Pour une petite entreprise de Ouagadougou ou d’Abidjan, l’accès au crédit peut conditionner l’achat d’un équipement ou l’extension d’une activité. Au Burkina Faso, Fidelis Finance veut mobiliser de nouvelles ressources auprès des investisseurs régionaux afin de financer des projets dans l’Union monétaire ouest-africaine.

Un financement levé sur le marché régional

L’établissement burkinabè sollicite 15 milliards de francs CFA, soit environ 25,7 millions de dollars, par une émission obligataire d’une durée de cinq ans. Le taux d’intérêt brut annoncé est de 7 % par an. Chaque obligation a une valeur nominale de 10 000 FCFA.

La souscription est prévue du 28 octobre au 19 novembre 2026. Le remboursement du capital bénéficie d’un différé d’un an : cette période reporte le début du remboursement du principal, mais ne signifie pas que l’investissement est sans risque. L’opération est arrangée par SGI Togo, une société de gestion et d’intermédiation financière.

Fidelis Finance indique que les fonds doivent soutenir des projets dans l’espace UMOA, l’Union monétaire ouest-africaine, qui regroupe huit pays partageant notamment une monnaie et une banque centrale. L’établissement est basé au Burkina Faso et dispose aussi d’une présence en Côte d’Ivoire.

Une série d’émissions, des montants à distinguer

Cette opération s’inscrit dans une stratégie de recours répété au marché financier régional. En 2023, Fidelis Finance avait levé 14,94 milliards de FCFA, à 7 % sur cinq ans. Une émission de 7 milliards de FCFA, ouverte entre le 31 décembre 2024 et le 29 janvier 2025, a été entièrement souscrite. La BRVM, la Bourse régionale des valeurs mobilières basée à Abidjan, a confirmé ce montant et annoncé la première cotation des titres en septembre 2025.

Une autre émission de 2025 visait 8 milliards de FCFA, toujours à 7 % sur cinq ans. Il faut donc éviter de confondre montant recherché et montant effectivement collecté : le total de près de 30 milliards avancé pour les trois premières opérations agrège des émissions antérieures, tandis que le nouvel emprunt de 15 milliards porte le cumul potentiel à un niveau supérieur s’il est entièrement souscrit.

Les documents de la BRVM et de l’intermédiaire financier apportent des éléments de recoupement sur les opérations de 2025. Ils ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir le résultat final de chaque émission ni les conditions complètes de la nouvelle offre. Les investisseurs doivent notamment examiner le document d’information, les garanties éventuelles et le calendrier précis des paiements.

Le financement des PME au cœur du modèle

Créée en 1996, Fidelis Finance propose notamment du crédit-bail, de l’affacturage, l’escompte d’effets et des cautions. Ces outils permettent aux entreprises de financer des équipements, d’obtenir des avances sur certaines factures ou de garantir leurs engagements commerciaux. Les PME et les petites et moyennes industries représentaient, selon les données communiquées pour fin 2024, 54 % de son portefeuille.

Le recours au marché obligataire peut diversifier les ressources de l’établissement au-delà des dépôts et des financements bancaires. En retour, la société devra verser les intérêts prévus et rembourser le capital selon les modalités de l’émission. Pour les investisseurs, le taux affiché ne constitue donc pas à lui seul une mesure du rendement réel : la capacité de remboursement et les risques associés comptent aussi.

La société mettait en avant un bilan de 100,9 milliards de FCFA à fin 2025, une hausse annuelle de 20 % de son produit net bancaire et un ratio de solvabilité de 54,36 %. Ces données proviennent des informations diffusées par l’établissement et méritent d’être lues avec ses états financiers et les règles prudentielles applicables. Elles ne garantissent pas automatiquement le remboursement des obligations.

Un enjeu qui dépasse le Burkina Faso

Les projets financés peuvent concerner plusieurs marchés de l’UEMOA, mais l’effet concret dépendra de leur sélection, de leur réalisation et de la capacité des entreprises bénéficiaires à rembourser leurs crédits. Les PME urbaines comme celles établies dans les régions peuvent accéder à des équipements ou à des solutions de trésorerie ; les retombées ne seront toutefois pas uniformes entre secteurs et territoires.

À l’échelle régionale, l’émission illustre le rôle de la BRVM et des intermédiaires financiers dans la mobilisation de l’épargne ouest-africaine au profit d’entreprises. La prochaine donnée décisive sera le montant effectivement souscrit à la clôture, le 19 novembre 2026. Il faudra ensuite suivre l’affectation des ressources et la capacité de Fidelis Finance à maintenir la qualité de son portefeuille de crédits.

Sources de recoupement : avis de première cotation de la BRVM, document d’information de l’émission 2025, présentation institutionnelle de Fidelis Finance et états financiers des établissements de l’UMOA publiés par la BCEAO.