Pour l’Égypte, l’enjeu minier ne se limite pas à extraire davantage d’or ou de phosphate. Le pays veut transformer ses ressources en activités industrielles, en emplois et en exportations. Un nouveau partenariat international fixe un objectif ambitieux : porter la contribution des minerais à 6 % du produit intérieur brut d’ici 2030.

Un objectif qui suppose de changer d’échelle

Le ministère égyptien du Pétrole et des Ressources minérales a annoncé, le 25 octobre 2026, un partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale et une charte nationale pour développer le secteur. L’Égypte rejoint ainsi une initiative lancée avec sept autres pays : l’Argentine, la Bolivie, l’Inde, le Kazakhstan, le Malawi, la Mauritanie et la Zambie.

Le chiffre de 6 % doit être compris comme un objectif, et non comme une évolution déjà acquise. En septembre, le ministre du Pétrole Karim Badawi estimait que l’activité minière représentait moins de 1 % du PIB. Pour l’exercice 2023-2024, les activités minières non pétrolières équivalaient à 1,4 % de l’économie, selon les données reprises par le service géologique des États-Unis. Les périmètres et périodes diffèrent : ces chiffres ne sont donc pas directement interchangeables.

La charte prévoit des réformes législatives et financières, une amélioration des données géologiques, la numérisation des services et la création de capacités de traitement des minerais. Le Groupe de la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement doivent aussi soutenir la gouvernance, les compétences institutionnelles et la préparation des projets aux investissements.

Du sous-sol aux chaînes de valeur

Les données géologiques sont essentielles pour les investisseurs : elles permettent d’évaluer plus précisément la présence et la qualité des ressources avant de financer l’exploration. Leur mise à jour, ainsi que la simplification des procédures et des règles fiscales, peuvent réduire les incertitudes. Mais attirer des capitaux ne garantit pas, à lui seul, des retombées locales.

Le traitement sur place constitue donc un enjeu central. Transformer une partie des minerais en Égypte peut générer davantage de valeur que leur simple exportation à l’état brut. Cette ambition suppose toutefois des infrastructures, de l’énergie, des compétences et des débouchés commerciaux. Elle pose aussi la question de la répartition des revenus entre l’État, les entreprises, les travailleurs et les territoires concernés.

Le gouvernement a déjà engagé une évolution du cadre minier, notamment avec un système d’octroi de licences plus ouvert aux demandes des investisseurs. En parallèle, les autorités cherchent à moderniser les informations disponibles sur les gisements. La charte s’inscrit ainsi dans une trajectoire de réforme, mais sa portée dépendra des textes adoptés, des investissements effectivement réalisés et de leur mise en œuvre.

Des retombées à mesurer au-delà du PIB

Pour les finances publiques, une activité accrue pourrait élargir les recettes fiscales et les exportations. Pour les entreprises, la qualité des règles, la stabilité des autorisations et l’accès aux infrastructures pèseront dans les décisions. Pour les salariés et les fournisseurs égyptiens, l’enjeu sera de savoir si les projets créent des emplois qualifiés et des contrats locaux, plutôt que de concentrer leurs bénéfices dans l’extraction et l’exportation.

Les effets ne seront pas uniformes. Les centres de traitement et les services spécialisés pourraient se concentrer près des grands axes et des pôles industriels. Les sites d’exploration, eux, se trouvent parfois loin des grands centres urbains. Les communautés voisines auront donc des intérêts distincts de ceux des investisseurs et des autorités : accès à l’eau et aux terres, sécurité, emplois, suivi des impacts environnementaux et mécanismes de consultation.

La mesure de la cible demandera également de la transparence. Il faudra préciser quelles activités entrent dans le calcul de la « contribution des minerais » : extraction seulement, ou aussi transformation industrielle ? Les statistiques disponibles ne couvrent pas toujours le même périmètre. Sans indicateurs publics cohérents, il sera difficile de distinguer une hausse réelle de la valeur produite localement d’une progression due aux prix ou à une modification des méthodes de calcul.

Un enjeu nord-africain et continental

En Afrique du Nord, l’Égypte cherche à renforcer sa place dans les chaînes d’approvisionnement en minerais et dans leur transformation. La région ne fonctionne pas comme un marché économique intégré comparable à d’autres espaces continentaux. L’Union du Maghreb arabe, qui rassemble plusieurs pays nord-africains, reste peu active. Les partenariats de l’Égypte avec des institutions internationales et des investisseurs s’inscrivent donc dans un paysage régional où les coopérations économiques restent inégales.

À l’échelle de l’Union africaine, le sujet rejoint une question plus large : comment faire des ressources naturelles un levier d’industrialisation sur le continent ? La Zone de libre-échange continentale africaine vise à faciliter les échanges entre pays africains. Pour que cette ambition profite aux producteurs, il faudra aussi développer des capacités de transformation, des compétences et des infrastructures qui relient les bassins miniers aux marchés régionaux.

La prochaine étape sera de suivre les mesures concrètes : réformes juridiques, qualité des données publiées, projets de traitement financés et emplois générés. L’objectif de 6 % en 2030 donne un repère politique. Ce sont toutefois la valeur créée en Égypte, sa répartition et la maîtrise des impacts locaux qui diront si le secteur s’est réellement transformé.