À plus de 200 kilomètres du littoral, dans le massif de l’Isalo, un ensemble de terrasses et de structures taillées dans la roche raconte une histoire malgache connectée à l’océan Indien. Teniky oblige les chercheurs à regarder au-delà des côtes pour comprendre les premiers siècles de peuplement et les circulations qui traversaient Madagascar.

Un paysage aménagé au cœur de l’Isalo

Le site se trouve dans un cirque rocheux du sud de Madagascar, au sein du parc national de l’Isalo. Des falaises entourent plusieurs espaces aménagés : terrasses, murs de grès, bassins et niches creusées dans la roche. Certaines cavités comportent des éléments sculptés. L’ensemble se distingue des sites archéologiques connus ailleurs sur l’île et le long de la côte est-africaine.

Les recherches menées depuis 2021 par une équipe malgache et suisse ont révélé que Teniky est plus vaste que les premières observations ne le laissaient penser. Les chercheurs ont repéré des structures réparties dans plusieurs zones, y compris au-delà du cirque principal. Une étude publiée dans la revue Azania: Archaeological Research in Africa décrit ces aménagements et les résultats des prospections.

Les datations au radiocarbone de charbons associés aux structures situent une partie des travaux entre la fin du premier millénaire et le début du deuxième. Les chercheurs avancent plus précisément une période autour des XIe et XIIe siècles. Des céramiques importées, datées entre les XIe et XIVe siècles, confortent cette chronologie générale. Elles ne datent pas à elles seules chaque mur ou terrasse : leur interprétation doit être mise en regard des autres indices archéologiques.

Des échanges lointains, sans origine encore établie

Depuis le lancement des travaux, l’équipe a recueilli environ 3 000 fragments de céramique, d’après le bilan présenté par les chercheurs. Une partie provient de productions chinoises et d’Asie du Sud-Est. Ces objets témoignent de circulations commerciales à longue distance dans l’océan Indien. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’identifier les personnes qui les ont transportés ni celles qui vivaient à Teniky.

La chercheuse malgache Chantal Radimilahy souligne que Madagascar participait à ces réseaux commerciaux médiévaux. Les biens pouvaient passer par plusieurs ports et intermédiaires avant d’atteindre l’intérieur de la Grande Île. La présence d’objets importés ne signifie donc pas que les habitants de Teniky venaient nécessairement des régions où ces objets ont été fabriqués. Elle éclaire plutôt les liens entre les communautés de l’intérieur, les établissements côtiers et les routes maritimes.

Cette distinction compte. L’archéologie peut établir des dates, des matériaux et des ressemblances, mais les itinéraires précis et les identités restent à documenter. L’étude de Teniky rappelle ainsi que les échanges commerciaux peuvent relier des espaces éloignés sans que l’on puisse réduire ces contacts à une migration unique ou à une origine simple.

Une ressemblance architecturale n’est pas une preuve d’origine

Les niches et certains aménagements de Teniky présentent des ressemblances avec des structures rupestres observées en Iran, notamment dans la région du Fars. Cette comparaison nourrit plusieurs hypothèses sur les pratiques et les influences possibles. Elle ne démontre pas qu’une communauté venue de l’Iran actuel a construit le site, ni qu’une religion particulière y était pratiquée.

Les auteurs de l’étude évoquent avec prudence une possible fonction rituelle ou funéraire pour certaines structures. Ils précisent que des similitudes formelles ne suffisent pas à établir une filiation culturelle. Des recherches supplémentaires, notamment sur les usages des espaces, les objets trouvés et les relations avec les populations locales, sont nécessaires avant de trancher.

Les datations déplacent aussi une ancienne interprétation qui attribuait certaines constructions à des Portugais, plusieurs siècles plus tard. Les indices disponibles situent l’activité principale du site bien avant leur arrivée dans la région. Teniky ne livre donc pas encore le nom de ses bâtisseurs, mais il situe leur présence dans une période importante pour l’histoire ancienne de Madagascar.

Relier l’intérieur aux littoraux

Pour mieux comprendre comment les personnes et les marchandises ont circulé, d’autres recherches s’intéressent aux embouchures et aux sites côtiers. Ces lieux peuvent aider à retracer les étapes entre les routes maritimes et l’intérieur des terres. À Teniky, il reste notamment à préciser qui y vivait, comment la communauté se procurait les objets importés, et pourquoi le site a été occupé puis délaissé.

Cette enquête s’inscrit dans une histoire du peuplement malgache construite à partir de plusieurs disciplines et de sites répartis sur l’île. Les données archéologiques s’ajoutent aux travaux sur les langues, les échanges et les environnements. Elles ne racontent pas une origine unique : elles permettent plutôt d’étudier des rencontres, des déplacements et des formes d’organisation au fil du temps.

À l’échelle régionale, Teniky rappelle que Madagascar appartient depuis longtemps à un espace de circulation reliant les côtes africaines, l’Asie et les îles de l’océan Indien. Le pays est aujourd’hui membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, un cadre de coopération régionale. Mais les réseaux médiévaux mis en lumière par les céramiques dépassaient les frontières politiques actuelles et relevaient d’échanges maritimes bien plus anciens.

La suite dépendra de nouvelles fouilles, d’analyses comparatives des céramiques et de recherches sur les sites côtiers. Ces travaux pourront préciser le rôle de Teniky dans les liens entre littoral et intérieur, sans présumer d’avance de l’identité de ses bâtisseurs. Pour l’instant, les résultats établissent surtout un point essentiel : au Moyen Âge, des communautés vivaient dans cet espace isolé tout en étant reliées à des circuits d’échange de grande portée.