Au large de Mayumba, les recherches ont atteint l’épave du Prospector 5. Trois corps y ont été repérés, mais leur récupération et leur identification restent à réaliser. Deux personnes sont toujours portées disparues. Pour les familles, l’attente se poursuit ; pour les autorités gabonaises, l’urgence est désormais de sécuriser les opérations sans compromettre l’enquête.

Une opération de recherche encore en cours

La plateforme de forage a sombré le samedi 24 octobre 2026 au large de Mayumba, dans la province de la Nyanga, au sud du Gabon. Elle se trouvait sur le permis pétrolier offshore Dussafu Marin, dans le cadre de préparatifs liés à une campagne de forage.

Cent quinze personnes se trouvaient à bord. Les autorités et l’entreprise ont indiqué que 110 avaient été secourues. Cinq personnes manquaient initialement à l’appel. Un ressortissant indien avait été déclaré mort après des témoignages recueillis auprès de rescapés, mais son corps n’avait pas encore été retrouvé. Trois Gabonais et un ressortissant croate figuraient parmi les autres personnes recherchées.

Mercredi 28 octobre, des inspections à l’aide d’un robot sous-marin téléopéré ont permis de localiser trois corps à l’intérieur de l’épave immergée. Le chef d’état-major de la marine, Charles Hubert Bekale-Meyong, a précisé que les images ne permettaient pas de les identifier. Les équipes préparaient leur récupération avec des spécialistes. Les autorités n’ont pas établi publiquement si le ressortissant indien présumé mort figure parmi eux. Deux personnes restaient recherchées après cette découverte.

Une enquête judiciaire a été ouverte le 25 octobre par le parquet de Tchibanga, selon les informations communiquées par Gabon 24. Le ministère du Pétrole a également annoncé une enquête technique destinée à établir les circonstances de l’accident et les responsabilités éventuelles. À ce stade, aucune cause définitive ne peut être retenue.

Un enjeu national au-delà du site offshore

Le naufrage concerne un secteur central pour l’économie gabonaise : le pétrole. Mais ses effets dépassent les installations et les entreprises impliquées. Les travailleurs et leurs proches attendent des informations vérifiées, une prise en charge adaptée et des réponses sur les conditions de sécurité. Les autorités doivent, elles, coordonner les secours, l’enquête et le contrôle des opérations en mer.

La plateforme Prospector 5 appartient à Borr Drilling et intervenait pour BW Energy, selon l’Agence gabonaise de presse et Reuters. L’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP), syndicat du secteur, demande que les circonstances soient éclaircies et que les conclusions de l’enquête soient rendues publiques. Elle réclame aussi un audit des dispositifs de sécurité dans les installations pétrolières, en mer comme à terre.

Cette exigence s’inscrit dans une préoccupation déjà exprimée au Gabon après l’accident de la plateforme Bécuna, en mars 2024. L’ONEP évoque ce précédent pour demander un examen plus large de la prévention et des contrôles. Ce rapprochement ne permet pas de présumer une cause commune entre les deux événements. Il souligne cependant pourquoi la transparence des investigations et le suivi des mesures correctives pèseront dans la confiance des travailleurs et de la population.

L’enquête devra notamment distinguer les responsabilités des différentes parties, sans les présumer : opérateurs, prestataires, donneurs d’ordre et services de contrôle. Les conclusions techniques, les obligations contractuelles et les règles nationales applicables devront être examinées. La publication d’éléments vérifiables permettra aussi de comprendre si des changements sont nécessaires dans les procédures de sécurité.

La sécurité en mer et la vigilance environnementale

Le naufrage soulève également une question de surveillance des eaux gabonaises. Dans une communication rapportée par le média gabonais Gabonactu, la marine a signalé une présence de gasoil provenant des réservoirs de la plateforme. Elle a déclaré que la situation était contenue par des barrages flottants. Cette information doit être suivie par des contrôles et des résultats rendus publics ; elle ne suffit pas, à elle seule, à mesurer d’éventuels effets sur le milieu marin ou les activités côtières.

Les opérations en mer peuvent concerner plusieurs acteurs : les équipes de secours, les autorités maritimes, les entreprises pétrolières et les usagers de la zone. Les pêcheurs et les communautés du littoral ont besoin d’informations pratiques sur les consignes de sécurité, les restrictions de navigation et tout risque identifié. La communication devra donc porter à la fois sur les recherches humaines et sur l’état de la zone maritime.

Une portée régionale, des réponses attendues

Le dossier se joue d’abord au Gabon, mais il intéresse aussi l’Afrique centrale. Le pays est membre de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Ces cadres régionaux ne remplacent pas l’enquête nationale. Ils rappellent toutefois que la sécurité maritime et les activités pétrolières offshore s’inscrivent dans un espace où circulent travailleurs, entreprises et navires de plusieurs pays.

La composition internationale de l’équipage renforce cette dimension consulaire. Les familles et les pays concernés attendent des informations fiables sur l’identification des victimes et le sort des deux personnes toujours recherchées. La priorité immédiate reste la récupération sécurisée des corps, la poursuite des recherches et l’accompagnement des rescapés.

La suite dépendra de décisions concrètes : l’identification des victimes, les résultats de l’enquête judiciaire et technique, ainsi que les mesures de prévention qui en découleront. Le gouvernement a ordonné l’ouverture d’une enquête ; l’ONEP demande que ses conclusions soient communiquées et que les contrôles de sécurité soient renforcés. C’est sur ces éléments vérifiables que se mesurera la réponse apportée à ce naufrage, pour les travailleurs du secteur comme pour les Gabonais.