Une raffinerie peut-elle transformer l’or burkinabè sans ralentir sa vente sur les marchés internationaux ? Au Burkina Faso, cette question se pose dès les premières semaines d’activité de la nouvelle usine de Ouagadougou. La plus grande mine du pays continue, pour l’instant, d’expédier son or vers l’étranger.
Une nouvelle étape dans la politique minière burkinabè
Le 28 septembre 2026, les autorités ont inauguré à Ouagadougou Raffinor-BF, la première raffinerie d’or du Burkina Faso. Sa capacité annoncée atteint 164 tonnes par an pour la première phase. Le projet représente un investissement de plus de 11 milliards de francs CFA, selon les informations publiées par l’entreprise et la Chambre des mines du Burkina.
Cette infrastructure s’inscrit dans une stratégie de transformation locale. L’objectif est de faire traiter une partie de l’or dans le pays, plutôt que d’exporter uniquement un alliage encore à affiner. Le raffinage peut aussi renforcer la traçabilité et permettre de capter localement une part plus importante de la valeur créée par la filière.
Le changement intervient dans un secteur essentiel pour les recettes publiques et les exportations. Selon le rapport ITIE du Burkina Faso, la production déclarée d’or a atteint 60,77 tonnes en 2024, dont 53,38 tonnes issues des exploitations industrielles. L’ITIE, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, rassemble des données sur les paiements et la production du secteur.
Essakane bénéficie d’une dérogation temporaire
Depuis le 1er novembre 2026, les mines industrielles doivent, selon les informations communiquées par Iamgold, livrer leur or doré à des raffineries agréées au Burkina Faso. L’or doré est un alliage produit après l’extraction, qui doit encore être affiné avant d’obtenir des lingots répondant aux exigences des marchés.
Dans son rapport trimestriel publié le 5 novembre, Iamgold indique qu’Essakane a obtenu une autorisation temporaire pour continuer à faire traiter son or à l’étranger. L’entreprise précise que le métal est envoyé vers une raffinerie accréditée par la London Bullion Market Association (LBMA), l’organisme qui définit des critères de qualité et de confiance pour les lingots négociés sur le marché londonien.
Le texte burkinabè prévoit, d’après Iamgold, qu’une autorisation de raffinage à l’étranger puisse être accordée lorsque le traitement sur place est techniquement ou matériellement impossible. L’entreprise n’a toutefois précisé ni la durée ni le motif de la dérogation obtenue. Ces éléments restent donc à éclaircir auprès des autorités compétentes.
La mine d’Essakane, située dans la région du Sahel, est détenue à 85 % par Iamgold et à 15 % par l’État burkinabè. La société indique une production de 372 100 onces en 2025. Cette donnée diffère du chiffre de 427 200 onces avancé dans certaines informations reprises autour du dossier ; les données de l’entreprise constituent ici le point de référence disponible.
La certification, enjeu central pour les ventes
Raffinor-BF ne figure pas sur la liste Good Delivery de la LBMA. Cette absence ne signifie pas que l’usine ne peut pas affiner l’or. Elle peut toutefois compliquer l’accès direct de ses lingots à certains circuits de vente internationaux, où les acheteurs s’appuient sur cette certification pour reconnaître la qualité et la traçabilité du métal.
Iamgold estime qu’un passage par la raffinerie burkinabè pourrait allonger les délais de vente et de paiement. La société évoque également de possibles coûts supplémentaires de transport, de sécurité et d’assurance. Ces réserves reflètent les contraintes opérationnelles d’un producteur. Elles ne disent pas, à elles seules, si la transformation locale sera rentable à moyen terme.
Le défi est donc double. Raffinor-BF doit attirer des volumes réguliers et démontrer que ses procédures répondent aux attentes des acheteurs. Les autorités, de leur côté, doivent préciser comment appliquer la nouvelle obligation sans désorganiser les ventes ni fragiliser les recettes que l’État tire de la mine.
Les effets ne se limitent pas aux grandes sociétés. Une filière plus intégrée peut favoriser l’emploi et les compétences industrielles à Ouagadougou. Mais les bénéfices pour les populations dépendront aussi de la transparence des revenus, de la gestion des retombées locales et de la place accordée aux acteurs de l’orpaillage, qui ne suivent pas nécessairement les mêmes circuits que les mines industrielles.
Un test pour les ambitions régionales
Le Burkina Faso n’est pas le seul pays ouest-africain à vouloir mieux maîtriser la transformation de ses ressources. Au Ghana, les autorités ont également organisé des achats d’or et envisagé un raffinage local avant le passage par des circuits internationaux. Les dispositifs diffèrent, mais la question est commune : comment ajouter de la valeur sur place tout en conservant l’accès aux marchés mondiaux ?
Pour le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Niger, l’enjeu dépasse la seule usine. Il touche au contrôle public des ressources, à la relation avec les compagnies minières et à la capacité des États de la région à négocier les étapes de transformation. La CEDEAO, communauté économique de l’Afrique de l’Ouest, demeure un cadre régional distinct de cette alliance.
La suite dépendra notamment de la durée des dérogations, des conditions d’agrément des raffineries et de l’évolution des ventes d’or affiné localement. Les autres producteurs présents dans le pays n’ont pas publiquement détaillé leurs modalités de mise en conformité dans les informations disponibles. Pour Raffinor-BF, la capacité annoncée ne suffira donc pas : l’épreuve sera d’obtenir des livraisons régulières, de rassurer les acheteurs et de rendre mesurable la valeur ajoutée conservée au Burkina Faso.