Pour un petit commerçant ou une entreprise en croissance, obtenir un financement adapté peut peser autant que trouver de nouveaux clients. En Côte d’Ivoire, Baobab veut faire de cette demande un levier pour changer d’échelle : l’établissement vise le rang de première institution de microfinance africaine en 2027, puis celui de l’un des cinq premiers établissements financiers du continent en 2035.

Un acteur ivoirien devenu poids lourd de l’UMOA

Cette ambition s’appuie d’abord sur un marché national en expansion. La Côte d’Ivoire appartient à l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), qui rassemble huit pays partageant notamment le franc CFA et une banque centrale commune, la BCEAO. Elle est aussi membre de la CEDEAO, la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest. Dans cet espace, l’activité de microfinance ivoirienne a pris une place comparable à celle du Sénégal, selon les données présentées par la direction de Baobab.

Créée en octobre 2010 sous le nom de Microcred Côte d’Ivoire, l’institution est devenue Baobab en 2019. Elle prête aux particuliers, aux microentrepreneurs et aux petites entreprises, dont une partie accède difficilement aux services bancaires classiques. Son réseau compte 38 agences et points de service, complétés par près de 300 correspondants, selon les chiffres communiqués par l’entreprise.

Les données de décembre 2025 donnent une mesure de son implantation. Baobab détenait alors un portefeuille de crédits de 209 milliards de francs CFA et 103 milliards de francs CFA d’épargne. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) confirme ces montants et indique que l’établissement servait plus de 320 000 clients. Elle estime sa part à environ 29 % des crédits en cours en Côte d’Ivoire.

Des résultats en hausse, des objectifs à éprouver

À l’occasion de ses quinze ans d’activité, lors d’une conférence de presse tenue à Abidjan le 23 octobre 2026, la direction a présenté un bénéfice net de 10,7 milliards de francs CFA pour 2025, contre environ 8 milliards en 2023. Elle a également annoncé un résultat net de 8,9 milliards sur les huit premiers mois de 2026. Ces données intermédiaires, comme les ambitions à 2027 et 2035, sont celles communiquées par l’entreprise et ne constituent pas des objectifs validés par un classement indépendant.

La clientèle serait passée de 324 000 personnes fin 2025 à près de 350 000 fin août 2026. Les effectifs auraient dépassé le millier, contre 929 à la clôture de l’exercice précédent. La direction affirme que Baobab représente 28 % des crédits du secteur ivoirien, 20 % de son bilan et 11 % de son épargne. Elle revendique aussi le premier rang de l’UMOA par le total de bilan. Ces parts et comparaisons proviennent de chiffres présentés par l’institution ; les séries publiques comparables de la BCEAO étant plus anciennes, elles appellent à la prudence.

La croissance ne dit pas, à elle seule, si les prêts sont remboursés ni si l’épargne est gérée de manière durable. Baobab indique que son portefeuille à risque à 90 jours, soit la part des crédits en retard d’au moins trois mois, était de 1,3 % fin 2025 et de 2,2 % fin août 2026. La direction le situe sous un seuil de référence de 3 % qu’elle attribue à la BCEAO. Le ratio a néanmoins augmenté en huit mois : sa trajectoire mérite autant d’attention que le volume des prêts.

Cette vigilance prend un relief particulier au regard des difficultés rencontrées par l’établissement en 2017. Son directeur général, Ruben Dieudonné, a évoqué à cette occasion un PAR90 proche de 9 %, des faiblesses de contrôle interne et des fraudes. La direction dit avoir ensuite revu ses procédures, sa surveillance et son recouvrement. Ce retour d’expérience rappelle que l’expansion du crédit exige des contrôles solides, pour protéger l’institution comme ses clients.

Financer la croissance sans exclure les petites structures

Les prêts proposés vont de 100 000 à 700 millions de francs CFA et couvrent des besoins de trésorerie, des investissements, des activités agricoles ou le lancement d’entreprises. La part destinée aux PME varie selon la définition retenue : selon la direction, les financements supérieurs à 60 millions représentent environ 20 à 25 % de l’encours ; avec un seuil de 20 millions, cette part approche la moitié.

Cette distinction compte pour les entreprises informelles ou en cours de structuration. Un prêt peut soutenir leur activité, mais l’accès à des montants plus importants suppose souvent une meilleure traçabilité et des documents financiers plus complets. Baobab dit accompagner certains clients dans cette progression par un suivi de proximité, des rencontres et des formations. La direction cite des entrepreneurs passés de prêts d’un ou deux millions à des financements de 100 à 150 millions de francs CFA.

Le groupe mise aussi sur des outils numériques et sur l’interconnexion des paiements dans l’UMOA. La plateforme régionale de paiement instantané lancée par la BCEAO en septembre 2025 doit faciliter les transferts entre participants compatibles, sans remplacer le rôle des agences pour les clients qui ont besoin d’un accompagnement direct. Pour les vendeurs, artisans et petits employeurs, l’enjeu concret reste de pouvoir emprunter à des conditions soutenables et d’effectuer leurs paiements sans rupture.

La suite se jouera aussi dans la qualité du crédit

La BERD décrit Baobab Côte d’Ivoire comme un acteur majeur du financement des petites et moyennes entreprises. Son projet d’investissement prévoit notamment de diriger une part des fonds vers des entreprises dirigées par des femmes, l’éducation privée abordable et des projets verts. Cette orientation élargit les usages possibles du financement, mais son effet dépendra des prêts effectivement accordés et de leur suivi.

À l’échelle régionale, la progression de Baobab illustre le poids grandissant du marché ivoirien dans la microfinance de l’UMOA, face à des acteurs installés de longue date au Sénégal. À l’échelle panafricaine, l’objectif affiché par l’entreprise devra se mesurer à des établissements aux modèles et aux marchés différents. Les prochains indicateurs à surveiller sont la qualité du portefeuille, l’évolution de l’épargne et la capacité à financer davantage de petites entreprises sans relâcher la gestion du risque.