En Algérie, la transition énergétique se joue sur deux fronts : produire davantage d’électricité solaire et réduire l’empreinte d’un secteur des hydrocarbures qui reste central pour l’économie. Les discussions ouvertes avec Scatec touchent précisément à cette articulation. Elles portent sur des pistes de coopération, mais aucun accord ni projet d’investissement n’a été annoncé.

Une discussion encore exploratoire à Alger

Le 19 octobre 2026, le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a reçu à Alger Terje Pilskog, directeur général de l’entreprise norvégienne Scatec. Les échanges ont concerné d’éventuels partenariats avec Sonatrach, le groupe public algérien des hydrocarbures. La rencontre s’est tenue en présence de l’ambassadrice de Norvège et de représentants des deux parties, selon le ministère, dont le compte rendu a été publié par l’Agence Algérie Presse Service.

Les sujets évoqués dépassent la construction de centrales renouvelables. Ils incluent la réduction des émissions de méthane et de gaz à effet de serre dans les installations pétrolières et gazières, l’amélioration de leur efficacité énergétique et des solutions techniques destinées à limiter les émissions industrielles. Les deux parties ont également discuté du dessalement de l’eau de mer alimenté par des énergies renouvelables.

Cette distinction est importante : une réunion ministérielle et l’expression d’un intérêt commercial ne constituent ni un contrat ni une décision d’investissement. Le communiqué algérien présente ces échanges comme une exploration des possibilités de partenariat et de partage d’expertise. Les modalités, le calendrier, le financement et la participation éventuelle d’entreprises locales restent à préciser.

Un programme solaire ambitieux, avec un défi d’exécution

Le gouvernement algérien vise 15 000 mégawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2035. Une première tranche de 3 200 MW est en cours de réalisation. Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables indique que ces centrales doivent être réparties entre plusieurs wilayas, notamment dans le Sud et les Hauts Plateaux. Il s’agit d’un objectif de capacité, pas d’une production déjà disponible sur le réseau.

Le programme s’inscrit dans une trajectoire où le gaz demeure essentiel à la production d’électricité et aux exportations. Pour Alger, développer le solaire peut contribuer à répondre à une demande intérieure croissante et, à terme, préserver davantage de gaz pour d’autres usages. Mais l’effet dépendra de la réalisation des projets, du raccordement au réseau et de leur fonctionnement effectif. Les autorités évoquent aussi le renforcement des compétences et de l’intégration industrielle locales.

La rencontre avec Scatec ouvre ainsi une piste distincte du seul objectif de capacité renouvelable : améliorer la performance environnementale des installations existantes. La réduction des fuites de méthane, l’usage plus efficace de l’énergie et la valorisation du gaz associé peuvent toucher directement les opérations de Sonatrach. Le groupe public a ses propres programmes dans ces domaines. Une éventuelle coopération devra donc préciser la complémentarité entre ses capacités internes et l’expertise que Scatec pourrait apporter.

Énergie et dessalement : un enjeu concret pour les territoires

Le dessalement relie politique énergétique et sécurité hydrique. Produire de l’eau potable à partir de l’eau de mer demande de l’énergie ; alimenter ces installations par des renouvelables pourrait réduire leur dépendance aux combustibles fossiles, sous réserve de solutions fiables et adaptées au réseau. Pour les villes côtières et les zones desservies par ces usines, l’enjeu est la continuité de l’approvisionnement en eau. Pour le système électrique, il s’agit aussi de gérer une demande importante et régulière.

La question territoriale compte. Les centrales solaires du programme national sont prévues dans des régions intérieures et méridionales, tandis que les installations de dessalement se situent sur le littoral. Leur rapprochement ne va pas de soi : il suppose des infrastructures de transport électrique, du stockage ou des solutions de pilotage, ainsi qu’une coordination entre secteurs. Les retombées pour les entreprises et les travailleurs algériens dépendront aussi des conditions de passation des contrats, de la formation et du transfert de compétences. Aucun détail de ce type n’a été communiqué à l’issue de la rencontre.

Une présence africaine à comparer, pas à transposer

Scatec développe des projets solaires et de stockage dans plusieurs marchés africains. Son portefeuille officiel recense notamment des activités en Égypte, en Afrique du Sud, au Botswana et en Tunisie. Sa filiale Release propose des installations solaires modulaires avec batteries, notamment pour des services publics d’électricité. Au Cameroun, par exemple, elle a mis en service des centrales hybrides destinées à renforcer l’approvisionnement dans le nord du pays. Ces expériences montrent des formats possibles, mais ne préjugent pas du modèle qui conviendrait à l’Algérie.

En Égypte, le projet Obelisk associe une centrale solaire de grande taille à un système de batteries. Scatec a annoncé la mise en service commerciale de sa première phase en février 2026 ; la seconde phase devait encore être achevée. Cet exemple illustre la capacité du groupe à combiner production et stockage. Il ne permet toutefois pas d’anticiper les conditions d’un éventuel projet algérien, qui dépendrait du cadre réglementaire, des besoins de Sonatrach et des priorités nationales.

À l’échelle régionale, l’Algérie appartient à l’Union du Maghreb arabe, dont la coopération économique reste limitée. Les perspectives énergétiques dépassent néanmoins cette enceinte : l’interconnexion des réseaux et les échanges d’électricité en Afrique du Nord font partie des enjeux de long terme. Le ministère algérien présente également le développement des renouvelables comme un levier de coopération avec d’autres pays africains. Pour l’Union africaine, la question est familière : augmenter les capacités propres tout en assurant l’accès, la stabilité des réseaux et des retombées locales.

La prochaine étape sera moins diplomatique que pratique : savoir si les discussions débouchent sur une étude, un protocole ou un projet défini, et dans quelles conditions. Les indicateurs à suivre sont la publication d’un accord, l’identification des sites, le financement et le rôle confié aux entreprises algériennes. Pour l’heure, Scatec a manifesté son intérêt ; l’Algérie, elle, poursuit un programme renouvelable dont la mise en œuvre reste le principal test.