À El Oued, l’électricité solaire gagne du terrain dans un pays où presque toute la production repose encore sur le gaz. L’écart entre ces deux réalités résume le défi algérien : construire rapidement des capacités renouvelables, puis les faire peser davantage dans l’alimentation effective du réseau.

Un nouveau palier dans le Sud-Est algérien

Le 26 octobre 2026, les autorités algériennes ont inauguré la centrale photovoltaïque de Foulia, dans la wilaya d’El Oued. Sa puissance annoncée atteint 300 mégawatts-crête (MWc), une mesure de la puissance maximale théorique des panneaux dans des conditions normalisées. La télévision algérienne et plusieurs médias nationaux ont rapporté sa mise en service.

Foulia s’ajoute aux centrales de Tendla, dans la wilaya d’El Meghaïer, et d’El Ghrous, dans celle de Biskra. Toutes deux affichent une puissance de 200 MW et ont été mises en service en 2026, selon la Radio algérienne. Ensemble, ces trois installations représentent 700 MW de capacité solaire annoncée.

Ce total dépasse les 437 MW de capacité photovoltaïque recensés en Algérie à la fin de 2024 dans les statistiques de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), dernière année couverte par le tableau consulté. Cette comparaison donne une idée de l’ampleur du changement, mais elle ne mesure pas directement l’électricité effectivement produite : une centrale peut être installée sans fonctionner à pleine puissance en permanence.

La puissance installée ne suffit pas

Le poids du solaire dans le mix électrique reste très faible au regard de celui du gaz. Dans son rapport Electricity 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les centrales à gaz fournissent 99 % de l’électricité algérienne. Le document prévoit aussi une hausse moyenne annuelle de plus de 3,6 % de la production électrique au gaz entre 2026 et 2030.

La progression des centrales solaires ne signifie donc pas, à elle seule, que la consommation de gaz va diminuer. Si la demande d’électricité augmente rapidement, les nouvelles installations renouvelables peuvent répondre à une partie de cette hausse sans remplacer immédiatement les centrales thermiques. C’est l’un des enjeux derrière l’objectif algérien de porter les capacités solaires à 15 000 MW d’ici 2035.

Pour évaluer les effets concrets des projets, il faudra suivre l’énergie qu’ils injectent dans le réseau, et pas seulement leur puissance nominale. Le raccordement, la disponibilité des équipements, l’entretien et l’équilibre entre production et demande comptent aussi. Le solaire produit selon l’ensoleillement ; le réseau doit donc pouvoir gérer ces variations et mobiliser d’autres moyens lorsque la production baisse.

Des effets qui se jouent aussi localement

Ces projets déplacent une partie de l’investissement énergétique vers des wilayas de l’intérieur et du Sud-Est. Les bénéfices locaux dépendront toutefois des retombées durables : emplois liés à l’exploitation et à la maintenance, formation, commandes aux entreprises et renforcement des infrastructures électriques. Les annonces de puissance ne permettent pas, à elles seules, de déterminer combien d’emplois seront créés ni combien d’activités locales en profiteront.

Le changement concerne aussi les usagers. Dans les grandes villes comme Alger, la demande dépend notamment des ménages, des services et de l’industrie. Dans les territoires où les centrales sont implantées, leur contribution dépendra aussi de la capacité du réseau à transporter l’électricité vers les lieux de consommation. Une installation située dans une région ensoleillée n’assure donc pas automatiquement une alimentation plus fiable pour les habitants proches.

Le gaz conserve par ailleurs un rôle central dans l’économie algérienne et dans ses échanges énergétiques. Réduire sa part dans la production électrique est ainsi une question de fonctionnement du réseau, mais aussi d’arbitrage entre besoins intérieurs, recettes d’exportation et investissements. Les renouvelables peuvent contribuer à préserver davantage de gaz pour d’autres usages ou pour la vente, mais cet effet dépendra du rythme de croissance de la demande et de la production solaire réelle.

Une transition à inscrire dans la coopération régionale

En Afrique du Nord, le développement solaire algérien s’inscrit dans un espace où plusieurs pays cherchent à diversifier leurs approvisionnements et à renforcer les interconnexions électriques. L’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale réunissant notamment l’Algérie, la Tunisie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie, constitue un cadre politique de coopération. La concrétisation d’échanges régionaux dépend cependant de décisions, d’infrastructures et d’accords entre États.

À l’échelle du continent, le contraste algérien rappelle que l’augmentation des capacités renouvelables et la transformation du mix électrique sont deux étapes distinctes. L’enjeu ne se limite pas à installer des panneaux : il faut raccorder les centrales, intégrer leur production au réseau et organiser le complément fourni par les autres sources. La prochaine mesure à surveiller sera donc la production effectivement livrée par les nouvelles unités, ainsi que la place du solaire dans les statistiques nationales.

Avec Foulia, l’Algérie ajoute une installation importante à son parc photovoltaïque. Mais le chiffre décisif, à terme, ne sera pas seulement celui des mégawatts inaugurés. Ce sera la part d’électricité solaire réellement injectée dans un système encore presque entièrement alimenté au gaz.