À Antananarivo, un partenariat ancien se redéfinit sans perdre son poids
À Madagascar, la diplomatie ne se joue plus seulement dans les palais, mais aussi dans la manière de parler aux nouveaux équilibres du pouvoir. Depuis quelques mois, les autorités malgaches envoient un message clair : la Grande Île veut rester ouverte à la France, mais elle ne veut plus dépendre d’un seul partenaire. Cette ligne s’inscrit dans une période de transition politique où chaque visite étrangère est aussi un test de méthode.
Ce repositionnement compte d’autant plus que les liens franco-malgaches restent structurants. Paris rappelle que les deux pays sont liés par des échanges humains, culturels, économiques et sécuritaires, avec environ 160 000 Malgaches en France, 17 500 Français inscrits à Madagascar et un commerce bilatéral d’environ 1 milliard d’euros par an. La France souligne aussi que Madagascar demeure son premier partenaire régional pour les forces françaises stationnées dans le sud de l’océan Indien.
Une transition encadrée par les organisations régionales
Le contexte malgache ne peut pas se lire à travers le seul prisme bilatéral. Depuis la crise politique née en 2025, la Communauté de développement d’Afrique australe, ou SADC, accompagne le processus de Refondation. L’organisation a demandé un dialogue national inclusif, un calendrier de réformes et un retour à l’ordre constitutionnel. Elle a aussi fixé des jalons précis, notamment un rapport de préparation au dialogue et une feuille de route nationale.
De son côté, l’Union africaine a réaffirmé son soutien à la transition conduite par les autorités malgaches et à la nouvelle feuille de route vers le retour à l’ordre constitutionnel. En juillet 2026, la Commission de l’UA a salué le dialogue politique inclusif en cours et sa disponibilité à accompagner le pays. Cette séquence montre que Madagascar n’avance pas seul ; il avance sous observation régionale, avec des attentes précises sur la consultation, la stabilité et le calendrier.
La ligne malgache : ouverture tous azimuts, sans monopole
Dans ce cadre, la visite du président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Bruno Fuchs, a pris une portée plus large qu’un simple échange protocolaire. À Tsimbazaza, le président de l’Assemblée nationale malgache, Siteny Randrianasoloniaiko, a rappelé que Madagascar est « ouvert à toutes les relations », coopère avec tous les pays et ne rejette pas la France. Il a aussi insisté sur la volonté de mettre fin à toute forme de monopole dans les relations extérieures.
Cette position est cohérente avec la stratégie actuelle des autorités de la Refondation. Les discussions malgacho-françaises portent désormais sur la concertation nationale, la réforme électorale, la transformation de l’administration, la transparence et la lutte contre la corruption. Autrement dit, la coopération n’est plus seulement présentée comme un héritage historique, mais comme un outil à adapter à la nouvelle architecture politique du pays.
Bruno Fuchs a, lui, défendu une lecture pragmatique des relations avec les pouvoirs de transition. Selon les éléments relayés localement, il a estimé qu’il faut accompagner un dirigeant jugé sincère plutôt que laisser le champ libre à d’autres acteurs. Dans le même temps, il a reconnu que le terrain diplomatique a changé et que Paris doit composer avec une diversification assumée des partenaires malgaches, dont la Russie.
Ce que cette évolution change pour Madagascar
Pour les autorités malgaches, cette recomposition offre une marge de manœuvre. Elle permet de négocier plus fermement, d’élargir les sources de financement et de ne plus dépendre d’un seul cercle d’influence. Mais elle impose aussi une discipline politique plus forte. Plus les partenaires se multiplient, plus les arbitrages deviennent visibles. Chaque contrat, chaque appui budgétaire, chaque projet d’infrastructure devient un signal sur la direction réelle de la transition.
Pour la population, l’enjeu est plus concret. À Antananarivo comme dans les régions, les priorités restent l’eau, l’électricité, l’emploi, les routes, la stabilité des prix et l’accès à des services publics qui fonctionnent. Les annonces diplomatiques ne prennent de sens que si elles débouchent sur des résultats tangibles. C’est précisément pour cela que la concertation nationale, la réforme institutionnelle et la transparence reviennent au centre du discours officiel.
Pour la France, le dossier malgache est devenu un exercice d’ajustement. Paris veut préserver un lien dense, mais il ne peut plus le penser comme un héritage automatique. Les discussions récentes ont montré qu’il faut désormais parler de souveraineté, de diversification et de coopération plus équilibrée. Madagascar, pour sa part, veut garder l’accès aux appuis traditionnels tout en élargissant ses options auprès d’autres partenaires africains et extra-africains.
Une séquence à surveiller dans toute la région océan Indien
La portée de cette séquence dépasse Madagascar. Dans l’océan Indien, les équilibres se jouent aussi entre coopération maritime, sécurité, circulation des capitaux et diplomatie parlementaire. La France, Madagascar, La Réunion, Mayotte, la COI et l’IORA s’inscrivent dans un même espace stratégique. Si la transition malgache parvient à stabiliser ses institutions tout en gardant plusieurs canaux de coopération, elle enverra un signal utile à d’autres pays africains engagés dans des périodes de recomposition politique.
Il faudra donc suivre trois échéances. D’abord, la consolidation du dialogue politique inclusif. Ensuite, la mise en œuvre effective de la feuille de route de Refondation, avec ses réformes électorales et institutionnelles. Enfin, la capacité des autorités à transformer cette ouverture diplomatique en résultats visibles pour les Malgaches. C’est là que se jouera la crédibilité du nouveau cap, bien au-delà d’un seul déplacement parlementaire.