Un nouveau découpage économique ne crée pas, à lui seul, des emplois ni des services publics. Au Bénin, la mise en place de six pôles territoriaux doit encore se traduire en projets, en financements et en responsabilités clairement réparties. C’est dans ce chantier que s’inscrit la nomination de Damien Mama à la tête du secrétariat permanent chargé de coordonner le dispositif.

Une réforme territoriale à rendre concrète

Présentée le 23 septembre 2026 par le président Romuald Wadagni, la réforme entend rapprocher l’action publique des réalités locales. Elle répartit les 77 communes en six ensembles : Nord-Est, Nord-Ouest, Centre, Sud-Est, Sud-Ouest et Grand-Nokoué. L’exécutif veut structurer ces territoires autour de leurs activités et ressources, plutôt que d’appliquer partout les mêmes priorités. La présentation officielle de la réforme territoriale béninoise évoque notamment le suivi des besoins locaux et la création de richesse à la base.

Le Bénin dispose déjà de communes et de mécanismes de décentralisation. Les pôles ajoutent une échelle de coordination entre l’État, les collectivités et les acteurs économiques. La différence entre un nouveau découpage administratif et un véritable outil de développement dépendra donc de sa capacité à faire émerger des projets, puis à les financer et à les suivre.

La réforme s’inscrit dans une trajectoire de modernisation de l’action publique engagée au cours des dernières années. Elle intervient aussi dans un contexte ouest-africain où la création d’activités locales, la circulation des biens et l’accès aux infrastructures influencent les échanges entre pays voisins. Le Bénin est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui vise notamment l’intégration économique régionale. La CEDEAO et ses États membres forment ainsi un cadre régional pertinent pour les filières et les corridors commerciaux béninois.

Damien Mama, une expérience entre développement et coordination

Réuni le mercredi 4 novembre, le Conseil des ministres a nommé Damien Mama ministre, secrétaire permanent du Comité national de pilotage des pôles de développement territorial, selon les informations communiquées sur cette décision. Le comité est présidé par le chef de l’État. Le secrétariat permanent doit en assurer le suivi et la coordination.

Le parcours de ce responsable béninois s’étend sur plus de vingt-cinq ans dans le développement, l’action humanitaire et les opérations de paix. Il a été coordonnateur résident des Nations unies au Togo, puis au Burundi. Depuis mars 2023, il représentait le Programme des Nations unies pour le développement en République démocratique du Congo. En juillet 2026, il a pris provisoirement des fonctions de représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’ONU auprès de la MONUSCO, ainsi que celles de coordonnateur résident et humanitaire. La présentation de Damien Mama par la MONUSCO confirme ces étapes de carrière et ses formations en aménagement du territoire et en gestion du développement.

Son expérience en RDC comprend aussi le suivi de programmes territoriaux. En avril 2026, il a coprésidé une réunion consacrée au Programme de développement local des 145 territoires congolais. Les échanges portaient notamment sur des écoles, des centres de santé, le désenclavement et les filières agricoles. Cette expérience peut nourrir le travail béninois, mais les deux dispositifs s’inscrivent dans des contextes institutionnels distincts.

En 2018, alors qu’il prenait ses fonctions au Togo, Mama défendait une approche centrée sur l’emploi et les services de base. « La croissance économique n’est pas une fin en soi », déclarait-il à Togo First. Cette citation, rapportée à l’époque par la presse béninoise, résume une question centrale pour les pôles : comment faire en sorte que les investissements profitent aussi aux habitants et aux petites entreprises ?

Le test sera dans l’exécution

La fonction de secrétaire permanent place Mama au cœur de la coordination, mais ne lui confère pas à elle seule la maîtrise de tous les leviers. Les collectivités, les ministères, les entreprises et les acteurs locaux devront préciser leurs rôles. L’enjeu sera notamment de relier les choix de filières aux infrastructures, aux formations, au foncier et aux financements disponibles.

Les retombées pourront différer fortement d’un pôle à l’autre. Dans les zones rurales, l’accès aux routes, aux débouchés agricoles et aux équipements de base pèsera sur la capacité à développer une activité. Dans les centres urbains, les besoins en transport, en emploi et en services peuvent être différents. Les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle dépendront, eux, de leur accès aux marchés, à la formation et aux dispositifs d’accompagnement.

Le calendrier annoncé prévoit d’abord l’installation des organes de gouvernance et l’étude des territoires, d’octobre à décembre 2026. Les phases suivantes doivent définir les filières prioritaires et les feuilles de route. Le déploiement des premiers projets est programmé de juillet à décembre 2027. Le quotidien béninois La Nation détaille les étapes de mise en œuvre des six pôles.

Pour les Béninois, le critère ne sera pas seulement le nombre de structures installées. Il faudra mesurer les projets effectivement lancés, les services rendus et les emplois créés, en distinguant les besoins des villes et des communes rurales. À l’échelle ouest-africaine, la réussite de ces pôles dépendra aussi de leur capacité à renforcer les liens entre producteurs, marchés nationaux et échanges régionaux. La prochaine échéance est donc opérationnelle : transformer le calendrier de 2027 en investissements visibles, sans laisser les territoires les moins connectés à l’écart.