Pour les supporters, les sélections nationales et les fédérations, le calendrier de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) détermine bien plus qu’une date de tournoi. Il pèse sur la préparation des équipes, les recettes du football africain et la disponibilité des joueurs évoluant à l’étranger. La Confédération africaine de football (CAF) a de nouveau changé de cap.

Un calendrier révisé après moins d’un an

Réuni le jeudi 29 octobre 2026, le Comité exécutif de la CAF a décidé à l’unanimité de rétablir le principe d’une CAN tous les deux ans. L’instance avait annoncé en décembre 2025 qu’elle passerait à un cycle de quatre ans après l’édition 2028. Ce projet prévoyait de créer une Ligue des nations africaine pour occuper une partie du calendrier entre les CAN.

Le calendrier communiqué par la CAF prévoit désormais des éditions en 2027, 2028, 2031 et 2033. Il ne dessine donc pas une alternance régulière de deux années dès le départ : deux CAN sont prévues à un an d’intervalle, puis trois ans séparent les éditions de 2028 et 2031. Le retour annoncé au rythme biennal doit ainsi se lire avec les échéances internationales déjà inscrites au calendrier.

La prochaine compétition est prévue au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Ces trois pays d’Afrique de l’Est accueilleront ensemble l’édition 2027. La décision de la CAF ne modifie pas, dans son communiqué, les dates annoncées pour ce tournoi.

La Ligue des nations n’était pas prête à remplacer la CAN

La CAF justifie son revirement par le délai nécessaire pour que la nouvelle Ligue des nations produise des revenus suffisants. Présentée comme une compétition panafricaine récurrente, elle devait contribuer au financement du football et compléter une CAN organisée moins souvent. Mais, selon l’instance, elle mettrait plusieurs années à générer les ressources attendues.

Ce motif place les finances au centre de la décision, sans pour autant établir le montant des pertes qu’aurait entraînées un cycle quadriennal. La CAF n’a pas avancé de chiffre public dans son annonce. Les estimations évoquant un manque à gagner d’un milliard de dollars ne peuvent donc pas être retenues ici comme un bilan vérifié.

Le changement annoncé en décembre 2025 répondait aussi aux tensions croissantes autour du calendrier mondial. Les compétitions de sélections se disputent au milieu des saisons des clubs, notamment en Europe, où évoluent de nombreux internationaux africains. Réduire la fréquence de la CAN devait espacer ces contraintes. En revenant sur cette réforme, la CAF privilégie désormais la continuité de son tournoi phare et les revenus qu’il peut apporter.

Des enjeux différents pour les fédérations et les joueurs

Pour les fédérations nationales, une CAN rapprochée offre davantage d’occasions de mobiliser les supporters, les partenaires et les diffuseurs. Elle peut aussi soutenir les activités locales liées au tournoi, de la billetterie aux services autour des stades. Mais ces retombées ne sont ni automatiques ni identiques dans les pays hôtes et dans les autres pays participants : elles dépendent notamment de la répartition des revenus et des coûts d’organisation.

Les joueurs et leurs clubs devront, eux, composer avec des périodes de préparation et de compétition plus fréquentes. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a présenté le retour au cycle biennal comme une manière de défendre les intérêts du football africain, des 54 associations membres de l’instance et des joueurs africains employés par des clubs hors du continent. Cela ne règle pas, à lui seul, la question des dates de libération des joueurs ni celle de la coordination avec les compétitions de clubs.

La cadence compte également pour les sélections qui cherchent à se reconstruire. Des tournois plus fréquents peuvent offrir davantage de rendez-vous compétitifs. En revanche, ils exigent des fédérations des moyens réguliers pour encadrer les équipes, préparer les qualifications et maintenir les infrastructures. Les ressources tirées de la CAN ne profitent donc au développement du football que si leur gestion et leur redistribution sont à la hauteur de cette ambition.

Une décision continentale, un test régional

La CAN est organisée par la CAF, qui rassemble les fédérations nationales du continent. Pour l’édition 2027, le défi immédiat concerne le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda : trois pays voisins qui devront coordonner leurs préparatifs, leurs transports et leurs équipements. La coopération entre organisateurs donnera une dimension régionale concrète à cette compétition, au-delà des seules équipes sur le terrain.

Le calendrier annoncé laisse aussi des questions ouvertes. Le communiqué confirme des éditions en 2028, 2031 et 2033, mais ne précise pas le dispositif qui assurera ensuite un rythme strictement tous les deux ans. Il ne dit pas non plus si la Ligue des nations est abandonnée, reportée ou appelée à coexister avec la CAN. La CAF devra clarifier ces points pour permettre aux fédérations, aux diffuseurs et aux pays candidats à l’organisation de planifier leurs engagements.

Ce retour en arrière montre surtout le poids de la CAN dans le modèle économique et sportif de la CAF. Il remet en jeu l’équilibre entre calendrier mondial, intérêts des clubs et besoins des sélections africaines. La prochaine étape sera moins l’annonce d’un principe que sa traduction en dates stables, en financements transparents et en règles applicables aux prochaines éditions.

La décision du Comité exécutif a été annoncée par la Confédération africaine de football. Le calendrier 2027-2028-2031-2033 a également été rapporté par Al Jazeera et le média nigérian Channels Television.