En République démocratique du Congo, le dialogue national se heurte à deux questions difficiles : qui doit y participer, et quelles règles ne peuvent être négociées ? À Rome, cinq figures de l’opposition ont tenté de tracer une ligne commune, entre rejet d’un prolongement du pouvoir hors du cadre constitutionnel et refus de la conquête du pouvoir par les armes.
Un dialogue à construire avant même d’en fixer la date
La Coalition Article 64 (C64) réunit Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo. À l’issue de leur rencontre à Rome, du 25 au 27 octobre 2026, les cinq responsables ont annoncé vouloir rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila. Ils souhaitent discuter des conditions d’un dialogue national inclusif. Aucun calendrier n’a été annoncé et la coalition n’a pas indiqué si les deux hommes avaient accepté ces rencontres. Actualite.cd a également rapporté cette proposition.
Cette initiative arrive alors que la présidence congolaise consulte déjà des acteurs religieux sur un projet de dialogue. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui représente l’Église catholique, et l’Église du Christ au Congo (ECC), principale organisation protestante, ont été associées aux échanges préparatoires. La C64 demande toutefois que les participants s’accordent aussi sur l’objet, la composition, la facilitation et le suivi des conclusions. Autrement dit, le débat porte autant sur les règles de la rencontre que sur les sujets à traiter.
Une même exigence adressée au pouvoir et aux groupes armés
La déclaration de Rome condamne à la fois ce que la coalition qualifie de « coup d’État constitutionnel » et le recours aux armes pour conquérir le pouvoir. Elle ne cite pas Joseph Kabila dans ce passage. Cette formulation permet à la C64 d’énoncer une règle générale, sans présenter son initiative comme un soutien au pouvoir ou aux acteurs armés opposés à Kinshasa. Enquete.cd relève également que l’ancien président n’est pas nommé dans la condamnation.
La coalition refuse par ailleurs tout changement constitutionnel, tout troisième mandat présidentiel et tout report des élections prévues en 2028. Elle conteste notamment le texte sur les conditions d’organisation d’un référendum, adopté après une nouvelle délibération de l’Assemblée nationale le 23 octobre. Selon elle, une majorité parlementaire ne peut écarter les limites de l’article 220 de la Constitution, qui protègent notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels.
La controverse est politique, mais aussi institutionnelle : un référendum ne règle pas, à lui seul, la question de savoir si une réforme peut toucher aux dispositions protégées. La Constitution publiée par la Commission électorale nationale indépendante est le texte de référence invoqué dans ce débat. La C64 soutient qu’elle doit être appliquée, qu’elle soit appréciée ou non par les dirigeants. Le président Tshisekedi a, de son côté, exprimé son désaccord avec la Constitution actuelle, tout en affirmant à sa majorité que le dialogue n’avait pas pour but de le maintenir au pouvoir, selon les informations communiquées dans le cadre de la réunion du 24 octobre.
Des processus de paix qui doivent se compléter
La crise politique se déroule alors que l’est du pays reste marqué par un conflit armé et par des initiatives diplomatiques menées sur plusieurs fronts. La C64 demande de relancer la facilitation africaine associant l’Angola et le Togo, en lien avec la médiation de la CENCO et de l’ECC. Elle veut aussi que le dialogue national soit articulé aux démarches de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, ainsi qu’aux engagements pris à Washington entre la RDC et le Rwanda.
Pour Doha, la coalition réclame des résultats vérifiables sur le cessez-le-feu, la protection des civils et l’accès humanitaire. Elle propose d’intégrer au dialogue les sujets de gouvernance abordés dans les protocoles du processus. Elle demande aussi l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment sur le retrait des troupes étrangères du territoire congolais. Ces demandes sont celles de la coalition : leur annonce ne signifie pas que leur mise en œuvre est acquise.
La dimension régionale est déterminante. La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont les États ont appelé à privilégier les démarches diplomatiques et le dialogue pour répondre à la crise dans l’est. La SADC a réaffirmé cette orientation dans son communiqué de sommet. Pour les populations des zones touchées, les critères concrets seront la sécurité, la circulation et l’accès à l’aide. À Kinshasa, la crédibilité du calendrier électoral et la liberté d’action de l’opposition pèseront davantage dans le débat institutionnel.
Le test sera celui des garanties et du calendrier
La C64 demande enfin la fin des arrestations qu’elle juge arbitraires et des intimidations, le retour des exilés et l’arrêt des procès qu’elle considère politiquement motivés. Elle réclame notamment la libération de Prince Epenge, Marley Vuvu et du vidéaste Stephane Shiso. Ces demandes sont attribuées à la coalition et ne constituent pas, en elles-mêmes, une vérification indépendante des dossiers concernés.
La portée de la déclaration de Rome dépendra donc de la suite : les responsables proposés accepteront-ils de rencontrer la C64 ? Les parties s’entendront-elles sur une facilitation et des garanties de participation ? Et les engagements diplomatiques auront-ils des mécanismes de vérification accessibles ? Sans réponses à ces questions, l’appel à l’inclusivité restera une position politique. Avec un calendrier partagé et des règles acceptées, il pourrait devenir une étape vers une discussion nationale, dans un pays où les échéances électorales, la sécurité de l’est et les équilibres régionaux sont étroitement liés.