Des milliards de dollars annoncés ne deviennent des emplois et des usines que si les projets sortent des registres. En Tanzanie, les chiffres du dernier trimestre relancent une question concrète : quels investissements se matérialiseront, et qui en bénéficiera ?

Des projets nombreux, mais des promesses à concrétiser

Pour le trimestre de juillet à septembre 2026, premier trimestre de l’exercice budgétaire tanzanien 2026/2027, l’autorité nationale chargée des investissements et des zones économiques spéciales (TISEZA) fait état de 209 nouveaux projets. Leur valeur annoncée atteint 2,81 milliards de dollars. Les projets pourraient générer 35 638 emplois, selon les chiffres présentés par son directeur général, Gilead Teri, le 2 novembre.

La ventilation communiquée place la construction commerciale en tête des montants, avec 914,29 millions de dollars pour 34 projets. L’industrie manufacturière suit avec 897,6 millions de dollars, répartis sur 115 projets. Les infrastructures économiques totalisent 659,14 millions.

Ces données décrivent des investissements enregistrés et des emplois attendus, non des chantiers achevés ni des postes déjà créés. Le cumul de 2,81 milliards et les chiffres sectoriels restent attribués à la TISEZA : les sources publiques consultées ne permettent pas de vérifier indépendamment le détail du trimestre. Un autre média tanzanien rapporte toutefois que l’autorité a enregistré 1 148 projets, évalués à 15,32 milliards de dollars, entre juillet 2025 et septembre 2026. Ce bilan annuel recoupe l’ampleur générale de la dynamique, sans confirmer chaque chiffre trimestriel.

Un écart mérite aussi attention : le montant annoncé pour la construction commerciale et celui de l’industrie manufacturière totalisent déjà plus de 1,81 milliard de dollars. Les infrastructures portent le cumul déclaré au-delà de 2,47 milliards. Les autres secteurs complètent le total. Mais la valeur enregistrée ne dit pas encore quelle part du capital a été effectivement mobilisée.

Une réforme pour simplifier les démarches

La Tanzanie a réorganisé son dispositif d’investissement en 2025. La loi sur l’investissement et les zones économiques spéciales a créé la TISEZA en réunissant les fonctions auparavant réparties entre le Tanzania Investment Centre et l’autorité des zones franches d’exportation. Un guichet unique doit aider les investisseurs à naviguer les formalités et à coordonner les services concernés.

Les zones franches d’exportation ciblent surtout la production manufacturière destinée aux marchés extérieurs. Les zones économiques spéciales couvrent aussi l’agriculture, le commerce, le tourisme, les mines et la sylviculture. Le gouvernement présente ces espaces comme des outils pour concentrer les infrastructures, attirer les capitaux et développer les activités productives.

La simplification administrative peut réduire les délais pour les entreprises. Elle ne garantit cependant ni l’accès au financement pour les acteurs tanzaniens, ni l’approvisionnement régulier en énergie, ni la disponibilité des compétences et des terrains. Ces conditions pèsent particulièrement sur les petites entreprises et les producteurs situés loin des grands centres économiques.

Des retombées qui dépendront de l’ancrage local

La composition du trimestre pose un enjeu de qualité. Les 115 projets manufacturiers représentent plus de la moitié des nouvelles inscriptions, mais une part importante de la valeur annoncée se concentre dans la construction commerciale et les infrastructures. Les retombées dépendront donc de la nature des infrastructures, de leur localisation et de leur utilité pour les entreprises locales.

Pour les salariés, les 35 638 emplois annoncés ne précisent ni les compétences recherchées, ni la durée des contrats, ni la part des postes accessibles aux Tanzaniennes et aux Tanzaniens. Pour les petits producteurs, l’enjeu est de trouver des débouchés auprès des entreprises nouvellement installées. Pour les entreprises, la question centrale sera l’intégration de fournisseurs locaux aux chaînes d’approvisionnement, plutôt que le seul volume des capitaux attirés.

Le précédent de la période 2021-2026, auquel la TISEZA associe 3 538 projets et 68,6 milliards de dollars d’investissements, appelle la même prudence. Il s’agit de valeurs et d’emplois projetés, non d’un bilan certifié de réalisations. Le suivi de chaque projet — démarrage des travaux, financement obtenu, production effective et embauches — permettra de mesurer l’écart entre inscription et activité réelle.

Une concurrence régionale, un test continental

La Tanzanie, dont la capitale est Dodoma, s’inscrit dans la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), un marché régional qui relie plusieurs économies voisines. Des zones industrielles plus efficaces pourraient renforcer la place du pays dans les échanges régionaux. À l’inverse, les investisseurs compareront les coûts logistiques, les procédures et l’accès aux marchés avec ceux des autres membres de la communauté.

Le débat dépasse donc l’attraction des capitaux étrangers. Il porte aussi sur la capacité des entreprises locales à co-investir, à fournir les nouveaux projets et à accéder aux marchés internationaux. Pour 2027, la TISEZA a annoncé vouloir développer les zones économiques spéciales et faciliter l’accès des petits producteurs aux débouchés extérieurs. La mesure des résultats dépendra moins des annonces que des projets opérationnels, des emplois vérifiés et des contrats conclus avec des fournisseurs tanzaniens.

Les chiffres trimestriels et leur méthode de comptabilisation sont rapportés par un média économique tanzanien. Le cadre institutionnel de la réforme est détaillé par la TISEZA, tandis que les missions des zones économiques figurent dans sa présentation officielle.