Un espace permanent pour présenter des produits, un marché mensuel pour les vendre : à Accra, le Ghana mise sur des contacts commerciaux plus directs pour transformer ses entreprises locales en exportateurs. Le défi ne s’arrête pas à trouver des acheteurs. Il faut aussi produire régulièrement, respecter les normes et acheminer les marchandises à un coût compétitif.
Un lieu de vente et de préparation à l’export
Le 23 octobre 2026, la Ghana Export Promotion Authority (GEPA), l’organisme public chargé de promouvoir les exportations, a inauguré l’Accra Trade House et lancé le GEPA Friday Market. La cérémonie s’est tenue à l’Africa Trade House, dans la capitale ghanéenne. Plusieurs médias ghanéens ont rapporté l’ouverture et les objectifs de ces deux dispositifs.
L’Accra Trade House doit servir de vitrine permanente aux produits fabriqués au Ghana. Elle vise à rapprocher producteurs, entreprises exportatrices et acheteurs, au-delà des salons ponctuels. Selon les annonces faites lors de l’inauguration, le lieu doit aussi contribuer à regrouper des produits destinés aux espaces commerciaux ghanéens à l’étranger, notamment à Nairobi, Londres et Philadelphie.
Le Friday Market complète cette fonction. Il doit se tenir le dernier vendredi de chaque mois, de 8 heures à 19 heures, afin que les producteurs vendent directement aux consommateurs, aux grossistes, aux détaillants et aux acheteurs institutionnels. L’offre annoncée mêle dérivés du cacao, noix de cajou, bananes, ignames, plantains, ananas et artisanat.
Pour les petites et moyennes entreprises, l’intérêt est aussi de tester leurs produits et leur présentation auprès du public. Les retours peuvent aider à ajuster l’emballage, le prix ou la qualité. Mais une présence sur un marché ne garantit pas, à elle seule, une commande à l’étranger : les entreprises doivent encore répondre aux exigences de certification, de traçabilité et de livraison des marchés ciblés.
Une croissance à convertir en commandes durables
Ces initiatives arrivent après une forte progression des exportations non traditionnelles. La GEPA a évalué leurs recettes à 5,006 milliards de dollars en 2025, contre 3,83 milliards en 2024, soit une hausse de 30,7 %. Ces exportations regroupent les produits autres que les principales exportations traditionnelles du Ghana, notamment l’or, le pétrole brut, le cacao et le bois.
La Ghana News Agency, agence de presse nationale, a relayé les chiffres de la GEPA en avril 2026. La Banque du Ghana a également constaté une progression des exportations non traditionnelles dans ses données économiques, même si ses séries statistiques ne reprennent pas exactement le même périmètre ni le même montant. L’écart rappelle qu’il faut distinguer les catégories et méthodes de calcul avant de comparer les chiffres.
La valeur ajoutée compte déjà dans cette dynamique. D’après le compte rendu de la GEPA relayé par l’agence nationale, les produits transformés ou semi-transformés ont représenté une part importante des recettes de 2025, avec une place notable pour les dérivés du cacao. Transformer localement peut accroître la valeur captée par les entreprises ghanéennes, plutôt que d’expédier seulement des matières premières. Cela suppose toutefois un accès fiable au financement, à l’énergie, aux intrants et aux équipements.
Les bénéfices potentiels ne seront pas répartis automatiquement. Les entreprises établies à Accra peuvent accéder plus facilement aux acheteurs et aux services logistiques. Les producteurs des régions agricoles, eux, ont besoin de routes, de stockage et de chaînes du froid pour livrer à temps. Les petites structures peuvent profiter d’une vitrine commune, mais elles restent exposées aux coûts de conformité et aux difficultés de financement que les grandes entreprises absorbent plus aisément.
De l’ambition nationale au marché ouest-africain
La stratégie s’inscrit dans le programme ghanéen de développement accéléré des exportations et dans l’agenda 24-Hour Economy, qui cherche à renforcer la production, la transformation et l’emploi. En mai 2025, la présidence avait fixé l’objectif de porter les recettes annuelles des exportations non traditionnelles d’environ 3,5 milliards de dollars à au moins 10 milliards d’ici 2030. Les résultats de 2025 rapprochent le pays de cette cible, sans encore démontrer que la croissance sera durable.
Le débouché régional est central. Le Ghana appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et participe à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à faciliter les échanges entre pays africains. Toutefois, l’accès à ces marchés dépend aussi des règles d’origine, des normes, des formalités douanières et des infrastructures de transport. Une vitrine à Accra peut créer des contacts ; elle ne supprime pas ces obstacles.
La suite se mesurera donc à des résultats concrets : des contrats récurrents, des volumes effectivement expédiés et davantage de petites entreprises capables de vendre au-delà du marché intérieur. La GEPA a aussi évoqué de possibles espaces commerciaux dans des villes européennes, mais ces implantations restent des projets annoncés. Pour le Ghana, l’enjeu est de relier promotion commerciale, production locale et accès réel aux marchés ouest-africains et internationaux.