À Accra, la ruée vers l’or n’est plus seulement une affaire de sous-sol

Au Ghana, l’or artisanal n’est plus traité comme une marge floue de l’économie. Il devient un secteur à part entière, surveillé, structuré et désormais convoité par des partenaires internationaux. Dans un pays où les mines artisanales pèsent lourd dans les recettes, la question n’est plus seulement de produire davantage. Il s’agit surtout de savoir qui achète, qui contrôle, et qui bénéficie vraiment de la valeur créée.

Cette évolution s’inscrit dans une séquence commencée en 2025 avec la création du Ghana Gold Board, ou GoldBod, chargé de centraliser l’achat et l’exportation de l’or artisanal et à petite échelle. L’initiative répond à un problème ancien en Afrique de l’Ouest : un métal précieux qui rapporte beaucoup à l’exportation, mais qui s’échappe souvent par les circuits informels, la contrebande ou des réseaux opaques. À l’échelle régionale, le sujet dépasse le seul Ghana, car la CEDEAO fait face aux mêmes tensions entre formalisation, sécurité des frontières et capture des revenus miniers.

Un financement modeste, mais un signal politique clair

Le 21 juillet 2026, le ministère ghanéen des Terres et des Ressources naturelles a annoncé l’obtention d’une subvention initiale de 250 000 dollars du World Gold Council. Cette somme entre dans un programme plus large d’un million de dollars destiné à appuyer la formalisation de l’or artisanal et à petite échelle, notamment à travers l’enregistrement de coopératives dans le cadre du rCOMSDEP, le programme gouvernemental de mines coopératives responsables. Le ministère a présenté ce soutien comme un levier pour rendre l’or ghanéen plus traçable et plus conforme aux attentes du marché international.

Dans le même temps, l’État ghanéen met en avant des résultats déjà visibles. Selon les autorités et plusieurs médias locaux, la production artisanale déclarée a atteint 104 tonnes en 2025, contre 63 tonnes en 2024. Le gouvernement a aussi indiqué que ce volume avait généré plus de 10 milliards de dollars de recettes à l’exportation. Ces chiffres ont été relayés par l’agence de presse nationale et par des organes d’information ghanéens, ce qui permet de les recouper au moins sur le fond, même si la comptabilisation exacte dépend encore du périmètre retenu par GoldBod.

Le Ghana Gold Board affirme que cette dynamique a commencé à inverser l’ordre habituel du secteur. En 2025, l’or artisanal et à petite échelle aurait dépassé la production de l’extraction industrielle, une première dans le pays. C’est un basculement important pour un État où l’or reste un pilier des exportations, des réserves de change et de la stabilité du cedi, la monnaie nationale. En d’autres termes, ce n’est pas seulement une affaire de mines. C’est aussi une affaire de politique monétaire et de souveraineté économique.

Ce que change la formalisation pour les mineurs, l’État et les acheteurs

La formalisation peut produire des effets très différents selon les acteurs. Pour l’État, elle promet davantage de recettes fiscales, moins de fuites de métal et une meilleure alimentation des réserves officielles. Pour les acheteurs internationaux, elle réduit un risque devenu central : celui d’un or dont l’origine ne peut pas être documentée de manière crédible. Pour les mineurs artisanaux, en revanche, le bilan dépendra des conditions concrètes d’accès au marché officiel, des prix offerts, du coût des licences et de la rapidité des paiements. Si ces paramètres sont trop contraignants, l’informel reprend vite sa place.

Le World Gold Council a tout intérêt à accompagner ce virage. L’organisation défend depuis plusieurs années l’idée que les chaînes d’approvisionnement doivent devenir plus transparentes, y compris dans l’artisanal et le semi-industriel. Dans ses propres travaux, elle rappelle que l’or artisanal fait vivre des millions de personnes dans le monde, mais qu’il reste exposé à des risques de criminalité, de corruption et de dégradation environnementale. Son appui au Ghana s’inscrit donc dans une logique de crédibilité du marché, mais aussi de sécurisation des flux pour les raffineurs, les banques et les investisseurs.

Le gouvernement ghanéen, lui, présente GoldBod comme un outil de rééquilibrage. L’Agence nationale de presse a rapporté qu’en 2025 l’institution avait acheté et exporté 104 tonnes d’or artisanal, tandis que les achats de janvier 2025 à mai 2026 atteignaient plus de 135 tonnes toutes catégories confondues. Les autorités veulent aussi réduire la part des acheteurs non licenciés et limiter les pertes liées au stockage spéculatif, à la fraude et à la fuite vers les pays voisins. Dans un espace ouest-africain très poreux, cette bataille se joue autant aux frontières qu’aux comptoirs d’achat.

Une bataille économique qui pèse aussi sur la CEDEAO

Le dossier ghanéen résonne au-delà d’Accra. Dans plusieurs pays de la sous-région, l’or artisanal finance des milliers de familles, mais alimente aussi des réseaux de contrebande, des tensions foncières et des pressions environnementales sur l’eau et les terres agricoles. Pour la CEDEAO, la formalisation n’est donc pas un sujet technique. C’est une question de gouvernance régionale, de coopération douanière et de sécurité économique. Le Ghana teste ici une méthode : centraliser l’achat, tracer le métal et associer des partenaires privés à un cadre public plus strict.

La portée continentale est nette. Alors que plusieurs économies africaines cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources, le cas ghanéen montre qu’un État peut reprendre la main sans fermer le marché. Il peut aussi utiliser l’or artisanal comme un instrument de consolidation financière, à condition d’éviter que la formalisation ne se transforme en simple contrôle administratif sans bénéfice pour les producteurs. Le vrai test, dans les mois qui viennent, sera celui de la durée : maintenir les volumes officiels, protéger les revenus des mineurs, et prouver que la traçabilité peut devenir un avantage compétitif pour l’Afrique de l’Ouest sur un marché mondial devenu plus exigeant.