En République démocratique du Congo, la question n’est plus seulement de savoir qui gouverne, mais selon quelles règles et par quelle voie la crise peut être dénouée. À Rome, cinq responsables de l’opposition ont tenté de défendre une option politique entre le pouvoir de Kinshasa et une nouvelle coalition liée à la rébellion dans l’est.
Une opposition face à deux voies de confrontation
La Coalition article 64 (C64) rassemble Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Moïse Katumbi. Créée en mai 2026, elle affirme défendre l’ordre constitutionnel. Les cinq dirigeants se sont réunis en personne pour la première fois à Rome, les 26 et 27 octobre, afin d’harmoniser leurs positions sur la crise politique et sécuritaire.
Cette rencontre survient alors que l’opposition cherche à se démarquer à la fois du gouvernement de Félix Tshisekedi et de la voie armée. Le 12 octobre, l’ancien président Joseph Kabila a annoncé à Goma la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition qui inclut des groupes rebelles, dont le M23, selon l’Associated Press. La formation revendique une opposition au pouvoir de Kinshasa et évoque le recours à la force. Les accusations visant Kabila et les groupes concernés restent contestées par les acteurs mis en cause.
La C64 veut donc apparaître comme une troisième voie. Cette ambition se heurte à une difficulté concrète : ses membres souhaitent ouvrir des discussions avec des protagonistes qui ne partagent ni les mêmes objectifs ni les mêmes moyens. La coalition n’a annoncé aucun accord préalable du président ou de son prédécesseur pour la recevoir.
Un dialogue proposé, mais sans calendrier
Dans sa déclaration de clôture, la C64 a proposé de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Elle souhaite discuter des conditions d’un dialogue national inclusif et dit rechercher une « solution congolaise à la crise ». Elle ne précise toutefois ni calendrier, ni format, ni mécanisme pour garantir que les éventuelles discussions débouchent sur des engagements appliqués.
La coalition affirme condamner aussi bien le maintien au pouvoir par un contournement de la Constitution que la conquête du pouvoir par les armes. Cette double mise en garde est politiquement importante : elle lui permet de ne pas s’aligner sur le camp présidentiel, tout en évitant de cautionner une solution militaire. Mais la portée de cette posture dépendra de sa capacité à la maintenir face aux pressions des deux camps.
Le débat institutionnel est déjà vif. La C64 rejette une modification de la Constitution, un troisième mandat présidentiel et le report des élections prévues en 2028. Elle critique également le texte sur les conditions d’organisation d’un référendum adopté par l’Assemblée nationale le 23 octobre. La coalition estime que cette procédure ne saurait contourner l’article 220, qui protège notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Il s’agit de sa lecture politique et juridique du texte ; le débat institutionnel reste à suivre.
Les enjeux dépassent les rivalités entre dirigeants. À Kinshasa, la discussion sur les règles électorales peut mobiliser partis, parlementaires et citoyens. Dans les provinces de l’est, où l’insécurité et les déplacements affectent directement les habitants, l’urgence porte aussi sur la protection des civils et l’accès humanitaire. Un dialogue qui ne relierait pas ces dimensions risquerait de rester une négociation entre élites, éloignée des besoins des populations.
Le poids des institutions et des médiations africaines
La C64 demande que soient discutés à l’avance l’objet, la composition, la facilitation et le suivi d’un dialogue. Elle appelle à relancer la facilitation africaine conduite par l’Angola et le Togo, avec les Églises catholique et protestante. Ces acteurs pourraient contribuer à définir un cadre accepté par plusieurs camps. Toutefois, leur rôle ne remplace ni l’accord des parties ni des garanties vérifiables sur l’application des décisions.
La coalition souhaite aussi intégrer au dialogue national les questions de gouvernance abordées dans les protocoles liés au processus de Doha. Celui-ci concerne les discussions entre Kinshasa et des représentants de l’AFC/M23. Les affrontements qui se poursuivent dans l’est compliquent ces négociations. L’annonce du FRN, auquel l’AP attribue une composante politique et militaire, ajoute un acteur et rend plus incertaine la coordination entre les différentes pistes de paix.
Pour les habitants des zones de conflit, l’enjeu ne se limite pas à la formule institutionnelle retenue. Il concerne l’arrêt des combats, la sécurité des déplacements, la continuité des services et l’accès aux secours. À Kinshasa et dans les autres centres urbains, le débat porte davantage sur les libertés politiques, la Constitution et la préparation du scrutin. Un processus crédible devra prendre en compte ces réalités différentes.
Une crédibilité qui reste à construire
Rome marque une étape de coordination, pas encore un accord politique. La coalition devra montrer qu’elle peut parler d’une seule voix malgré les parcours distincts de ses dirigeants et transformer son appel au dialogue en propositions précises. Elle devra aussi préciser comment elle entend représenter les acteurs absents de la réunion, notamment les communautés touchées par les violences et les organisations de la société civile.
La situation résonne dans toute l’Afrique centrale et au-delà. La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). La recherche d’une issue concerne donc aussi les efforts régionaux de stabilisation, alors que la facilitation angolaise et togolaise est déjà sollicitée. Les annonces de Rome ne valent pas encore adhésion des parties à une médiation.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de la démarche : réponses éventuelles de Tshisekedi et Kabila, modalités d’un dialogue, évolution du débat sur le référendum et respect de l’échéance électorale de 2028. Pour l’instant, la C64 a posé une ligne politique et réclamé des rencontres. Reste à savoir si cette ligne peut ouvrir un espace de négociation sans banaliser la violence ni réduire la crise à un affrontement entre dirigeants.
Les faits relatifs aux conclusions de la réunion et à la position de la C64 ont été recoupés avec Actualite.cd et Cable.CD. Le contexte du FRN et les enjeux régionaux s’appuient également sur les comptes rendus de l’Associated Press.