Pour les familles réunies à Port-Gentil, les opérations de secours ne se résument pas à un bilan : elles déterminent si l’attente peut encore laisser place à des nouvelles. Le naufrage du Prospector 5, au large de Mayumba, met aussi à l’épreuve la capacité du Gabon à coordonner secours maritimes, accompagnement des rescapés et contrôle d’une activité pétrolière en mer.
Une mobilisation entre Mayumba et Port-Gentil
La plateforme de forage a sombré le samedi 24 octobre 2026, sur le permis pétrolier Dussafu Marin, au large de Mayumba, dans la province de la Nyanga. Selon le ministère gabonais du Pétrole et du Gaz, 115 personnes se trouvaient à bord : 110 ont été secourues et cinq étaient encore portées disparues dans le bilan officiel publié le lendemain. Borr Drilling, l’opérateur, a confirmé ces chiffres et indiqué que les recherches continuaient. Le communiqué du ministère gabonais sur le Prospector 5 et le point de Borr Drilling concordent sur ce premier bilan.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema s’est rendu à Port-Gentil le lundi 26 octobre pour rencontrer des rescapés et leurs proches. Le média local Ogooué-Maritime Infos rapportait que cent personnes étaient alors arrivées dans la ville et que six avaient été hospitalisées. Les dix autres rescapés devaient encore rejoindre le port. Ce décompte décrit leur acheminement à cette date, distinct du bilan total des personnes secourues. Le suivi local de l’évacuation vers Port-Gentil précise cette étape.
Le chef de l’État a également échangé avec les familles et visité les blessés à l’hôpital, selon la présidence gabonaise. Ces gestes ne remplacent ni les recherches ni l’enquête attendue. Ils se déroulent dans une ville dont l’activité et les services sont étroitement liés au secteur pétrolier, tandis que l’accident s’est produit loin de la capitale, sur le littoral sud-ouest.
Des bilans qui évoluent, une enquête à établir
La prudence reste nécessaire sur le sort des cinq personnes initialement recherchées. Le communiqué ministériel du 25 octobre les déclarait toutes disparues. Le 26 octobre, l’Agence gabonaise de presse, citant une source autorisée de la gendarmerie de Mayumba, a rapporté que trois avaient été retrouvées et que deux restaient introuvables. De son côté, Reuters a cité des sources faisant état d’un décès et de quatre personnes encore manquantes, information que le gouvernement n’avait pas confirmée dans son bilan. Ces versions ne concordent donc pas entièrement. L’Agence gabonaise de presse et le compte rendu de Reuters rapportent ces évolutions selon des sources différentes.
Le gouvernement a ouvert une enquête technique pour déterminer les circonstances et les responsabilités éventuelles. L’accident se serait produit pendant le préchargement, une phase où les appuis de la plateforme autoélévatrice sont mis en charge avant le forage. Borr Drilling a évoqué, dans ses informations préliminaires, un possible « punch-through » : un appui qui s’enfonce brusquement dans le fond marin et déstabilise l’installation. Cette explication reste à vérifier par l’enquête.
La plateforme était opérée par Borr Drilling pour le compte de BW Energy Gabon, près de l’installation de production MaBoMo. Le ministère a activé une cellule de crise réunissant notamment la Marine nationale, l’Agence nationale des parcs nationaux et les deux entreprises. Il a aussi indiqué qu’aucun rejet nocif n’avait été constaté à ce stade, tout en maintenant une surveillance de la zone et du littoral. Cette première observation ne vaut pas bilan environnemental définitif.
Une coopération régionale et des responsabilités à suivre
La proximité des eaux de la République du Congo rend la coordination maritime importante. Selon les informations communiquées par les autorités gabonaises et relayées par Gabon 24, Libreville a sollicité l’appui de la marine congolaise pour étendre les recherches. Le président Denis Sassou Nguesso aurait accepté cette demande. Le partage des moyens entre pays voisins peut élargir la zone de secours, mais les autorités devront rendre compte des résultats et clarifier la chaîne de responsabilité entre opérateurs privés et services publics.
Le dossier concerne aussi la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, dont sont membres le Gabon et la République du Congo. Elle n’est pas l’autorité chargée de l’enquête maritime, mais l’accident rappelle que la sécurité en mer et les risques environnementaux dépassent les frontières nationales. Pour les populations côtières, les pêcheurs et les travailleurs du secteur, la rapidité des alertes et la transparence sur les risques comptent autant que la reprise des activités industrielles.
Le précédent des accidents dans le secteur pétrolier gabonais renforce l’attention portée aux contrôles et à la prévention. Il ne permet toutefois pas de préjuger des causes de ce naufrage. Les prochaines informations décisives seront la confirmation officielle du bilan humain, l’avancée des recherches, les résultats de l’enquête et l’évaluation environnementale autour de Mayumba. La visite présidentielle marque une présence auprès des familles ; la réponse durable dépendra des faits établis et des mesures qui suivront.