Pour les fédérations africaines, la fréquence de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) n’est pas qu’une question de calendrier. Elle détermine aussi le rythme des recettes, la visibilité des sélections et les moyens disponibles pour développer le football dans chaque pays. Le 29 octobre, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement renoncé à espacer le tournoi de quatre ans.

Un calendrier continental sous pression

Depuis 1957, la CAN est généralement organisée tous les deux ans. Ce rythme distingue la compétition africaine de l’Euro et de la Copa América, disputés tous les quatre ans. Il a aussi installé le tournoi dans le calendrier des supporters, des fédérations et des diffuseurs du continent.

Mais la compétition s’inscrit dans un calendrier mondial de plus en plus chargé. Les sélections se disputent leurs joueurs avec les clubs, notamment européens, qui doivent les libérer pendant les fenêtres prévues par la FIFA. Ces tensions sont particulièrement visibles quand la CAN se déroule au milieu de la saison des championnats européens.

La CAF avait annoncé en décembre 2025 son intention de passer à un cycle quadriennal après l’édition prévue en 2028. Le projet devait accompagner la création d’une Ligue des nations africaine, présentée comme une compétition régulière susceptible de générer des revenus entre deux CAN. Cette réforme s’inscrivait aussi dans les discussions sur l’harmonisation du calendrier international.

Le retour au rythme de deux ans

Réuni le 29 octobre 2026, le comité exécutif de la CAF a décidé à l’unanimité de conserver une CAN tous les deux ans. Le président de l’instance, Patrice Motsepe, avait annoncé au Cap-Vert, lors d’une conférence stratégique tenue du 7 au 9 octobre, que la réforme serait réexaminée.

La raison avancée est concrète : la Ligue des nations africaine ne devrait pas dégager rapidement les ressources nécessaires pour remplacer celles de la CAN. La CAF estime que plusieurs années seraient nécessaires avant que cette nouvelle compétition puisse contribuer de façon importante au financement du football continental. Elle a donc choisi de maintenir le tournoi qui constitue aujourd’hui son principal rendez-vous pour les sélections.

La décision ne supprime pas toutes les questions de calendrier. La CAN 2027 est programmée du 19 juin au 17 juillet au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Une édition reste également annoncée pour 2028, conformément au calendrier préparé lors du projet de réforme. La CAF devra préciser comment cette échéance s’articulera avec le retour au cycle biennal et avec les éditions suivantes.

Les dates de l’édition 2027 ont été confirmées par la CAF. Le rétablissement du rythme de deux ans est également rapporté par le média nigérian Channels Television et le média sud-africain Eyewitness News.

Un enjeu financier pour les fédérations

Le débat porte aussi sur la répartition des ressources. Les recettes de la CAN soutiennent les activités de la CAF, mais elles comptent également pour les associations nationales. Certaines fédérations disposent de sponsors et d’un appui public régulier. D’autres dépendent davantage des aides de la confédération et des revenus liés aux compétitions pour financer les équipes nationales et leurs programmes.

Une CAN plus espacée aurait pu réduire les conflits avec les clubs et donner davantage de temps aux pays organisateurs pour préparer leurs infrastructures. En revanche, elle aurait éloigné les rentrées associées à la compétition et réduit la fréquence d’un grand rendez-vous continental. Les bénéfices et les coûts ne sont donc pas identiques pour une fédération, un club employeur, un pays hôte ou un supporter.

La Ligue des nations africaine devait contribuer à combler cet écart. Mais une compétition annoncée ne garantit pas, à elle seule, des contrats de diffusion, des partenariats commerciaux ou des revenus stables. Le précédent de l’African Football League, compétition de clubs lancée par la CAF en 2023 puis arrêtée après une édition, rappelle qu’un modèle financier projeté reste à éprouver dans la durée.

Une décision contestée dans sa méthode

Le changement de 2025 avait été décidé par le comité exécutif, sans vote préalable de l’assemblée générale réunissant les associations membres. Cette méthode a alimenté les critiques de responsables et d’observateurs du football africain, qui estimaient qu’une transformation aussi importante devait être discutée avec les fédérations concernées.

Le retour au rythme biennal, lui aussi décidé par le comité exécutif, rétablit le format traditionnel mais ne règle pas cette question de gouvernance. Il laisse ouverte une interrogation essentielle : comment les associations nationales participent-elles aux choix qui affectent leurs équipes, leurs ressources et l’organisation du football dans leurs pays ?

La proximité entre les dirigeants de la CAF et ceux de la FIFA a également nourri le débat. La coordination du calendrier mondial peut limiter les conflits entre clubs et sélections, mais les priorités ne se confondent pas toujours. Les clubs veulent conserver leurs joueurs pendant la saison ; les fédérations africaines cherchent à protéger la valeur sportive et financière de leur compétition phare.

Ce que le calendrier dira de la suite

La prochaine échéance visible est la CAN 2027, coorganisée en Afrique de l’Est. Pour le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, l’enjeu immédiat est de tenir les engagements d’organisation et de répartir les retombées du tournoi entre trois pays. Pour la CAF, il s’agira aussi de montrer que la compétition peut financer durablement le développement du football, au-delà de ses seules semaines de match.

À l’échelle continentale, le choix de deux ans protège la place de la CAN dans le calendrier et maintient un rendez-vous régulier pour les supporters. Il ne répond toutefois pas encore à deux défis : trouver des recettes moins dépendantes d’une seule compétition et organiser le calendrier sans faire porter l’ajustement aux seuls joueurs africains et à leurs fédérations.

La décision du 29 octobre remet donc le format historique au centre, sans clore le débat. La prochaine étape sera de préciser les dates des éditions à venir et le rôle éventuel de la Ligue des nations africaine. Le rythme est tranché pour l’instant ; son équilibre financier et sa place dans le calendrier mondial restent à démontrer.