Pour une personne qui fuit des menaces liées à son orientation sexuelle, demander l’asile ne met pas fin au danger du jour au lendemain. Le parcours de Mbah Damaris Menemah, Camerounaise de 24 ans qui attend une décision à Chypre, met en lumière les risques du départ et les incertitudes de l’accueil.
Du Cameroun à l’attente, un parcours sous contrainte
Mbah Damaris Menemah raconte avoir quitté le Cameroun après que sa famille a découvert son orientation sexuelle. Elle dit avoir obtenu un visa étudiant pour le nord de Chypre, puis avoir rejoint le sud de l’île en traversant la zone tampon sous contrôle des Nations unies. Selon son récit, des passeurs l’ont aidée à effectuer ce passage.
Son témoignage décrit un itinéraire personnel. Les circonstances qu’elle rapporte n’ont pas été établies de façon indépendante. Elle affirme avoir déposé une demande de protection dans la partie sud, administrée par la République de Chypre, et attendre une décision. Elle dit aussi que les autorités lui ont expliqué qu’un autre pays de l’Union européenne pourrait éventuellement examiner son dossier. Cela ne signifie pas qu’un transfert est décidé.
Cette attente s’inscrit dans une réalité juridique difficile au Cameroun. Les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe sont criminalisées et passibles de six mois à cinq ans de prison, selon le Code pénal et les rapports sur son application. Des organisations de défense des droits documentent également des arrestations et des violences visant des personnes LGBT. Le dossier d’asile de Menemah reste toutefois individuel : son témoignage ne permet pas, à lui seul, de préjuger de la décision des autorités.
Une île divisée, une procédure européenne
Chypre est membre de l’Union européenne depuis 2004, mais l’île demeure divisée. Le gouvernement de la République de Chypre, reconnu internationalement, exerce son autorité dans le sud. Au nord, une administration turco-chypriote contrôle le territoire depuis la division de l’île. Une zone tampon des Nations unies sépare les deux parties. L’application du droit européen est suspendue dans les zones où le gouvernement chypriote n’exerce pas de contrôle effectif.
Cette géographie rend les déplacements et les démarches d’asile particulièrement complexes. Dans les zones contrôlées par la République, les personnes arrivées de manière irrégulière sont généralement orientées vers le centre de première réception de Pournara, à Kokkinotrimithia, dans le district de Nicosie. Le site sert notamment à l’enregistrement et aux premiers examens. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés indique que les demandes d’asile sont reçues par les services compétents de la République de Chypre.
Une demande déposée à Chypre peut aussi soulever la question du pays européen chargé de l’examiner. Les règles européennes déterminent cette responsabilité selon plusieurs critères, notamment la situation familiale et les conditions d’entrée. L’éventualité d’un examen par un autre État évoquée à Menemah ne suffit donc pas à établir que son dossier sera transféré. La décision dépend de son parcours et des règles applicables à son cas.
Pournara : mieux équipé, mais au cœur d’un système sous pression
Le centre de Pournara a connu une forte surpopulation lors de précédentes périodes d’arrivées importantes. La Commission européenne rapporte qu’en novembre 2022, environ 2 000 personnes y étaient hébergées, alors que sa capacité officielle était inférieure à 1 000 places. Des travaux financés par l’Union européenne et menés avec les autorités chypriotes et l’Organisation internationale pour les migrations visent à améliorer les installations et les procédures d’accueil.
Les informations disponibles sur la période du récit évoquent 343 résidents à Pournara, dont 72 mineurs non accompagnés. Ces chiffres n’ont pas pu être recoupés par une seconde source indépendante et ne doivent pas être considérés comme un décompte actuel. Les nationalités mentionnées comprennent notamment des personnes originaires de Somalie, du Soudan, du Cameroun, du Congo, de Syrie et du Burundi.
Les rénovations ont remplacé une partie des anciennes installations par des unités préfabriquées et des espaces destinés aux soins, à l’accompagnement et aux activités. L’amélioration matérielle compte, mais elle ne règle pas à elle seule les difficultés d’accès à une procédure, la durée de l’attente ou l’incertitude sur le logement et les ressources après la sortie du centre. Le dispositif chypriote distingue ainsi la première réception à Pournara de l’hébergement de plus longue durée des personnes qui demandent une protection.
Pour les personnes seules, les familles et les mineurs, l’expérience du centre n’est pas identique. Les jeunes arrivés sans parent ont besoin de mesures de protection spécifiques. Les personnes ayant subi des violences ou fuyant des persécutions liées au genre ou à l’orientation sexuelle peuvent, elles, avoir besoin d’un accompagnement confidentiel et d’interprètes capables de recueillir leur récit avec précision. L’accès à ces soutiens peut peser sur la manière dont une demande est documentée et examinée.
Un enjeu chypriote, une question régionale
La pression migratoire à Chypre ne se limite pas aux arrivées par mer. Des personnes rejoignent aussi le sud depuis le nord de l’île, malgré les risques associés au franchissement de la zone tampon. Pour les autorités, l’enjeu consiste à organiser l’enregistrement et l’examen des demandes. Pour les personnes concernées, il s’agit d’obtenir une évaluation individuelle et de ne pas être renvoyées vers un lieu où elles craignent des persécutions.
Le cas de Menemah relie cette situation européenne à un enjeu camerounais concret : les conséquences de la criminalisation et de la stigmatisation des relations entre personnes du même sexe. Il rappelle aussi que les départs ne résultent pas tous des mêmes motifs. La protection internationale repose sur l’examen des circonstances de chaque personne, et non sur une étiquette générale liée à sa nationalité.
À l’échelle européenne, la répartition des responsabilités entre États membres reste un sujet de tension, tandis que Chypre cherche à renforcer ses capacités d’accueil. À l’échelle de l’Afrique centrale, le cas souligne le contraste entre les engagements de protection des droits et les risques rapportés par des personnes LGBT au Cameroun. L’issue du dossier de Menemah, qui n’est pas connue dans les informations disponibles, demeure le point essentiel à suivre.
Sources consultées : Service d’asile chypriote : fonctionnement du centre de Pournara ; Commission européenne : rénovation des installations d’accueil à Chypre ; HCR : démarches d’asile à Chypre ; Département d’État américain : rapport 2023 sur les droits humains au Cameroun ; Human Dignity Trust : cadre juridique au Cameroun.