À Malabo, la lutte contre le paludisme ne se joue pas seulement dans les centres de santé. Elle dépend aussi de la capacité à atteindre chaque quartier, à protéger les enfants et à maintenir la prévention dans la durée. La Guinée équatoriale vise désormais l’élimination de la maladie à l’horizon 2030, mais l’expérience de l’île de Bioko montre à la fois ce que des interventions soutenues peuvent accomplir et ce qu’il reste à démontrer sur le continent.
De Bioko au territoire continental
La Guinée équatoriale est membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui rassemble six pays autour de coopérations économiques et monétaires. Mais le paludisme ne s’arrête pas aux frontières de cette organisation. La partie continentale du pays est voisine du Cameroun et du Gabon, où la transmission reste importante. Les déplacements de personnes et les conditions favorables aux moustiques rendent donc nécessaire une surveillance qui dépasse les frontières nationales.
Sur l’île de Bioko, où se trouve Malabo, un programme de lutte contre le paludisme est conduit depuis 2004. Il combine notamment la pulvérisation d’insecticide à l’intérieur des habitations, la surveillance des cas et la lutte contre les larves. Ce travail de longue haleine a contribué à une forte baisse de la maladie. Selon les autorités équato-guinéennes, la proportion d’enfants de 2 à 14 ans atteints est passée de 45 % en 2004 à 6 % en 2026. Ce bilan officiel souligne un progrès, mais ne signifie pas que la transmission a disparu.
Le défi est maintenant d’étendre les interventions au-delà de l’île. Le gouvernement a engagé des opérations de pulvérisation à Malabo et veut déployer des outils supplémentaires sur l’ensemble du territoire. La réussite de Bioko constitue un point d’appui, pas une garantie de résultat ailleurs : le continent est plus vaste, les populations plus dispersées et les échanges avec les pays voisins plus difficiles à contrôler.
Vaccination, pulvérisation et surveillance
La stratégie annoncée associe plusieurs moyens plutôt que de miser sur une solution unique. La vaccination des enfants avec le vaccin antipaludique R21 figure au programme. Les autorités évoquent un objectif de 300 000 enfants, tandis que l’OMS recommande les vaccins contre le paludisme comme outil complémentaire dans les zones de transmission. La vaccination ne remplace ni les moustiquaires, ni le diagnostic rapide, ni le traitement des personnes malades.
Les pulvérisations intérieures doivent réduire la présence de moustiques dans les logements. Leur efficacité dépend toutefois de la couverture réelle des habitations, de l’acceptation des équipes par les résidents et de la répétition des opérations. Des données précises sur les maisons visitées et les cas détectés permettent d’ajuster les actions. C’est là que les drones pourraient apporter un soutien : repérer des zones où les moustiques se concentrent et orienter les équipes. Leur achat a été approuvé par les autorités, mais leur contribution concrète dépendra encore de leur déploiement et de la qualité des données recueillies.
Le pays étudie également la possibilité de recourir à des moustiques génétiquement modifiés. Cette piste ne doit pas être confondue avec une mesure déjà appliquée à grande échelle. Elle soulève des questions de sécurité, de réglementation et d’acceptation publique. Pour l’heure, le cœur du programme repose sur des méthodes déjà utilisées : prévention, dépistage, traitement et suivi local de la transmission.
Un enjeu sanitaire et économique
Le paludisme pèse sur les ménages bien au-delà de l’épisode de maladie. Il peut entraîner des dépenses de soins, des journées de travail perdues et des absences scolaires. Les familles des zones rurales, où l’accès aux structures de santé est parfois plus compliqué, ne rencontrent pas les mêmes obstacles que les habitants de Malabo. Une campagne concentrée dans la capitale ne suffirait donc pas à protéger l’ensemble de la population.
La question sociale est particulièrement importante dans une économie qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. La Banque mondiale estimait qu’en 2024, 57 % de la population vivait sous son seuil de pauvreté international, tandis que les revenus tirés des exportations d’hydrocarbures diminuaient. Dans ce contexte, la santé publique participe au développement économique, mais elle ne peut en tenir lieu : des soins accessibles, des logements mieux protégés et des revenus plus stables restent aussi essentiels.
Le programme de Bioko met également en évidence un enjeu de financement. Une campagne nationale exige du personnel formé, des insecticides, des vaccins, des moyens de transport et des systèmes de suivi réguliers. Les autorités devront rendre compte de la continuité de ces ressources, notamment dans les localités éloignées des grands centres. Sans entretien des efforts, une baisse temporaire des cas peut être suivie d’une reprise.
Une ambition à mesurer dans la durée
L’objectif politique est clair : rendre la Guinée équatoriale exempte de paludisme d’ici à 2030. La certification de l’OMS, elle, répond à un critère précis. Un pays doit démontrer l’absence de transmission locale pendant au moins trois années consécutives, puis soumettre ses dispositifs de surveillance et ses registres à une évaluation. La baisse des cas ou les progrès enregistrés sur Bioko ne suffisent donc pas, à eux seuls, à obtenir cette reconnaissance.
La portée régionale est directe. Tant que la maladie circule au Cameroun et au Gabon, les cas importés restent un risque pour les efforts équato-guinéens. La coopération sanitaire, l’échange d’informations et la continuité des soins aux frontières compteront autant que les nouvelles technologies. À l’échelle africaine, le défi est considérable : l’OMS estime que le continent concentrait 95 % des cas mondiaux de paludisme en 2024.
Les prochains indicateurs à suivre sont donc concrets : combien d’enfants reçoivent les doses prévues, quelle part des habitations est effectivement couverte, comment évoluent les cas dans les régions continentales et si le financement se maintient. L’ambition de 2030 prendra sa mesure non dans l’annonce des outils, mais dans leur accès régulier pour les habitants de Bioko comme pour ceux des zones continentales.
Profil paludisme de l’OMS pour la Guinée équatoriale · Critères de certification de l’élimination du paludisme · Informations officielles sur le programme national et son objectif 2030 · Évaluation économique de la Guinée équatoriale par la Banque mondiale · Reportage sur l’extension de la lutte antipaludique