Pour une femme qui subit des violences, la protection dépend souvent de plusieurs textes, services et démarches. Au Cameroun, des organisations de la société civile demandent désormais un cadre juridique unique, qui associerait prévention, sanctions et réparation. Mais le calendrier parlementaire ne garantit pas que ce texte sera examiné dès novembre.

Un texte attendu dans un parcours déjà long

Le débat intervient alors que le Parlement camerounais doit ouvrir sa session ordinaire le 10 novembre 2026 à Yaoundé. Cette session est principalement consacrée au budget de l’État. Rien, dans les informations publiées par l’Assemblée nationale, ne confirme à ce stade que l’avant-projet sur les violences basées sur le genre figure à son ordre du jour.

Le parcours du texte reste difficile à retracer avec précision. En 2025, le Fonds des Nations unies pour la population indiquait qu’un avant-projet élaboré et validé en 2024 n’avait pas encore été soumis à l’Assemblée nationale. En juin 2026, la ministre de la Promotion de la femme et de la famille aurait évoqué son état d’avancement devant les députés. Ces étapes suggèrent un processus engagé depuis plusieurs années, plutôt qu’un chantier lancé seulement en 2026.

Le 2 novembre, des associations réunies à Yaoundé ont présenté une nouvelle étape de leur mobilisation. Elles défendent un texte rédigé après des concertations organisées à Ebolowa. Selon les organisateurs, celles-ci ont impliqué environ 2 500 personnes, une cinquantaine d’organisations et plusieurs ministères. Faute de document public permettant de vérifier ces chiffres et la version exacte du projet, ils doivent rester attribués aux associations.

Yvonne Akoa, présidente de l’Association des femmes juristes du Cameroun, décrit un texte qui définirait les violences fondées sur le genre, les sanctionnerait et prévoirait des ordonnances de protection ainsi que des réparations. L’objectif est de mieux relier la réponse pénale à la protection concrète des victimes.

Prévenir, protéger et rendre justice

La portée d’une loi dépendrait de ses mécanismes d’application. Une ordonnance de protection peut, selon les dispositions retenues, éloigner un auteur présumé ou limiter ses contacts avec une victime. Mais encore faut-il que les autorités puissent agir rapidement, que les personnes concernées connaissent leurs droits et que des services d’accueil soient accessibles.

Le magistrat Ulrich Ovono, présenté comme coordinateur de la rédaction, souligne que le projet traite aussi de prévention. Il inclurait des mesures concernant le harcèlement sexuel à l’école, à l’université et au travail. Ces espaces ne relèvent pas tous des mêmes administrations : appliquer un texte supposerait donc une coordination entre justice, éducation, employeurs et services sociaux.

Cette question dépasse la seule création d’infractions. Les survivantes ont besoin de soins, d’un accompagnement psychosocial et d’une aide juridique, en ville comme dans les zones rurales. Une évaluation récente du programme pays de l’UNFPA au Cameroun relève des limites persistantes dans la prise en charge, particulièrement dans les régions rurales et les zones touchées par des crises. Une loi sans budget, personnel formé ni dispositifs accessibles risquerait ainsi de laisser subsister l’écart entre droits inscrits et protection réelle.

Le cadre actuel comporte des dispositions pénales, mais les associations estiment qu’il ne couvre pas suffisamment les différentes formes de violences ni les réponses préventives. L’UNFPA signalait notamment l’absence d’une loi spécifique traitant explicitement de la violence domestique et du viol conjugal. Le contenu final devra préciser les définitions, les procédures de signalement, les garanties accordées aux victimes et les responsabilités des institutions.

Des chiffres à manier avec prudence

Les organisations mobilisées avancent au moins 76 féminicides recensés depuis le début de 2026. Ce bilan, qui n’a pas été corroboré par une seconde source indépendante consultée, doit être compris comme un décompte associatif et non comme une statistique officielle établie. Les méthodes de collecte, les critères retenus et la couverture géographique ne sont pas détaillés dans les éléments disponibles.

Cette réserve ne diminue pas l’importance du phénomène. Elle rappelle plutôt la nécessité de données publiques, régulières et comparables. Sans système de collecte commun, les associations, les forces de sécurité, les tribunaux et les services de santé peuvent produire des bilans différents. Cela complique l’évaluation des politiques et la répartition des moyens entre la capitale, les grandes villes et les communes éloignées.

Élise Pierrette Memong, présidente de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes, présente la mobilisation comme un travail de veille citoyenne destiné à porter les attentes des communautés auprès des décideurs. Cette pression s’inscrit aussi dans un débat politique : en août, des informations de presse ont fait état d’une proposition de loi déposée par le Social Democratic Front sur la prévention, la protection et la prise en charge des féminicides et des violences faites aux femmes. Il reste à établir comment cette initiative s’articule avec l’avant-projet soutenu par les associations.

Un enjeu national et régional

Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui rassemble six États autour de la coopération économique et monétaire. Le dossier est d’abord national : le Parlement camerounais et le gouvernement décideront du contenu et de l’application d’une éventuelle loi. Mais les choix de Yaoundé peuvent nourrir les échanges régionaux sur la protection des femmes, les données relatives aux violences et la coopération entre services publics.

La prochaine étape à surveiller est donc moins la seule ouverture de la session du 10 novembre que l’inscription effective d’un texte à l’ordre du jour et la publication de sa version officielle. Il faudra également savoir s’il s’agit de l’avant-projet gouvernemental, d’une proposition parlementaire ou d’un texte harmonisé. Pour les Camerounaises, l’enjeu sera mesurable dans les protections accessibles, les recours disponibles et la capacité des institutions à prévenir les violences autant qu’à les sanctionner.

Sources de contexte : Assemblée nationale du Cameroun : calendrier de la session ; UNFPA : état antérieur de l’avant-projet sur les violences basées sur le genre ; Évaluation du programme pays de l’UNFPA au Cameroun ; Journal du Cameroun : ouverture de la session budgétaire ; Actu Cameroun : proposition de loi attribuée au SDF.