À Abidjan, le slam ne se limite plus à une performance sur scène. Il se transmet aussi dans les ateliers, entre artistes confirmés et jeunes voix qui cherchent leur place. La dixième édition du festival Babi Slam a mis cette transmission au cœur de ses rencontres, avant la Grande Nuit du slam organisée samedi 31 octobre 2026.

Une scène construite au fil des années

Le festival est porté par le collectif ivoirien « Au Nom du Slam ». Depuis ses débuts, celui-ci contribue à faire connaître une pratique artistique où la poésie prend corps à l’oral, parfois accompagnée de musique. L’enjeu est aussi de créer des occasions de formation et de rencontre, au-delà du spectacle.

Le chemin parcouru se mesure jusque dans les mots employés. Amee Slam, présidente du collectif, se souvient d’une époque où se présenter comme slameur ou slameuse appelait souvent une explication, voire une démonstration immédiate. Aujourd’hui, le terme est davantage identifié dans le paysage culturel ivoirien.

Cette évolution s’inscrit dans une histoire plus large. Le slam ivoirien s’est développé à travers des collectifs, des scènes ouvertes et des rendez-vous culturels. La Fédération Ivoirienne de Slam Poésie, créée en 2021, participe à la structuration du secteur et à la coordination des artistes. Babi Slam est l’un des espaces où cette scène se rend visible.

Des ateliers à la scène, une transmission concrète

La dixième édition a rassemblé des artistes de générations et de pays différents. Elba, slameuse camerounaise présente aux rencontres, a notamment évoqué les apprentissages réalisés lors des ateliers, dont ceux animés par le rappeur et auteur Oxmo Puccino. La Grande Nuit du slam a ensuite réuni des artistes ivoiriens et internationaux, avec Oxmo Puccino comme invité spécial.

Pour Bérénice, championne nationale ivoirienne de slam en 2022, l’accompagnement des artistes plus expérimentés compte autant que la scène. Elle décrit un collectif qui guide, corrige et encourage les plus jeunes. Cette transmission orale et pratique contribue à faire émerger des vocations, mais aussi à maintenir des liens entre les différentes générations d’artistes.

La soirée s’est achevée par un concert d’Oxmo Puccino. Sa présence a donné à l’événement une dimension de rencontre entre slam et rap, deux formes où le texte, le rythme et l’interprétation occupent une place centrale, même si leurs codes ne se confondent pas.

Un rendez-vous abidjanais ouvert aux circulations régionales

Abidjan concentre une grande partie des infrastructures et des rendez-vous culturels ivoiriens. Mais le festival ne se réduit pas à une scène locale : les artistes invités et les ateliers favorisent la circulation des textes et des pratiques entre pays. La présence d’une slameuse camerounaise illustre cette dimension ouest et centrale-africaine, sans effacer les trajectoires propres à chaque scène nationale.

Cette ouverture s’ajoute à un réseau culturel déjà animé par des festivals, des instituts, des associations et des événements professionnels. Le Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan, ou MASA, contribue lui aussi à la visibilité des arts vivants du continent. Ces rendez-vous ne remplissent pas tous la même fonction : certains mettent l’accent sur la diffusion, d’autres sur la formation ou la rencontre entre artistes.

La présence d’un artiste connu à l’échelle internationale peut attirer un public plus large. Mais la continuité du festival dépend aussi du travail moins visible : organisation, accompagnement, répétitions et accès à des espaces de représentation. Pour les jeunes slameurs, ces occasions peuvent aider à développer une pratique et à rencontrer des pairs. Elles ne garantissent toutefois ni revenus réguliers ni débouchés professionnels.

La suite se joue aussi hors de la capitale économique

Le défi pour la scène ivoirienne est désormais de faire circuler les opportunités au-delà d’Abidjan, capitale économique, et de soutenir les artistes dans la durée. Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire, ainsi que les autres villes du pays ont leurs propres publics et dynamiques culturelles. Des événements organisés dans plusieurs territoires peuvent élargir l’accès aux ateliers et aux scènes, à condition que les moyens suivent.

À l’échelle régionale, Babi Slam rappelle que les arts de la parole franchissent aisément les frontières linguistiques et nationales, tout en s’ancrant dans des réalités locales. L’enjeu des prochaines éditions sera de préserver cet équilibre : accueillir des voix venues d’ailleurs, consolider les parcours ivoiriens et donner une place réelle à la relève. Une décennie de festival marque une étape ; la transmission, elle, se mesure dans les scènes et les collaborations qui lui succèdent.