Lire une ordonnance, tenir les comptes d’un petit commerce ou suivre une formation agricole : ces gestes reposent aussi sur des compétences de base. Au Togo, le financement de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle reste très en deçà des besoins prévus pour 2024 et 2025.
Un écart important au début de la stratégie
Sur une enveloppe de 4 milliards de francs CFA prévue pour ces deux années, 403 millions seulement avaient été mobilisés, soit un manque d’environ 3,6 milliards. Ces chiffres ont été présentés lors d’une table ronde organisée à Lomé le 23 octobre 2026 par la Direction générale de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle. Ils concernent les deux premières années de la stratégie nationale 2024-2028. Le compte rendu de la rencontre et les montants annoncés ont également été rapportés par des médias togolais.
Le déficit n’est pas seulement une ligne comptable. Il peut réduire le nombre de personnes accompagnées, la durée des formations ou les moyens disponibles pour adapter les cours aux réalités locales. Les projets présentés à Lomé portent sur deux volets : le PAJAGO, destiné aux jeunes et aux adultes appartenant à des groupes organisés, et un programme consacré à l’éducation non formelle, c’est-à-dire aux parcours d’apprentissage en dehors du système scolaire classique.
Le plan quinquennal est plus vaste que les besoins immédiats évoqués pendant la table ronde. La stratégie 2024-2028 chiffre son budget global à environ 12,4 milliards de francs CFA. Elle vise à améliorer l’accès et l’équité, la qualité des apprentissages ainsi que la gouvernance et le financement du secteur. Le document stratégique prévoit aussi un suivi des résultats et une mobilisation de ressources auprès de plusieurs acteurs.
Des apprentissages liés à la vie quotidienne
L’alphabétisation ne se limite pas à apprendre à lire et à écrire. Les responsables présents à la rencontre ont souligné ses liens avec la santé, l’agriculture et le commerce. Comprendre une consigne, lire une information de santé, calculer une dépense ou tenir un registre peut aider à utiliser d’autres services et formations.
Les besoins ne sont pas les mêmes partout. Dans les villes, les commerçants et les travailleurs de l’économie informelle peuvent rechercher des compétences directement liées à leur activité. Dans les zones rurales, les formations peuvent être utiles pour accéder à des informations agricoles ou mieux gérer une activité collective. Les contenus doivent donc tenir compte des langues, des métiers et des contraintes de temps des apprenants, plutôt que d’appliquer un modèle unique.
Le défi concerne aussi les personnes qui ont quitté l’école tôt ou n’y ont jamais eu accès. En 2024, le Togo a engagé l’actualisation des programmes d’alphabétisation, de post-alphabétisation et d’éducation non formelle. Le travail, conduit avec des services publics, des organisations de la société civile et des partenaires, devait mieux relier les contenus aux besoins socio-économiques et professionnels. L’organisation DVV International a documenté ce chantier lancé à Lomé en mars 2024.
Un modèle qui dépend des partenariats
Le recours à des associations et à des opérateurs extérieurs s’inscrit dans une orientation déjà adoptée par le gouvernement. En 2019, les autorités ont choisi de confier la mise en œuvre de certains programmes à des acteurs spécialisés, tandis que l’État gardait un rôle de définition, de suivi et d’évaluation. Cette approche, dite du « faire-faire », vise à s’appuyer sur les structures présentes sur le terrain. Elle ne règle toutefois pas la question de la continuité des financements ni celle du contrôle de la qualité.
La stratégie actuelle prévoit elle aussi que des associations et des organisations non gouvernementales mettent en œuvre des projets, sous la coordination de la Direction générale. Elle associe également les collectivités, la société civile et le secteur privé. Pour que ce partage fonctionne, les responsabilités, les financements disponibles et les résultats attendus doivent être suivis de façon transparente. La stratégie prévoit à cette fin des évaluations annuelles et un système d’information dédié.
Le budget national donne un autre élément de contexte, sans permettre de mesurer directement l’effort pour l’alphabétisation. Le ministère de l’Éducation nationale dispose d’une enveloppe prévisionnelle de 212 milliards de francs CFA pour 2026, mais celle-ci couvre plusieurs sous-secteurs. Elle ne précise pas, à elle seule, les crédits réservés à l’éducation non formelle. Le ministère des Finances présente les grandes lignes du budget 2026, tandis que des données relayées par la presse togolaise détaillent la dotation du ministère.
Le prochain enjeu : transformer les annonces en moyens
Pour les apprenants, les effets du sous-financement peuvent se traduire par des places moins nombreuses, des cours plus difficiles à maintenir ou un accompagnement insuffisant après la formation. Pour les communes et les organisations locales, l’incertitude sur les ressources complique la planification. Les partenaires financiers, eux, sont appelés à apporter un appui financier, technique et institutionnel, sans que la stratégie repose uniquement sur des contributions extérieures.
Ce dossier s’inscrit aussi dans un cadre régional. Le Togo appartient à l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine, et à la CEDEAO, la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest. La stratégie togolaise s’aligne sur son plan sectoriel de l’éducation 2020-2030 et fait écho aux priorités continentales en matière d’apprentissage tout au long de la vie. Mais les annonces régionales ne remplacent pas des budgets exécutés et des programmes accessibles dans les différentes régions du pays.
La question centrale est désormais celle du passage des engagements aux financements effectivement disponibles. Les montants annoncés pour 2024-2025 donnent une mesure de l’écart à combler ; ils ne précisent pas encore la part qui sera mobilisée pour les projets présentés à Lomé, ni leur calendrier de déploiement. La mise en œuvre de la stratégie 2024-2028 et la publication de résultats de suivi permettront d’évaluer si les ressources nouvelles atteignent les apprenants.