À Antananarivo, deux productions radiophoniques ont placé au centre de l’attention des sujets que les médias traitent encore trop peu : les violences conjugales et les métiers artisanaux. Leurs auteurs, Nadia Razafimahatratry et Yves Ramarosandratana, représenteront Madagascar lors d’une formation professionnelle à Paris en 2027.
Une formation ancrée dans les médias malgaches
Les deux professionnels ont été distingués le 2 novembre 2026 à l’Institut français d’Antananarivo. Ils remportent la 13e édition de la bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, organisée par Radio France Internationale (RFI) en mémoire des deux journalistes assassinés à Kidal, dans le nord du Mali, le 2 novembre 2013.
Cette édition s’est déroulée à Madagascar. Pendant deux semaines, dix participants — cinq journalistes et cinq techniciens — ont suivi des ateliers dans les locaux de l’Office de la radio et de la télévision publique de Madagascar (ORTM), partenaire de la formation. Les journalistes ont travaillé sur le thème « Dialogue et tolérance ». Les techniciens ont réalisé des sujets sonores consacrés aux savoir-faire et aux métiers artisanaux malgaches.
La sélection ne récompense donc pas seulement deux productions. Elle met en lumière des compétences développées au sein de médias malgaches, qu’ils soient publics, associatifs ou locaux. La formation et la sélection réunissent plusieurs métiers indispensables à la production d’une information radiophonique : enquête, écriture, prise de son et montage.
Deux reportages, deux réalités peu audibles
Nadia Razafimahatratry, 34 ans, travaille à la Direction régionale de la communication et de la culture dans la région Itasy. Son reportage, intitulé « Le huis clos des violences conjugales à Madagascar », a convaincu le jury par ses témoignages et son écriture. Le sujet aborde des violences souvent reléguées à la sphère privée, où le silence peut compliquer la recherche d’aide et la prise en charge.
Le thème choisi soulève une question de méthode autant que de représentation : comment documenter les violences sans réduire les personnes concernées à leur expérience, ni exposer celles qui témoignent ? Les informations publiées sur la sélection décrivent le contenu du reportage, mais ne détaillent pas les mesures prises pour protéger les témoins. Il convient donc de ne pas tirer de conclusions sur ce point sans écouter le sujet lui-même.
Yves Ramarosandratana, 32 ans, technicien à Radio FAFI, a été récompensé pour « Forgeron, le sculpteur de métal ». Ce reportage sonore fait entendre le travail d’un artisan à Mangatany, village situé à l’ouest d’Antananarivo. Le jury a relevé la qualité de la prise de son, du mixage et de la construction du sujet. Ici, le travail technique sert aussi un récit : les gestes et les sons de l’atelier donnent accès à un métier et à ses savoir-faire.
Les deux lauréats suivront, au premier trimestre 2027, une formation de quatre semaines à Paris, financée par RFI. Cette étape doit prolonger les ateliers menés à Madagascar. Elle offre aux deux professionnels un temps de perfectionnement, sans remplacer le travail éditorial qu’ils réalisent déjà dans leurs médias.
Des médias qui relient capitale et régions
Le parcours des lauréats rappelle que la production d’information ne se limite pas à la capitale. Nadia exerce dans l’Itasy, tandis que Radio FAFI est implantée à Tsiroanomandidy, dans la région de Bongolava. Les formations et les prix peuvent ainsi créer des passerelles entre des médias régionaux et des réseaux professionnels plus larges.
Cette circulation des compétences compte dans un pays où les réalités vécues hors d’Antananarivo peuvent rester moins visibles dans l’espace médiatique national. Elle importe aussi pour les auditeurs : les radios locales peuvent traiter des enjeux proches de leur quotidien, à condition de disposer de moyens, de professionnels formés et d’une marge suffisante pour enquêter.
La cérémonie a également distingué deux autres participantes. Marie Edmondine, technicienne à Radio Tsiry, et Diary Ranaivoson, journaliste au Studio Sifaka, ont reçu du matériel d’enregistrement de l’association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Cet appui matériel rappelle que la qualité d’un reportage dépend aussi des outils accessibles aux équipes, et pas seulement de leur talent.
Un rendez-vous professionnel à suivre en 2027
La bourse porte le nom de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes de RFI tués à Kidal en 2013 alors qu’ils étaient en reportage. Depuis 2014, le programme associe leur mémoire à la formation de professionnels des médias. Son édition malgache relie ainsi une histoire tragique du journalisme dans la région sahélienne à des parcours professionnels construits dans l’océan Indien.
Madagascar est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui rassemble des États d’Afrique australe, et de la Commission de l’océan Indien, qui favorise la coopération entre pays insulaires de la région. La bourse n’est pas un programme de ces organisations. Sa portée régionale tient plutôt aux échanges de pratiques et à la place donnée aux médias malgaches dans les réseaux francophones.
La prochaine échéance concrète sera la formation des deux lauréats, attendue au premier trimestre 2027. Le suivi de leurs productions et la transmission des acquis à leurs rédactions permettront de mesurer ce que cette distinction apporte au-delà de la cérémonie. Pour les médias malgaches, l’enjeu est de faire durer ces compétences dans les rédactions et de maintenir l’attention sur des sujets sociaux et des métiers souvent peu représentés.
Les noms des lauréats et les grandes lignes de leurs reportages ont été rapportés par plusieurs médias malgaches et par France Médias Monde. Newsmada revient sur les deux lauréats et la formation. 2424.mg détaille leurs reportages et leurs parcours. France Médias Monde confirme l’annonce et la formation prévue en 2027.