation relie la protection de la biodiversité à des questions concrètes : la qualité de l’eau, l’érosion des sols, l’agriculture et les revenus tirés du tourisme. Elle peut aussi créer des habitudes durables dans les familles, à condition que les plants survivent et que les communautés disposent d’un accompagnement régulier.
Dans le sud-ouest ougandais, plusieurs initiatives environnementales soutiennent la création de pépinières scolaires et la plantation d’espèces indigènes. L’enjeu dépasse la seule sensibilisation. Il s’agit de donner aux jeunes une place dans la gestion d’un territoire où les activités humaines et la faune sauvage se côtoient chaque jour.
Le tourisme apporte des revenus, mais ne suffit pas
Le tourisme des gorilles constitue un pilier économique de la région de Bwindi. Les permis de visite et les activités liées à l’accueil des voyageurs génèrent des recettes pour l’État, les opérateurs et les communautés voisines.
Selon l’Associated Press, le dispositif ougandais de partage des revenus prévoit notamment un reversement aux communautés à travers les autorités locales. Les recettes peuvent financer des projets liés à l’eau, à la santé ou aux infrastructures.
Cette manne reste toutefois inégalement répartie. Les acteurs du tourisme formel bénéficient davantage des visiteurs que les ménages éloignés des circuits. Les emplois peuvent aussi être saisonniers. Pour les familles rurales, les arbres plantés sur leurs propres terres offrent donc un bénéfice plus direct que la seule promesse d’un revenu touristique.
La pandémie de Covid-19 a montré la fragilité d’un modèle fortement dépendant des visiteurs internationaux. Lorsque les arrivées ont chuté, les recettes destinées à la conservation et aux villages ont été mises sous tension. La reforestation fournit ainsi une réponse environnementale, mais aussi une forme de diversification économique.
Un enjeu qui dépasse les frontières ougandaises
La conservation des gorilles des montagnes s’inscrit dans une coopération régionale entre l’Ouganda, le Rwanda et la République démocratique du Congo. Les gorilles circulent dans des paysages qui ne s’arrêtent pas aux frontières administratives. La protection d’un massif dépend donc aussi de la situation des parcs voisins.
Cette dimension concerne notamment la Communauté d’Afrique de l’Est, organisation régionale qui réunit plusieurs pays de la sous-région et cherche à renforcer les échanges ainsi que la coopération transfrontalière. Elle concerne également les mécanismes de l’Union africaine sur la biodiversité et la lutte contre la dégradation des terres.
Pour Kampala, le défi consiste désormais à consolider les résultats obtenus. Cela passe par le suivi des plantations, la protection des corridors, une meilleure répartition des revenus et la participation effective des communautés, y compris celles qui ont été historiquement marginalisées dans les politiques de conservation.
À Bwindi, l’avenir des gorilles ne dépend donc pas uniquement du nombre d’animaux recensés. Il dépend aussi de la capacité à maintenir une forêt fonctionnelle et des villages capables d’y vivre sans en épuiser les ressources. La prochaine étape sera de vérifier, sur le terrain, combien d’arbres plantés deviennent réellement des forêts durables.