Pour les habitants du Sahara occidental, les mots d’une résolution peuvent peser autant que les effectifs d’une mission de paix. À l’approche du vote au Conseil de sécurité, les ajustements apportés au projet américain atténuent certaines échéances, mais laissent entière la question centrale : comment les Sahraouis participeront-ils au choix de leur avenir ?
Un territoire disputé, un processus toujours bloqué
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est revendiqué par le Maroc et par le Front Polisario, qui défend l’indépendance du territoire. L’ONU le considère comme un territoire non autonome. Les Nations unies ont créé en 1991 la MINURSO — Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental — dans le cadre d’un cessez-le-feu et d’un processus politique qui n’a pas permis de tenir le scrutin prévu.
Le dossier dépasse les acteurs présents sur le territoire. L’Algérie accueille des camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf et soutient le droit à l’autodétermination défendu par le Polisario. La Mauritanie est également concernée par les échanges diplomatiques régionaux. Les tensions entre Rabat et Alger pèsent sur le Maghreb, tandis que le Conseil de sécurité tente de maintenir un cadre de négociation.
En 2025, la résolution 2797 avait renouvelé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Elle prenait le plan d’autonomie marocain comme base des discussions, tout en mentionnant une solution politique mutuellement acceptable et l’autodétermination. Son renouvellement actuel arrive donc à une échéance décisive pour le fonctionnement de la mission.
Le nouveau projet assouplit le calendrier, pas le rapport de force
La deuxième version du texte américain, diffusée le 26 octobre, conserve le plan d’autonomie du Maroc au cœur des négociations. Elle revient toutefois sur la formulation la plus ferme de la première mouture. L’autonomie n’y est plus décrite comme « la seule solution viable », mais comme « la solution la plus viable », selon les comptes rendus du projet consultés par plusieurs médias.
Le texte réintroduit aussi une référence explicite à l’autodétermination dans la partie consacrée au règlement politique. Cette mention répond à une exigence de longue date du Front Polisario, qui avait rejeté la première version. Elle ne règle cependant pas la question de fond : le projet conserve le plan marocain comme base de négociation, sans détailler comment la population sahraouie pourrait se prononcer sur l’accord final.
La réorganisation de la mission est elle aussi moins précise. La première version prévoyait de mettre fin au volet de maintien de la paix en avril 2027, de transformer la mission en présence politique le mois suivant et de réduire ses effectifs d’au moins moitié avant la fin janvier. Ces échéances ont disparu de la nouvelle mouture. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, devrait plutôt présenter des propositions sur la structure, les effectifs et les ressources de la mission d’ici au 30 janvier 2027.
Un autre changement reste sensible : le projet prévoit de retirer le « R » de « référendum » au nom de la mission, qui deviendrait la MINUSO. La portée exacte de cette modification dépendra du texte adopté. Mais, dans un conflit où la promesse d’un référendum reste au cœur des attentes du Polisario, cette évolution symbolique est politiquement lourde.
Les consultations sahraouies au cœur du désaccord
Washington souhaite que l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, consulte un éventail plus large de Sahraouis, y compris des personnes qui ne siègent pas à la table des négociations. Cette démarche pourrait ouvrir le processus à des habitants du territoire, à des réfugiés et à la diaspora. Elle soulève aussi une question de représentation : qui sera consulté, selon quelles règles, et quel poids ces avis auront-ils dans les négociations ?
Le Polisario se présente comme le représentant du peuple sahraoui et défend une consultation conduisant à l’autodétermination, indépendance comprise. Le Maroc défend une autonomie sous sa souveraineté. Élargir les consultations ne suffit donc pas à rapprocher les deux positions. Sans mécanisme clair, l’inclusivité annoncée pourrait être contestée par les parties, plutôt que de renforcer la légitimité du processus.
Les mobilisations rapportées dans les camps de réfugiés près de Tindouf expriment l’inquiétude d’une partie des Sahraouis face à l’évolution du texte. Elles rappellent que les conséquences ne se limitent pas aux discussions diplomatiques : l’avenir de la mission touche aussi la surveillance du cessez-le-feu et le quotidien de populations séparées entre le territoire, les camps et la diaspora.
Un vote qui engage aussi l’équilibre régional
La révision du projet montre que les consultations au Conseil de sécurité ont pesé sur la rédaction américaine. Mais l’assouplissement des délais ne modifie pas l’asymétrie principale : l’autonomie marocaine reste la référence privilégiée, tandis que le Polisario réclame une voie permettant l’exercice du droit à l’autodétermination. L’Algérie, le Maroc et la Mauritanie sont directement concernés par les effets d’un blocage prolongé sur la stabilité et la coopération au Maghreb.
Pour le Conseil de sécurité, l’enjeu immédiat est de renouveler le mandat de la MINURSO sans fragiliser davantage le processus politique. Le précédent de 2025 montre que les résolutions peuvent infléchir le langage diplomatique sans produire d’accord entre les parties. La décision attendue doit donc être lue à la fois dans ses formulations et dans les moyens qu’elle laisse à la mission sur le terrain.
À plus long terme, le test sera concret : le Conseil demandera-t-il des propositions sur l’avenir de la mission, et les parties accepteront-elles de reprendre des discussions substantielles ? Les responsables onusiens devront aussi préciser comment les voix sahraouies seront prises en compte. Tant que ces garanties restent indéfinies, le changement de vocabulaire ne suffira pas à sortir le dossier de l’impasse.