Le Sahara occidental entre dans une nouvelle phase d’incertitude : depuis le 1er novembre 2026, la MINURSO n’a plus de mandat pour poursuivre ses opérations. Ce retrait ne règle ni le statut du territoire ni le désaccord entre le Maroc et le Front Polisario. Il retire toutefois un dispositif onusien présent depuis 1991, chargé notamment de surveiller le cessez-le-feu.
Un différend ancien, au cœur des relations régionales
Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est revendiqué par le Maroc et par le Front Polisario, mouvement qui défend l’indépendance du territoire. La Mauritanie, également partie prenante après le retrait espagnol, a abandonné ses revendications en 1979. L’Algérie soutient le Polisario et accueille des réfugiés sahraouis près de Tindouf. Cette rivalité pèse depuis longtemps sur les relations entre Rabat et Alger.
En 1991, après des années de conflit, un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies a ouvert la voie à la création de la MINURSO. Sa mission devait surveiller la trêve et préparer un référendum permettant aux Sahraouis de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Le vote n’a jamais eu lieu, notamment en raison de désaccords persistants sur l’identification des électeurs.
Le Maroc défend aujourd’hui un plan d’autonomie présenté en 2007, qui prévoit une gestion locale des affaires du territoire sous souveraineté marocaine. Le Polisario et l’Algérie continuent de demander un référendum incluant l’indépendance. L’Union africaine compte à la fois le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique parmi ses États membres, reflet institutionnel de positions opposées. Le continent n’a donc pas une seule lecture du dossier.
Deux projets concurrents, aucun mandat renouvelé
La séquence actuelle fait suite au renouvellement adopté en octobre 2025. La résolution 2797 avait prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et demandé une revue stratégique de son avenir. Le Conseil de sécurité devait donc se prononcer de nouveau avant cette échéance.
Le 30 octobre 2026, le Conseil n’a pas réussi à adopter deux textes concurrents. La Russie a opposé son veto au projet américain. Le texte de Washington proposait notamment de prolonger le dispositif tout en le réorientant vers la proposition d’autonomie marocaine. Moscou a ensuite présenté un projet visant à renouveler le mandat sans modifier son cadre. Celui-ci n’a pas obtenu les voix nécessaires et les États-Unis ont voté contre.
Faute de résolution, le mandat a expiré le 31 octobre. Les Nations unies ont annoncé le début d’une phase de liquidation le lendemain : une équipe réduite doit superviser le transfert ou le traitement du matériel. Cette fin opérationnelle ne signifie pas que l’ONU abandonne toute médiation. Son secrétaire général et son envoyé personnel peuvent continuer à soutenir les efforts politiques, mais la mission n’assure plus ses tâches sur le terrain. Les détails des votes et de la transition sont consignés dans les informations des Nations unies sur la fin du mandat de la MINURSO.
Une victoire diplomatique revendiquée, mais sans changement de statut
Le palais royal marocain a salué la non-reconduction du mandat. À Rabat, cette issue est présentée comme une occasion de faire avancer le plan d’autonomie et de contester un dispositif jugé incapable de débloquer le processus. Pour le Polisario, au contraire, la disparition de la mission retire un cadre associé au référendum et à la surveillance du cessez-le-feu. L’Algérie a également critiqué le projet américain.
Ces réactions politiques ne changent pas, à elles seules, le statut international du territoire. Le Sahara occidental reste inscrit par l’ONU sur la liste des territoires non autonomes. La résolution de 2025 avait pris pour base des négociations la proposition d’autonomie marocaine, tout en évoquant le droit à l’autodétermination des Sahraouis. La fin de la MINURSO ne vaut donc ni règlement négocié ni reconnaissance universelle de la souveraineté marocaine.
Pour les habitants, les conséquences peuvent différer selon leur lieu de vie et leur situation. Dans les zones administrées par le Maroc, les autorités mettent en avant les investissements et les projets de développement. Pour les Sahraouis déplacés vivant dans les camps de Tindouf, l’enjeu reste celui d’une issue politique et du retour éventuel. Sur le terrain, la présence de la mission permettait aussi de suivre la situation militaire de part et d’autre du mur de sable. Son retrait réduit cette capacité d’observation, sans que cela suffise à prédire une reprise des combats.
Le risque sécuritaire et le rôle de l’Union africaine
Le cessez-le-feu de 1991 s’était déjà fragilisé en novembre 2020, lorsque le Polisario a déclaré reprendre les hostilités. Depuis, les incidents et les versions contradictoires des parties rendent la situation difficile à vérifier. La MINURSO ne réglait pas le conflit, mais ses observateurs contribuaient au suivi de la sécurité. Sans eux, les médiateurs pourraient disposer de moins d’informations indépendantes et les accusations entre les camps devenir plus difficiles à examiner.
Le différend déborde les frontières du territoire. La rupture diplomatique entre le Maroc et l’Algérie en 2021 a encore réduit les espaces de dialogue entre deux voisins importants d’Afrique du Nord. La crise pèse aussi sur les perspectives d’intégration régionale au Maghreb. À l’échelle continentale, la coexistence du Maroc et de la République arabe sahraouie démocratique au sein de l’Union africaine place l’organisation devant des positions contradictoires qu’elle ne peut ignorer.
La prochaine étape dépendra des initiatives de l’ONU, de la réaction des parties et de la capacité des puissances du Conseil de sécurité à retrouver un terrain d’entente. Il faudra aussi observer si l’Union africaine peut contribuer à maintenir un dialogue régional. Pour l’heure, le retrait de la mission marque la fin d’un mécanisme de terrain, pas celle du conflit ni de la question de l’autodétermination.