En Côte d’Ivoire, une part importante de la course à l’or se joue avant même l’ouverture d’une mine. Des sociétés d’exploration cherchent à prendre position près de gisements connus, là où la géologie nourrit l’espoir de nouvelles découvertes — sans jamais les garantir.
Le nord ivoirien attire de nouveaux projets
Le 26 octobre 2026, Waraba Gold a annoncé un accord pour acquérir 80 % de Leo Resources, société qui détient le permis de recherche PR-683, dans le nord du pays. Le périmètre couvre 212,66 km² et jouxte des terrains déjà détenus par Waraba, dans le secteur de Tengrela. La transaction pourrait atteindre 5 millions de dollars australiens, soit environ 3,5 millions de dollars américains. Elle reste soumise aux autorisations réglementaires ivoiriennes. Waraba détaille son accord sur le permis de Tengrela.
Cette extension s’inscrit dans une zone aurifère déjà explorée. Le permis se trouve sur la ceinture de roches vertes de Boundiali, une formation géologique qui s’étend dans le nord ivoirien et accueille plusieurs projets miniers. La mine de Sissingué, exploitée par Perseus Mining, se situe à proximité. Waraba cherche à regrouper ses terrains autour de Tengrela sur près de 1 000 km², en comptant les demandes de permis encore en attente.
Quelques jours plus tôt, le 23 octobre, Eminence Minerals avait annoncé l’exercice d’options lui donnant accès à une participation initiale de 30 % dans cinq projets aurifères : Tarato, Kounouman, Banandjé, Sarhala et Tonkpi. La société australienne, cotée à l’ASX, veut examiner ces permis et leurs données historiques avant de préciser ses travaux. Ses projets se trouvent dans des districts où d’autres entreprises, dont Endeavour Mining, Montage Gold et Aurum Resources, mènent aussi des activités d’exploration ou de développement. Eminence présente ses cinq projets ivoiriens.
Des budgets en hausse, mais pas encore des mines
Le contexte explique l’intérêt pour ces terrains. Selon le rapport World Exploration Trends 2026 de S&P Global Market Intelligence, les budgets d’exploration minière en Côte d’Ivoire ont atteint 186 millions de dollars en 2025. Le pays a ainsi retrouvé la première place africaine pour les dépenses d’exploration. À l’échelle du continent, ces budgets ont progressé de 11 %, à 1,44 milliard de dollars, alors que les budgets mondiaux ont légèrement reculé. Le rapport mondial de S&P Global sur l’exploration mesure des budgets consacrés à la recherche minière, et non des investissements déjà réalisés dans des mines en production.
Cette distinction compte. Un permis, des dépenses d’exploration ou une cible prometteuse ne constituent ni une découverte confirmée ni une réserve exploitable. Il faut des campagnes de terrain, des analyses et des forages, puis des études techniques, environnementales et économiques. Le passage d’une étape à l’autre peut prendre des années et n’aboutit pas toujours.
La progression du projet Boundiali d’Aurum Resources illustre à la fois le potentiel et le temps nécessaire. La société a annoncé une ressource minérale de 3,22 millions d’onces d’or en 2026, après plusieurs campagnes de forage. Une ressource estimée n’est toutefois pas synonyme de métal déjà extrait : elle doit encore être évaluée au regard des conditions techniques, économiques et réglementaires. Aurum publie les chiffres de ses projets de Boundiali et Napié.
Une ambition nationale qui dépendra des retombées locales
Les autorités ivoiriennes veulent accroître la production d’or et renforcer le poids du secteur minier dans l’économie. La production nationale a augmenté au cours de la dernière décennie, portée par l’ouverture de nouvelles mines et l’extension de sites existants. Le portail économique public ivoirien donne une série de production et des projections pour les prochaines années, tandis que les annonces officielles rappellent que ces prévisions dépendent de la mise en service de projets encore en développement. Les données publiques sur la production d’or ivoirienne.
Pour les entreprises, l’enjeu immédiat est de convertir des permis en cibles de forage, puis en ressources suffisamment documentées. Waraba prévoit de préparer un programme de forage si l’acquisition est finalisée. Eminence entend commencer par l’analyse des données historiques et des travaux de reconnaissance sur ses cinq projets. Les deux calendriers dépendront notamment des autorisations et de la qualité des résultats obtenus sur le terrain.
Pour les populations des régions minières, les retombées ne se résument pas aux chiffres de production. Les emplois accessibles localement, la formation, les achats auprès d’entreprises ivoiriennes, l’accès aux terres et la gestion des impacts environnementaux pèsent aussi dans le bilan. L’exploration mobilise généralement moins de main-d’œuvre que l’exploitation. Les bénéfices éventuels ne seront donc ni immédiats ni répartis de façon uniforme entre les sites, les villes et les communautés rurales.
Un choix stratégique dans une Afrique de l’Ouest minière
La Côte d’Ivoire s’inscrit dans une région où l’or occupe une place importante dans les économies et les politiques publiques. Mais le pays suit sa propre trajectoire, au sein de la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — et de l’Union africaine. Ses ambitions minières se mesurent autant à la capacité d’attirer des capitaux qu’à celle de transformer les projets en recettes publiques, en emplois qualifiés et en activités économiques locales.
La hausse des budgets d’exploration donne un signal favorable au secteur, mais elle ne préjuge pas du résultat géologique. Les prochaines étapes concrètes seront les autorisations ivoiriennes concernant le projet de Waraba, puis les travaux de terrain annoncés par les deux sociétés. C’est à ces jalons, et aux données de forage publiées ensuite, que se mesurera la portée réelle de ce nouvel intérêt pour le sous-sol ivoirien.