À Eastleigh, quartier commerçant de Nairobi, des familles attendent encore des nouvelles tandis que les équipes de secours fouillent un amas de béton et d’acier. Une semaine après l’effondrement d’un immeuble en chantier, la découverte d’un premier corps marque un tournant douloureux, sans mettre fin aux recherches.
À Nairobi, les recherches se poursuivent dans un site difficile
L’immeuble s’est effondré le vendredi 23 octobre 2026, dans le quartier d’Eastleigh, au nord-est de la capitale kényane. Le vendredi 30 octobre, les secouristes ont retrouvé le corps d’une femme sous les décombres. Son identité devait encore être établie, notamment par des analyses ADN, selon des informations rapportées par la presse kényane.
Le bilan des personnes toujours portées disparues était de 16 vendredi, d’après les autorités citées par plusieurs médias. Ce chiffre a évolué au fil des jours, à mesure que les équipes vérifiaient les signalements des proches. Il faut donc le comprendre comme un décompte à cette date, et non comme un bilan définitif.
Les secouristes avaient extrait quatre personnes vivantes dans les premiers jours suivant l’accident. Aucun autre survivant n’avait été sorti des gravats depuis samedi 24 octobre, selon les comptes rendus disponibles. L’équipement d’imagerie thermique fourni par une équipe chinoise avait, en début de semaine, détecté deux personnes sous les décombres. Cette détection n’avait toutefois pas permis, à elle seule, de confirmer leur état.
Les opérations se déroulent dans un environnement dense, avec des tonnes de matériaux et des espaces d’accès limités. La présence d’un bâtiment voisin et les risques liés à la stabilité des décombres compliquent le travail des équipes. Les caméras thermiques peuvent aider à repérer des sources de chaleur, mais elles ne remplacent ni l’accès physique aux victimes ni leur identification.
Un immeuble occupé avant les vérifications requises
La construction était toujours en cours lorsque le bâtiment s’est effondré. Des commerces installés aux niveaux inférieurs, notamment au rez-de-chaussée et au sous-sol, auraient néanmoins déjà accueilli des activités. Le gouverneur de Nairobi, Johnson Sakaja, a déclaré que le projet ne disposait pas des autorisations de construction requises et que ces locaux avaient été occupés illégalement.
Le gouverneur a également rappelé que les règles imposent une inspection et la délivrance d’un certificat d’occupation avant l’ouverture d’un bâtiment au public. Ce document atteste que les vérifications réglementaires nécessaires ont été effectuées. Les circonstances précises de l’effondrement et les responsabilités éventuelles restent cependant à établir par les enquêtes compétentes.
Les premières informations divergent parfois sur la hauteur exacte de l’édifice. Certains comptes rendus parlent de 18 étages, tandis que d’autres évoquent 16 niveaux ou davantage de dix étages en construction. Cette différence ne permet pas, à elle seule, de conclure à une erreur de décompte : le nombre de niveaux autorisés, construits et achevés peut varier selon les descriptions. Les autorités et les enquêteurs devront préciser ces éléments.
Les familles de disparus campent près du site depuis plusieurs jours, dans l’attente d’informations. Certaines disent redouter que leurs proches n’aient pas survécu après l’expiration des premières 72 heures, souvent considérées comme une période particulièrement importante lors des opérations de recherche. Ce repère ne permet toutefois pas de déterminer le sort d’une personne prise au piège. Les autorités n’ont pas annoncé la fin des recherches.
Au-delà du sauvetage, la question du contrôle des chantiers
La catastrophe place au centre du débat la manière dont les permis, les inspections et les certificats d’occupation sont appliqués à Nairobi. L’annonce du gouverneur sur les autorisations manquantes soulève une question de contrôle public. Elle ne suffit pas à établir la cause technique de l’effondrement, qui devra être examinée à partir des plans, des matériaux, des méthodes de construction et du rôle des différents intervenants.
La distinction importe pour les habitants comme pour les professionnels du secteur. Si des locaux sont ouverts avant leur inspection, travailleurs, commerçants et clients peuvent être exposés à des risques qu’ils ne sont pas en mesure d’évaluer. À l’inverse, les équipes de construction, les promoteurs et les propriétaires ne peuvent être tenus pour responsables sur la seule base d’une déclaration politique : les éléments de l’enquête devront être rendus publics et examinés.
Eastleigh est un pôle commercial animé, où se croisent activités de détail, services et chantiers urbains. L’effondrement touche donc plus que les personnes présentes dans l’immeuble : les commerces voisins peuvent interrompre leur activité, les employés perdre des journées de travail et les habitants subir les conséquences des restrictions autour du site. Les effets se répartissent différemment selon que l’on dépend d’un salaire, d’une petite boutique ou d’une activité informelle.
La Kenya Red Cross, la police, les services publics et les autorités de Nairobi participent aux opérations de recherche ou au suivi des personnes signalées disparues. Leur coordination est essentielle pour recouper les listes, informer les familles et éviter les annonces prématurées. Les premiers chiffres diffusés après une catastrophe peuvent inclure des doublons ou des personnes qui ont quitté les lieux avant l’accident.
Un enjeu urbain qui dépasse la seule capitale
Le dossier concerne d’abord Nairobi et les institutions kényanes chargées de l’urbanisme, de la construction et de la sécurité. Il s’inscrit aussi dans une réalité régionale : les villes d’Afrique de l’Est grandissent et accueillent de nouveaux logements, commerces et infrastructures. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui rassemble le Kenya et plusieurs pays voisins, ne remplace pas les autorités nationales dans la délivrance des permis. Mais la sécurité des bâtiments et la qualité des infrastructures concernent l’ensemble des villes de la région.
Pour le Kenya, l’enjeu immédiat est double : poursuivre les recherches et établir les faits. Les étapes suivantes seront l’identification de la victime, la vérification du nombre de personnes toujours introuvables et les conclusions des enquêtes sur les autorisations et la construction. La façon dont Nairobi rendra ces résultats accessibles pèsera sur la confiance des familles, des riverains et des usagers dans le contrôle des chantiers.
Les informations sur la découverte du corps et le décompte des disparus ont été recoupées entre des comptes rendus de The Standard et de The Star. Les premiers jours des opérations sont également documentés par People Daily.