Un paiement mobile, une démarche administrative ou un dossier médical en ligne ne reposent pas seulement sur une connexion internet. Ils supposent que chacun puisse confier ses données et son argent à un service sans craindre une fraude ou une fuite. Au Bénin, cette confiance est désormais au cœur des discussions sur la prochaine étape de la transformation numérique.

Des usages qui progressent, des risques qui évoluent

À Cotonou, les responsables du Cyber Africa Forum ont placé cette question au centre de leur sixième édition, prévue les 16 et 17 novembre 2026. Le rendez-vous réunira pouvoirs publics, entreprises et spécialistes autour de la confiance numérique. Cette rencontre intervient alors que les services en ligne prennent une place croissante dans les économies et les administrations du continent.

Cette évolution n’est pas propre au Bénin. Mais les défis diffèrent selon les pays, leurs infrastructures et leurs institutions. En Afrique de l’Ouest, les services financiers mobiles et le commerce en ligne élargissent l’accès aux transactions. En parallèle, les autorités doivent protéger des systèmes qui relient de plus en plus d’usagers, parfois sans disposer de moyens comparables à ceux des réseaux criminels.

Le risque ne se limite pas au piratage spectaculaire d’une administration. Il touche aussi les arnaques visant les particuliers, le vol d’identifiants, les faux messages et l’exploitation abusive des données personnelles. Pour les ménages et les petites entreprises, une fraude peut entraîner une perte immédiate d’argent. Pour les administrations, une faille peut perturber des services publics et affaiblir la confiance dans leur numérisation.

Les signalements augmentent au Bénin

Le Centre national d’investigations numériques (CNIN), l’organisme béninois chargé notamment des enquêtes sur les infractions numériques, a enregistré 6 520 plaintes en 2025. Il en avait reçu environ 4 000 en 2024, selon les chiffres rapportés par plusieurs médias béninois. Cette progression dépasse 60 %.

La hausse ne signifie pas, à elle seule, que les infractions ont augmenté dans les mêmes proportions. Davantage de victimes peuvent aussi connaître les procédures et choisir de signaler les faits. Le bilan publié par le CNIN détaille les plaintes et les préjudices déclarés. Il fait état de 6,44 milliards de francs CFA de préjudices déclarés en 2025. Les escroqueries et fraudes financières représentent près de 67 % des plaintes enregistrées.

Ces chiffres décrivent les dossiers parvenus aux autorités, pas l’ensemble des infractions commises. Ils ne permettent donc pas de mesurer précisément la part des victimes qui ne portent pas plainte. Ils montrent toutefois que les fraudes financières occupent une place centrale dans les signalements béninois. Pour les usagers, la confiance se joue ainsi dans des gestes ordinaires : payer, recevoir un transfert ou transmettre des informations.

Le phénomène dépasse les frontières nationales. Dans son évaluation publiée en 2025, INTERPOL relevait que 95 % des pays interrogés signalaient des besoins en formation, en ressources ou en outils spécialisés. Seuls 30 % déclaraient disposer d’un système de signalement des incidents. Ces lacunes compliquent la détection et les enquêtes, surtout lorsque les auteurs, les victimes et les serveurs se trouvent dans des pays différents. L’évaluation d’INTERPOL sur les menaces numériques en Afrique souligne aussi les besoins de coopération entre États.

L’intelligence artificielle met les défenses à l’épreuve

L’intelligence artificielle accélère certains modes opératoires. Elle peut aider à produire des messages frauduleux plus convaincants ou à automatiser des tentatives d’attaque. Les équipes de sécurité doivent donc repérer des menaces qui évoluent vite, tandis que les utilisateurs peuvent avoir plus de mal à distinguer une communication authentique d’une imitation.

Dans son rapport 2026, INTERPOL estime que l’IA est impliquée dans 55 % des cyberinfractions signalées dans les 36 pays africains couverts par son enquête. Le rapport évalue les pertes financières liées à la cybercriminalité à 484 millions de dollars en 2025, contre 192 millions en 2024. Ces montants et cette proportion sont des estimations établies à partir des données collectées par l’organisation ; ils ne constituent pas un recensement exhaustif de toutes les attaques du continent. Le rapport 2026 d’INTERPOL sur les cybermenaces africaines décrit une criminalité plus automatisée et difficile à contenir.

Mais la réponse ne peut pas se limiter à acheter des outils de surveillance. Les autorités béninoises ont également mis en avant la formation, la qualité des données et la solidité des infrastructures. La protection doit accompagner la conception d’un service dès le départ : accès limité aux données utiles, stockage sécurisé et information compréhensible pour les personnes concernées.

Maîtriser les données, renforcer les capacités locales

La question de l’hébergement des données sensibles prend une importance particulière à mesure que les administrations centralisent davantage d’informations. Le stockage local peut contribuer à mieux maîtriser leur accès, mais il ne garantit pas automatiquement leur sécurité. Il faut aussi des équipes qualifiées, des procédures de contrôle et des moyens de réponse en cas d’incident.

Les compétences locales comptent également pour tester les systèmes et corriger leurs failles. Les responsables béninois ont signalé les limites que certaines restrictions de fournisseurs étrangers d’IA peuvent imposer aux spécialistes chargés de ces vérifications. Développer des capacités de calcul et des outils adaptés aux besoins locaux devient donc un enjeu de sécurité, mais aussi de souveraineté technologique. Cela ne signifie pas qu’un pays puisse agir seul : les attaques circulent entre juridictions et appellent des échanges rapides entre services.

La protection des données engage enfin les droits des personnes. Les populations vulnérables peuvent subir des conséquences particulières lorsque des informations personnelles sont exposées ou utilisées sans garanties suffisantes. Il faut donc associer la sensibilisation des usagers à des obligations claires pour les administrations et les entreprises. La sécurité ne saurait reposer uniquement sur la vigilance individuelle.

Un enjeu national qui appelle une réponse régionale

Le Cyber Africa Forum, organisé à Cotonou les 16 et 17 novembre, donnera une nouvelle occasion de confronter ces priorités. Son programme met la confiance numérique au centre des échanges entre acteurs publics et privés. Le programme du forum annonce des discussions sur la cybersécurité et les usages numériques. Les annonces de participation ne suffisent toutefois pas à mesurer les progrès : les indicateurs utiles seront aussi les capacités d’enquête, les mécanismes de plainte et la protection effective des données.

Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, la coopération régionale est essentielle. Une fraude qui traverse les frontières exige des procédures compatibles et des échanges de preuves assez rapides pour permettre une enquête. À l’échelle continentale, le constat d’INTERPOL rappelle que les ressources et les dispositifs restent inégalement répartis. Le défi consiste à faire grandir les services numériques sans laisser les usagers seuls face aux risques, et sans confondre hausse des plaintes, hausse des attaques et amélioration du signalement.