Pour les éleveurs de l’Est algérien, la fermeture d’un marché à bestiaux coupe un débouché autant qu’elle freine les déplacements d’animaux. À l’échelle du pays, la suspension des importations de bovins vivants ajoute une contrainte à un marché de la viande déjà sous pression.

Une réponse sanitaire qui touche toute la chaîne

Le 22 octobre, la Direction générale des services vétérinaires (DGSV) a informé les opérateurs que les importations de bovins vivants étaient suspendues « jusqu’à nouvel ordre », pour des raisons sanitaires. Les dérogations d’importation encore valides sont annulées, selon la note rapportée par des médias algériens. La mesure concerne les animaux sur pied ; les informations publiques consultées ne permettent pas de conclure à une interdiction générale des importations de viande.

Cette décision survient après la confirmation de foyers de fièvre aphteuse à Jijel par le laboratoire vétérinaire central. Les autorités de la wilaya ont fermé les marchés aux bovins, ovins et caprins et restreint les mouvements du cheptel. Des mesures comparables sont rapportées à Sétif. La confirmation à Jijel et les restrictions locales sont décrites par plusieurs médias algériens, dont La Sentinelle et Le Provincial. Pour Sétif, le détail des foyers reste rapporté par la presse et n’est pas accompagné ici d’un bilan officiel accessible.

La fièvre aphteuse est une maladie virale très contagieuse qui touche notamment les bovins, les ovins et les caprins. Elle peut réduire la production et entraîner des restrictions de circulation et de commerce. Elle ne doit pas être confondue avec une maladie humaine liée à la consommation de viande : l’enjeu immédiat est la santé animale, la continuité des élevages et les échanges. L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) demande aux pays de notifier les foyers et les informations disponibles, dont le sérotype, par son système WAHIS.

Des restrictions locales, des conséquences économiques

La fermeture d’un marché à bestiaux vise à limiter les contacts entre troupeaux. Mais elle modifie aussi les habitudes de vente et d’approvisionnement. Les éleveurs peuvent avoir plus de difficulté à vendre leurs animaux ou à les déplacer vers des abattoirs et des acheteurs situés hors de leur wilaya. Les commerçants et transporteurs doivent, eux, composer avec des règles plus strictes et une incertitude sur la durée des mesures.

Dans les zones rurales, où l’élevage contribue aux revenus des ménages et à l’activité de nombreux petits opérateurs, ces entraves peuvent peser rapidement. À Alger et dans les grands centres urbains, l’effet se mesure davantage dans la disponibilité et le prix au détail. Toutefois, une suspension des bovins vivants ne signifie pas mécaniquement une pénurie immédiate : les stocks, la production locale, les arrivages de viande et la durée de l’interdiction compteront aussi.

Les contrôles vétérinaires, la traçabilité des animaux, l’isolement des foyers et la vaccination font partie des outils de lutte contre la maladie. Leur efficacité dépend de leur mise en œuvre sur le terrain et de la circulation rapide de l’information entre services vétérinaires, éleveurs et opérateurs. L’épisode de Jijel montre ainsi l’importance des services locaux autant que des décisions prises au niveau national.

Une filière déjà dépendante des importations

La décision sanitaire intervient alors que l’Algérie cherche à sécuriser l’offre et à contenir le coût de la viande. Le 18 octobre, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné une enquête sur les pratiques de certains importateurs, accusés dans le communiqué officiel de contribuer à la monopolisation de l’offre et à la hausse des prix. L’Agence Algérie Presse Service (APS) a également rapporté la demande d’examiner les écarts de prix entre wilayas et quartiers, ainsi que de préparer un encadrement des intermédiaires.

La pression sur l’approvisionnement s’explique notamment par l’écart entre consommation et production. Selon l’Institut de l’élevage français (Idele), la consommation de viande bovine en Algérie a progressé de 42 % en 2024, à 246 000 tonnes équivalent carcasse, tandis que la production nationale a reculé de 5 %, à 154 000 tonnes. Ces estimations décrivent une année précise ; elles ne suffisent pas à mesurer les volumes disponibles en octobre 2026. L’Idele souligne aussi le rôle croissant des importations de viande pour répondre à la demande.

La loi de finances 2026 a prévu un droit de douane réduit à 5 % jusqu’au 31 décembre 2026 pour certaines importations de bovins et d’ovins vivants destinés à l’abattage, ainsi que pour des catégories de viandes bovines et ovines fraîches ou réfrigérées sous vide. La mesure illustre le double levier retenu par les autorités : faciliter l’approvisionnement extérieur tout en soutenant les circuits de vente. La suspension sanitaire des bovins vivants ne supprime pas, à elle seule, les autres régimes applicables à la viande.

Le prochain enjeu : maîtriser le risque sans désorganiser l’offre

La durée de la suspension et les conditions de sa levée restent inconnues dans les informations consultées. À court terme, les services vétérinaires devront suivre l’évolution des foyers et la circulation des animaux. Les importateurs et les distributeurs devront, de leur côté, distinguer les achats de bétail vivant des importations de viande et ajuster leurs opérations dans le cadre sanitaire en vigueur.

Pour les consommateurs, la question centrale sera celle de la disponibilité et du prix, mais une hausse ne peut être déduite de la seule annonce. La réponse dépendra aussi des volumes de viande déjà importés, de l’abattage local et de la réouverture éventuelle des marchés. L’enquête annoncée sur les prix devra enfin éclairer le rôle des intermédiaires dans la transmission des coûts jusqu’aux boucheries.

À l’échelle nord-africaine, la fièvre aphteuse rappelle que la santé animale et le commerce ne s’arrêtent pas aux frontières. L’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale des pays du Maghreb, constitue le cadre politique régional pertinent, même si les informations disponibles ne font état d’aucune décision commune sur cet épisode. Le suivi des notifications à l’OMSA et la coordination entre services vétérinaires voisins restent donc des points à surveiller, tandis que l’Algérie doit protéger ses élevages sans fragiliser davantage l’accès à la viande.