Une coupure d’électricité ne s’arrête pas à l’interrupteur. Au Soudan, elle peut aussi immobiliser des pompes d’irrigation, perturber les soins et compliquer l’approvisionnement des marchés. Les frappes qui ont visé des installations électriques dans plusieurs États de l’est rappellent ainsi combien la guerre touche les services dont dépend la vie quotidienne.
Un réseau pris dans la guerre
Depuis avril 2023, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire, s’affrontent. Le conflit est né d’un différend entre les deux forces, notamment sur leur intégration prévue dans une armée unifiée et sur la transition vers un pouvoir civil. Il s’est étendu bien au-delà de Khartoum, la capitale, et a déplacé des millions de personnes.
La guerre a aussi gagné les infrastructures. En janvier 2025, des attaques de drones attribuées aux FSR ont touché la station d’Al-Shawak, dans l’État de Gedaref, et d’autres installations électriques. Le Comité international de la Croix-Rouge alertait alors sur les effets des frappes contre les centrales, les stations d’eau et les barrages : elles fragilisent l’accès aux services essentiels et exposent les équipes chargées des réparations.
Dans l’est, Gedaref et Kassala comptent parmi les zones où se sont réfugiées des personnes déplacées par les combats. La région est aussi un passage important pour les échanges et l’acheminement de biens. Une panne locale peut donc avoir des conséquences au-delà de la ville directement touchée, même si l’ampleur de ces effets dépend de la durée des coupures et de l’état des installations de remplacement.
Cinq installations visées, selon les autorités
Le 26 octobre 2026, des frappes de drones ont visé cinq installations électriques dans les États d’Al-Jazira, de Gedaref et du Nil Blanc. Deux se trouvent dans chacun des deux premiers États, et une dans le troisième. Les autorités soudanaises ont attribué les attaques aux FSR. Les zones concernées sont contrôlées par l’armée.
Les coupures ont affecté de vastes secteurs des trois États. Le groupe paramilitaire n’avait pas répondu publiquement aux accusations dans les comptes rendus consultés. Les circonstances et les dégâts n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante. Il faut donc distinguer le fait rapporté — des installations ont été touchées et l’alimentation électrique perturbée — de l’attribution des frappes, qui émane des autorités.
Des informations séparées sur les mêmes attaques font état de coupures dans quatre États, dont Sennar. Cette différence avec le bilan en trois États rapporté par d’autres médias n’est pas expliquée. Les informations disponibles ne permettent pas non plus de confirmer l’étendue précise des dégâts ni le calendrier des réparations.
L’épisode intervient alors que les attaques de drones sont devenues un moyen de frapper loin des lignes de front. Les installations électriques ne sont pas les seules concernées : le conflit a également visé des infrastructures liées à l’eau, au carburant et aux transports. En mai 2025, l’organisation régionale IGAD avait exprimé son inquiétude après des frappes de drones sur des infrastructures civiles à Port-Soudan.
Des répercussions au-delà de l’éclairage
Les conséquences les plus immédiates dépendent de l’endroit et de la durée des coupures. Les ménages peuvent perdre l’accès à certains services, tandis que les structures de santé et les réseaux de distribution d’eau ont besoin d’une alimentation électrique fiable. Les exploitations agricoles, elles aussi, peuvent être touchées lorsque les pompes d’irrigation ne fonctionnent plus.
Cette dernière conséquence compte particulièrement dans des zones agricoles comme Al-Jazira et Gedaref. Une panne peut perturber les travaux des producteurs et les activités des petites entreprises. Si elle dure, elle risque aussi de compliquer la conservation et la commercialisation de produits. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas de mesurer les pertes agricoles liées à ces frappes précises.
Les effets sont inégaux. Les foyers et entreprises capables d’utiliser un générateur peuvent parfois maintenir certaines activités, mais le carburant coûte cher et reste soumis aux aléas de l’approvisionnement. Les ménages à faibles revenus, les commerces informels et les services publics ont moins de solutions de rechange. Dans les zones rurales, l’interruption d’une pompe peut peser davantage sur l’accès à l’eau ou sur l’irrigation que dans un quartier desservi par plusieurs équipements.
La répétition de telles attaques complique également la tâche des techniciens. Chaque remise en service mobilise des équipes et du matériel, alors que les déplacements et les réparations se déroulent dans un contexte de guerre. Le précédent d’Al-Shawak montre que des dommages à un point du réseau peuvent interrompre l’alimentation au-delà de la seule installation visée.
Un enjeu régional de protection des civils
Le conflit soudanais concerne directement les pays voisins et les organisations régionales. Le Soudan est membre de l’IGAD, l’organisation intergouvernementale d’Afrique de l’Est, qui a appelé à protéger les infrastructures civiles. L’Union africaine, de son côté, reste confrontée à la difficulté de soutenir une issue politique et de limiter les répercussions régionales de la guerre.
Les Nations unies ont récemment signalé plus de 300 morts lors d’attaques de drones au cours des trois premières semaines d’octobre. Ce bilan concerne les frappes de drones dans le conflit, et non les attaques contre les centrales du 26 octobre. Il souligne la montée des risques pour les civils, sans permettre d’attribuer ces décès à un camp unique ni de les lier aux coupures d’électricité rapportées ici.
La suite dépendra notamment de la rapidité des réparations et de la capacité des équipes à accéder aux sites. Il faudra aussi surveiller si les coupures s’étendent, combien de temps elles durent et si d’autres infrastructures essentielles sont visées. Pour les Soudanais, l’enjeu dépasse le retour du courant : il s’agit de préserver des services indispensables dans un pays où la guerre désorganise déjà les institutions et les réseaux du quotidien.