Dans le nord de l’Éthiopie, des personnes déplacées qui cherchaient un abri ont été frappées dans un camp. Le lendemain, des habitants venus récupérer des céréales près d’un camion bombardé ont eux aussi été touchés. Ces deux épisodes signalés les jeudi 29 et vendredi 30 octobre 2026 rappellent combien les civils restent exposés à la reprise des combats.
Deux frappes signalées dans des zones de conflit
Dans la région de l’Amhara, trois témoins ont fait état de frappes successives contre un camp de déplacés, jeudi. Ils ont rapporté au moins 14 morts, parmi lesquels des enfants et des femmes enceintes. Une autre dépêche, fondée sur des sources impliquées dans les secours, évoque au moins 15 personnes tuées dans le camp. Les bilans ne concordent donc pas exactement et restent attribués à leurs témoins. Les premiers témoignages sur les frappes dans le nord de l’Éthiopie ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un bilan définitif.
Le vendredi, dans le Tigré, une frappe a atteint des habitants qui ramassaient du grain tombé d’un camion déjà touché la veille, selon les informations recueillies sur place. Une source hospitalière a indiqué avoir reçu onze corps. L’Observatoire des conflits ACLED a estimé que les forces éthiopiennes étaient probablement responsables de cette attaque. Cette attribution reste une évaluation, et non une confirmation indépendante de l’identité des auteurs. L’armée éthiopienne n’avait pas répondu aux accusations au moment des premiers comptes rendus.
Au total, les informations communiquées par des témoins et une source médicale font état d’au moins 25 civils tués dans les deux épisodes. Ce chiffre doit rester attribué : l’accès aux lieux et la vérification indépendante des bilans sont limités. Une dépêche de Reuters recoupe le signalement d’une frappe meurtrière contre un camp en Amhara, mais donne elle aussi un bilan distinct, d’au moins 15 morts. Le compte rendu de Reuters sur l’attaque du camp confirme la gravité de l’événement, sans résoudre les divergences sur le nombre de victimes.
Une reprise des combats fragilise l’équilibre au nord
Ces attaques s’inscrivent dans une nouvelle séquence de combats entre les forces fédérales et des groupes armés dans l’Amhara et le Tigré. Dans l’Amhara, les affrontements opposent notamment l’armée aux combattants fano, issus d’un mouvement armé régional. Au Tigré, les tensions impliquent le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et des forces fédérales ou alliées. La situation s’est dégradée depuis la reprise des hostilités en septembre 2026, fragilisant l’accord de Pretoria signé en novembre 2022 pour mettre fin à la guerre précédente. Des habitants interrogés par Associated Press ont décrit les inquiétudes liées aux combats et aux restrictions de circulation dans le nord.
Le contexte dépasse les rivalités militaires locales. Après la guerre du Tigré de 2020 à 2022, les tensions politiques et territoriales n’ont pas disparu. Le statut de certaines zones contestées, la réorganisation des autorités régionales et la méfiance entre le pouvoir fédéral et les dirigeants tigréens continuent de peser. En Amhara, l’affrontement avec les fano ouvre un autre front intérieur. La simultanéité de ces crises complique la recherche d’une issue négociée et disperse les moyens de l’État.
Une frappe de drone peut viser une position armée, mais sa présence ne suffit pas à établir la cible réelle ni la responsabilité d’une attaque. Il faut distinguer les faits rapportés, l’identification des auteurs et l’évaluation juridique. Dans le cas du Tigré, l’attribution probable à l’armée vient d’ACLED; pour le camp en Amhara, les témoignages disponibles ne désignent pas clairement les responsables. L’absence de réponse officielle ne vaut pas confirmation des accusations.
Des conséquences concrètes pour les habitants
Les personnes déplacées sont particulièrement exposées. Elles ont quitté leur maison à cause des combats et dépendent souvent de services collectifs, de l’aide ou des marchés des villes d’accueil. Une attaque dans un camp touche donc des habitants qui ont déjà perdu une partie de leurs moyens de subsistance. Elle peut provoquer de nouveaux départs et rendre plus difficile l’accès aux soins, à l’école et à la nourriture.
Dans les zones rurales, le danger pèse aussi sur les déplacements ordinaires : transporter une récolte, rejoindre un centre de santé ou emprunter une route peut rapprocher les civils d’une cible militaire. La frappe rapportée près du camion de céréales illustre ce risque, sans permettre de conclure que les habitants étaient visés. Pour les agriculteurs et les commerçants, l’insécurité menace les récoltes et les échanges locaux. À Addis-Abeba, le gouvernement doit gérer à la fois les fronts armés, les déplacements de population et les relations avec les autorités régionales.
Les moyens de vérifier ces événements comptent autant que les bilans eux-mêmes. Des communications perturbées ou un accès limité aux localités peuvent retarder la confirmation des morts et des blessés. Les hôpitaux, les témoins, les organisations humanitaires et les observateurs de conflit apportent des éléments différents, qu’il faut confronter. À ce stade, les chiffres disponibles décrivent une situation grave, mais ne constituent pas un décompte exhaustif.
Un enjeu pour la Corne de l’Afrique
La progression des forces vers la frontière érythréenne alimente également les craintes d’un élargissement régional. L’Érythrée a été impliquée dans la guerre précédente au Tigré; une nouvelle confrontation entre États aurait des conséquences au-delà des zones directement touchées, notamment pour les déplacements de population et la sécurité des voies commerciales. Pour l’instant, les informations sur les frappes des 29 et 30 octobre ne suffisent pas à établir une extension du conflit à l’Érythrée.
L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale de la Corne de l’Afrique, a appelé à une désescalade lors de la reprise des hostilités en septembre. L’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, reste elle aussi concernée par la mise en œuvre de l’accord de Pretoria et la stabilité de l’un de ses États membres. L’appel de l’IGAD à la désescalade dans le nord éthiopien souligne le risque que les combats débordent le cadre national.
À court terme, les points à surveiller sont la confirmation des bilans, la réponse des autorités éthiopiennes aux accusations et l’évolution des combats près des frontières régionales. Pour les habitants de l’Amhara et du Tigré, l’enjeu immédiat reste plus direct : pouvoir vivre, circuler et accéder aux récoltes sans se retrouver au milieu d’une opération militaire.