Un projet gazier peut promettre des recettes importantes sans encore produire un seul mètre cube. Au Mozambique, Rovuma LNG avance vers une décision d’investissement, mais son calendrier dépend toujours d’autorisations, de financements et d’un accord avec les communautés et les institutions du pays.
Dans le bassin du Rovuma, un projet encore en préparation
Le Mozambique mise depuis plusieurs années sur les vastes réserves de gaz découvertes au large de Cabo Delgado, dans le nord du pays. Mais la transformation de ces ressources en revenus publics et en emplois dépend de chantiers complexes, exposés aux retards et aux risques de sécurité. La province a connu une insurrection armée depuis 2017, qui a notamment conduit à l’arrêt de travaux gaziers et à la déclaration de force majeure sur certains projets.
Rovuma LNG est distinct de Mozambique LNG, le projet porté par TotalEnergies dans la concession Area 1. Il doit exploiter les gisements du complexe Mamba, dans la concession offshore Area 4. Le gaz serait acheminé vers une installation terrestre de liquéfaction, puis vendu sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), refroidi pour être transporté par navire.
Le dossier concerne aussi la place du Mozambique dans la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui réunit notamment les pays d’Afrique australe. La sécurité énergétique, les infrastructures et les échanges de gaz dépassent les frontières mozambicaines. Toutefois, les bénéfices régionaux dépendront d’abord des décisions prises à Maputo et des retombées réellement obtenues dans le pays.
ExxonMobil renforce son engagement, sans déclencher le chantier
Le 30 octobre 2026, ExxonMobil a annoncé avoir conclu un accord avec Eni pour porter à 50 % son intérêt dans Rovuma LNG. Le groupe américain restera opérateur, c’est-à-dire responsable de la conduite du projet. L’annonce figure dans les résultats trimestriels de l’entreprise. ExxonMobil n’a pas détaillé les actifs d’exploration mozambicains dont elle prévoit de se retirer dans le cadre de cette réorganisation.
Ce changement porte sur l’intérêt d’ExxonMobil dans le projet. Il ne signifie pas que la structure de la concession Area 4 a été entièrement remaniée. La coentreprise Mozambique Rovuma Venture (MRV), qui réunit ExxonMobil, Eni et la China National Petroleum Corporation (CNPC), détient 70 % de la concession. Les 30 % restants sont détenus à parts égales par l’entreprise publique mozambicaine ENH, la sud-coréenne KOGAS et XRG, filiale de la compagnie émiratie ADNOC. Les participations exactes après l’accord doivent être lues à la lumière de la documentation définitive de la transaction.
La conception présentée par ExxonMobil prévoit une capacité de 18,6 millions de tonnes de GNL par an. C’est davantage que les 15,2 millions de tonnes envisagées dans le plan initial. Mais une capacité annoncée ne constitue ni une production garantie ni une date de mise en service. Le projet n’a pas encore franchi la décision finale d’investissement (FID), étape où les partenaires s’engagent formellement à financer la construction.
Des travaux préparatoires sont néanmoins engagés. En août, les partenaires ont annoncé environ 1,1 milliard de dollars de contrats et d’engagements préliminaires, notamment pour des équipements et des activités de préparation du site. Des lettres d’intention ont aussi été signées pour des travaux terrestres et offshore. Ces étapes font avancer l’ingénierie et les achats, mais restent conditionnées à la FID et aux autorisations requises.
Des retombées annoncées, des conditions à vérifier
En mai 2026, l’Institut national du pétrole (INP), l’autorité de régulation du secteur, indiquait que la modification du plan de développement faisait l’objet d’une évaluation technique. L’examen porte notamment sur le financement, la viabilité économique, le contenu local et les obligations d’approvisionnement du marché mozambicain. Autrement dit, le projet doit encore démontrer qu’il peut être financé et préciser ce qu’il apportera au pays au-delà des exportations.
ExxonMobil vise une décision finale d’investissement avant la fin de 2026. Cette échéance reste un objectif d’entreprise, pas une décision acquise. Elle dépend, entre autres, de l’approbation du plan modifié par les autorités et de la capacité des partenaires à finaliser leurs engagements. La levée de la force majeure annoncée par ExxonMobil en novembre 2025 a permis de reprendre le travail de préparation, mais ne vaut pas approbation du projet ni garantie contre de nouveaux retards.
Les projections économiques doivent également être présentées avec prudence. Une étude commandée par Standard Bank et publiée en juin 2026 estime que Rovuma LNG pourrait ajouter environ 11 milliards de dollars par an au produit intérieur brut mozambicain. Elle évoque aussi des recettes fiscales annuelles proches de 4 milliards de dollars et quelque 151 000 emplois directs, indirects ou induits. Ce sont des estimations de scénario, non des résultats déjà constatés. Leur réalisation dépendra de la durée du chantier, des prix du gaz, de la fiscalité, des achats locaux et de la part des emplois effectivement accessible aux Mozambicains.
Les effets ne seront pas répartis uniformément. Les marchés publics et les recettes fiscales concernent l’État et les entreprises formelles ; les emplois, la formation et les contrats locaux détermineront davantage ce que les travailleurs et les petites entreprises peuvent en tirer. Dans Cabo Delgado, où se trouve le projet, la sécurité, les déplacements de population et l’accès aux moyens de subsistance restent des enjeux concrets. Les annonces d’investissement ne suffisent donc pas à mesurer l’acceptabilité locale ni la qualité des retombées.
Un test pour la gouvernance des ressources
La montée d’ExxonMobil à 50 % renforce son exposition commerciale à Rovuma LNG et clarifie son rôle d’opérateur. Elle ne règle toutefois ni le financement final, ni les autorisations, ni la question du partage des bénéfices. Pour le gouvernement mozambicain, l’enjeu sera de convertir un projet d’exportation en recettes maîtrisables, en compétences et en débouchés locaux, tout en protégeant les finances publiques contre des prévisions trop optimistes.
À l’échelle régionale, le dossier sera observé comme un indicateur de la capacité des États africains à négocier avec les grands groupes énergétiques et à encadrer de grands projets d’infrastructure. La prochaine échéance à surveiller est la décision finale d’investissement annoncée pour la fin de 2026. Tant qu’elle n’est pas prise et que les validations publiques ne sont pas achevées, Rovuma LNG reste une promesse industrielle en préparation, pas encore une nouvelle source de revenus pour le Mozambique.
Les éléments sur l’accord et le calendrier figurent dans les résultats du troisième trimestre 2026 d’ExxonMobil. Le régulateur mozambicain a publié l’état de l’examen technique du plan modifié sur le site de l’Institut national du pétrole. Les estimations économiques sont détaillées par Standard Bank Mozambique.