Produire davantage de gaz ne garantit pas à l’Algérie des exportations en hausse. En 2025, la consommation nationale a progressé plus vite que les volumes disponibles pour les clients étrangers. Le dilemme se joue à la fois dans les centrales électriques du pays et sur les marchés méditerranéens qui comptent sur les livraisons algériennes.
Un record de production, mais une demande locale en forte hausse
Le bilan annuel de Sonatrach, le groupe public algérien des hydrocarbures, fait état de 134,3 milliards de mètres cubes de gaz naturel produits en 2025, contre 127,9 milliards en 2024. L’Algérie a ainsi augmenté sa production d’environ un tiers depuis 2022, où elle dépassait légèrement les 100 milliards de mètres cubes. L’agence de presse algérienne APS et plusieurs médias algériens ont relayé les chiffres du rapport. Le bilan 2025 de Sonatrach relayé par l’APS confirme également la hausse des investissements du groupe.
Cette progression n’a pas entraîné une hausse des exportations. Selon les données de Sonatrach rapportées par la presse algérienne, les ventes de gaz naturel sur le marché national ont atteint 57,3 milliards de mètres cubes, soit 7,8 % de plus qu’en 2024. L’augmentation est notamment liée à la demande de Sonelgaz, l’entreprise publique qui produit et distribue l’électricité. Le gaz alimente une grande partie des centrales électriques algériennes. Le détail des ventes et des investissements de Sonatrach en 2025 recoupe ces chiffres.
Sonatrach chiffre à 34 milliards de mètres cubes les exportations de gaz naturel, en recul de 1 % sur un an. Le gaz naturel liquéfié (GNL), refroidi pour être transporté par bateau, constitue un flux distinct dans le bilan : sa production s’est établie à 20,9 millions de mètres cubes, dont 20,5 millions destinés à l’exportation. Ces catégories ne doivent pas être additionnées sans précaution : elles correspondent à des formes et à des postes de comptabilisation différents.
Un fournisseur méditerranéen face à ses arbitrages
La pression sur les volumes intervient alors que l’Algérie occupe une place importante dans l’approvisionnement gazier de plusieurs pays voisins de la Méditerranée. D’après le bilan de Sonatrach, elle est le premier fournisseur de gaz naturel de l’Italie et le deuxième de l’Espagne. Elle figure aussi parmi les principaux fournisseurs de GNL de la Turquie et de la Grèce. La demande européenne, qui cherche à diversifier ses approvisionnements, offre donc des débouchés, mais ne supprime pas la contrainte intérieure.
À l’échelle régionale, l’Union du Maghreb arabe (UMA) constitue le cadre de coopération entre l’Algérie et ses voisins nord-africains. Mais les enjeux immédiats de l’exportation passent surtout par les infrastructures et les contrats reliant le pays aux marchés européens. L’Agence internationale de l’énergie observe que la demande nationale, le vieillissement de certains gisements et les arrêts d’installations ont pesé sur les exportations algériennes de GNL en 2025. Elle relève aussi que des projets amont signés avec des partenaires étrangers pourraient accroître la production à moyen terme. L’analyse de l’AIE sur le marché gazier et l’Algérie apporte un éclairage indépendant sur ces contraintes.
Pour les ménages et les entreprises algériennes, les livraisons nationales soutiennent l’accès à l’électricité et l’activité économique. Pour Sonelgaz, elles permettent de répondre à des besoins qui augmentent avec la consommation électrique. Pour l’État et Sonatrach, toutefois, le partage du gaz entre marché intérieur et exportations touche directement les recettes en devises. Le groupe a réalisé 5 230 milliards de dinars de chiffre d’affaires à l’exportation en 2025, sur un total de 5 748 milliards, selon son bilan. Le résultat consolidé a parallèlement reculé par rapport à 2024, souligne le média économique algérien Les Enjeux Eco.
Investir dans les gisements sans ignorer l’efficacité énergétique
Sonatrach a consacré 1 078 milliards de dinars, soit environ 7,9 milliards de dollars, à ses investissements en 2025. L’enveloppe a augmenté de 29 % en un an, et l’exploration-production en a absorbé 69 %. Le choix traduit une priorité : renouveler les ressources et soutenir les volumes. Mais produire davantage ne règle pas, à lui seul, la hausse de la demande. Les investissements dans les réseaux, la réduction des pertes et la diversification de la production électrique pèseront aussi sur la quantité de gaz disponible pour les exportations.
Le 17 octobre 2026, le ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab a annoncé un programme de 71,6 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030 dans les hydrocarbures, le raffinage et la pétrochimie. Le plan vise notamment une production primaire proche de 201 millions de tonnes équivalent pétrole à cet horizon. Il prévoit aussi d’augmenter la part des hydrocarbures transformés dans le pays. Cette orientation cherche à soutenir les exportations tout en développant la valeur ajoutée locale, mais elle ne constitue pas une garantie de volumes gaziers exportables : la demande intérieure et le rendement des investissements resteront déterminants. Les détails du programme annoncés en octobre 2026 ont été rapportés par la presse algérienne, qui attribue l’annonce à l’APS.
Pour l’Afrique du Nord, le cas algérien rappelle qu’un grand producteur doit arbitrer entre sécurité énergétique intérieure, revenus d’exportation et investissements de long terme. La suite dépendra de la capacité à renouveler les gisements, à maîtriser la progression de la demande et à respecter les engagements commerciaux. Le prochain indicateur à suivre ne sera donc pas seulement le record de production, mais l’évolution conjointe des ventes locales, des exportations par gazoduc et du GNL livré par bateau.