À Dakar, le sport s’invite dans une conversation qui dépasse les podiums : comment faire parvenir aux familles des informations et des services utiles pour protéger les mères et les enfants ? À la veille des Jeux olympiques de la jeunesse, une rencontre a mis en avant les athlètes et les solutions africaines comme relais possibles, sans les substituer aux politiques publiques.
À Dakar, la santé entre dans le programme des Jeux
Le forum s’est tenu le 30 octobre au Musée des Civilisations noires, selon les organisateurs cités dans les informations disponibles. Il a réuni plus de 200 personnes, parmi lesquelles des responsables publics, des sportifs, des associations, des entrepreneurs et des partenaires au développement. L’Africa Food Systems Forum (AFSF) l’a organisé avec la Fondation Gates, AGRA, Seed Academy et For Hope Africa.
Le calendrier donne à cette initiative une visibilité particulière. Les JOJ de Dakar ont commencé le 31 octobre et se poursuivent jusqu’au 13 novembre 2026. Ils constituent le premier événement sportif olympique organisé sur le continent africain. Les compétitions et activités se déroulent à Dakar, Diamniadio et Saly. Le calendrier officiel des JOJ Dakar 2026 confirme ces dates.
Le message du forum est simple : la notoriété des sportifs peut aider à diffuser des conseils sur la nutrition, la santé maternelle et infantile et les modes de vie sains. Mais cette visibilité ne remplace ni les centres de santé, ni le personnel, ni l’accès aux soins. Elle peut plutôt orienter les familles vers des services existants et rendre certains sujets plus faciles à aborder, notamment auprès des jeunes.
Des progrès nationaux, des besoins persistants
La santé des mères et des nouveau-nés reste un enjeu majeur en Afrique subsaharienne. Lors du forum, Caty Fall Sow, de la Fondation Gates, a avancé qu’environ 700 femmes y meurent chaque jour pendant la grossesse ou l’accouchement. Ce chiffre est attribué à son intervention : les éléments consultés ici ne permettent pas de le recouper indépendamment avec une seconde source précise.
Le Sénégal présente, lui, une évolution encourageante, mais les estimations doivent être comparées avec prudence. L’OMS rapporte une baisse du ratio de mortalité maternelle de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015 à 153 en 2023, dans un article publié en janvier 2026. Sa base de données mondiale donne toutefois une estimation différente pour 2023 : 237,4, avec un intervalle d’incertitude large. Les méthodes et séries ne sont donc pas directement interchangeables. L’OMS au Sénégal détaille la série nationale citée ; la base de données de l’OMS présente son estimation et son intervalle.
Ces chiffres ne racontent pas, à eux seuls, l’expérience des femmes. L’accès aux consultations, la qualité de l’accueil, la disponibilité des soins obstétricaux et les distances vers les structures comptent aussi. Les réalités varient entre Dakar et les autres régions, ainsi qu’entre les ménages pouvant recourir aux soins privés et ceux qui dépendent des services publics.
Alimentation, agriculture et solutions locales
Les échanges ont lié la santé aux systèmes alimentaires : autrement dit, à l’ensemble des étapes qui font parvenir les aliments des champs aux assiettes. Le représentant du ministère de l’Agriculture, Ibrahima Hathie, a insisté sur la recherche, les semences et le développement de filières céréalières, horticoles et animales. Selon son intervention, celles-ci devraient être plus productives, résilientes au changement climatique et attentives à la nutrition.
Ce lien est concret. La qualité de l’alimentation dépend non seulement des conseils donnés aux familles, mais aussi de la disponibilité, du prix et de la conservation des produits. Les producteurs, commerçants et ménages ne disposent pas tous des mêmes moyens. Une campagne de sensibilisation ne peut donc produire pleinement ses effets sans une offre alimentaire accessible et des services de santé capables d’accompagner les femmes.
Six innovations portées par des Africaines et des Africains ont été présentées, d’après le compte rendu du forum. Leurs approches vont du suivi numérique à l’accompagnement communautaire. La Camerounaise Estella Bih-Neh a présenté mDoc, qui accompagne les femmes avant et après la grossesse. Au Nigeria, Crib A’Glow propose un berceau pliable de photothérapie destiné aux nouveau-nés atteints de jaunisse. Le Malien Mahamane Yahaya a exposé Denko Kunafoni, avec conseils, rappels et informations en langues locales.
Les autres projets ciblent des besoins distincts. WobSongo, présenté par la Burkinabè Stéphanie Dominique Nama, vise l’information des jeunes en santé sexuelle et reproductive. Au Rwanda, HEZA Initiative associe éducation nutritionnelle, agriculture durable et élevage de poules pour soutenir l’apport en protéines. La Ghanéenne Sophia Mensah Boduwah a présenté MOCHCare, un dossier numérique mère-enfant avec rappels par SMS et messages vocaux.
Ces présentations signalent une diversité d’idées, pas encore une preuve d’impact à grande échelle. Pour apprécier leur portée, il faudra connaître leur déploiement, leur coût, leur accessibilité linguistique et leur capacité à protéger les données médicales. Les outils numériques peuvent faciliter le suivi, mais leur utilité dépend aussi de la couverture réseau et de l’accès aux téléphones.
Des ambassadeurs, mais aussi des services à renforcer
Les organisateurs ont également annoncé le réseau « Jeunes Champions pour la Santé ». Des athlètes devraient relayer des messages dans les écoles, les clubs et les communautés. L’approche peut rapprocher la prévention de lieux fréquentés par les jeunes, à condition que les informations soient validées par les professionnels de santé et adaptées aux réalités locales.
Pour le Sénégal et ses voisins de la CEDEAO, la question dépasse l’événement sportif. Les campagnes de santé, les chaînes alimentaires et les innovations circulent au-delà des frontières. La portée réelle de l’initiative se mesurera toutefois dans la durée : continuité des actions après les Jeux, partenariats avec les structures sanitaires, suivi des jeunes ambassadeurs et accès effectif aux services. Le défi consiste à convertir un moment de forte visibilité en relais durables, sans faire porter aux sportifs la responsabilité qui revient aux institutions.