À São Vicente, les promesses nationales prennent une dimension très concrète : comment mieux répartir les emplois, les services publics et les investissements entre les îles ? Le président sortant José Maria Neves a placé ces questions au cœur de son discours de campagne, à deux semaines du scrutin présidentiel cap-verdien.
Une campagne nationale, des enjeux propres à chaque île
Le 30 octobre, José Maria Neves a tenu un meeting à Monte Sossego, dans la ville de Mindelo, sur l’île de São Vicente. Le lendemain, il s’est rendu à Santo Antão. Il y a défendu l’idée d’une campagne consacrée aux propositions et au respect mutuel. Ces déplacements donnent une place visible aux îles hors de Santiago, où se trouvent la capitale Praia et les principales institutions nationales. L’agence cap-verdienne Inforpress a rapporté ces étapes et les propos du candidat.
Cette géographie compte dans le débat politique. Le Cap-Vert est un archipel de dix îles, dont neuf sont habitées. Les liaisons maritimes et aériennes conditionnent l’accès aux services, les échanges commerciaux et les possibilités de développer l’activité au-delà des destinations touristiques les plus fréquentées. São Vicente, centre urbain et portuaire important, n’a donc pas les mêmes priorités que les îles où le tourisme concentre davantage d’investissements.
Le pays aborde cette présidentielle après les législatives de mai 2026, remportées par le PAICV, qui a obtenu 37 sièges sur 72. Francisco Carvalho est devenu Premier ministre en juin, succédant à Ulisses Correia e Silva. Cette nouvelle configuration renouvelle les relations entre la présidence et le gouvernement. La Banque mondiale relève cette alternance institutionnelle dans son aperçu politique du pays.
Le président sortant défend un rôle d’arbitre
Élu en 2021, Neves sollicite un second mandat de cinq ans. Ancien Premier ministre de 2001 à 2016 et ancien dirigeant du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), il affirme avoir appris à mieux exercer la fonction présidentielle. À São Vicente, il a insisté sur le rôle du chef de l’État comme arbitre et modérateur du système politique, plutôt que comme porte-parole d’un parti.
Son investiture par le PAICV ne fait pas disparaître cette distinction constitutionnelle. La présidence est une institution de l’État, même lorsque son titulaire a un parcours partisan. Le candidat dit vouloir rassembler au-delà de son camp et présenter un bilan de mandat. Il a également défendu une ambition de progrès dans la santé, l’éducation, l’énergie et le numérique, en liant la compétitivité à une amélioration des revenus des ménages.
La liste des candidats mérite une précision : les documents électoraux définitifs font état de six candidatures admises, dont celle de Neves, et non de dix. La Commission nationale des élections a publié cette liste après les décisions du Tribunal constitutionnel. Le scrutin est prévu le 15 novembre 2026 ; un second tour pourrait avoir lieu le 29 novembre si nécessaire. La Commission nationale des élections cap-verdienne détaille les candidatures validées.
La croissance ne règle pas seule la question des revenus
Le débat sur les salaires intervient dans une économie qui progresse, mais dont les bénéfices ne se répartissent pas automatiquement entre les ménages et les territoires. Selon la mise à jour économique 2026 de la Banque mondiale, le produit intérieur brut réel a augmenté de 6,3 % en 2025. Le tourisme a fortement contribué à cette croissance. L’institution souligne toutefois que les possibilités de créer des emplois durables et mieux rémunérés restent inégales.
Le tourisme soutient les revenus et l’activité, mais il demeure concentré sur quelques îles et dépend largement des visiteurs européens. Les entreprises liées aux voyages en bénéficient directement. En revanche, les travailleurs des secteurs moins rémunérateurs, les jeunes à la recherche d’un premier emploi et les petites entreprises des îles moins touristiques ne profitent pas nécessairement de la même dynamique. La Banque mondiale identifie aussi les difficultés de transport interinsulaire comme un frein aux chaînes de production locales et à la diversification de l’économie. Son étude sur la connectivité entre les îles examine cet enjeu.
La promesse de salaires plus élevés soulève donc des questions concrètes : quels secteurs peuvent créer des emplois productifs, comment améliorer les qualifications, et quelles mesures peuvent aider les revenus à suivre le coût de la vie ? La présidence peut contribuer au débat public et à la médiation institutionnelle. Elle ne décide toutefois pas seule des politiques économiques : le gouvernement et le Parlement jouent un rôle central dans leur élaboration et leur financement.
Un scrutin suivi au-delà de l’archipel
Le Cap-Vert est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’organisation régionale qui accompagne l’intégration et la coopération en Afrique de l’Ouest. Ses élections retiennent l’attention dans une région où les trajectoires politiques sont diverses. L’enjeu n’est pas d’en faire un modèle à reproduire, mais d’observer le fonctionnement concret de ses institutions : validation des candidatures, compétition électorale et acceptation des règles du scrutin. La CEDEAO présente le Cap-Vert parmi ses États membres.
Pour les électeurs, l’échéance du 15 novembre opposera les discours de continuité aux attentes de changement, notamment sur le pouvoir d’achat et les services dans les différentes îles. Pour les candidats, la question sera de convaincre au-delà des soutiens partisans. Le résultat dira aussi quelle place les Cap-Verdien(ne)s souhaitent accorder à une présidence de médiation, dans un pays où l’exécutif et la majorité parlementaire viennent désormais du même parti.