Une pompe fermée la nuit ne règle pas, à elle seule, le manque de carburant. Au Niger, les nouvelles horaires doivent surtout donner aux camions-citernes le temps de livrer. Mais pour les conducteurs et les commerçants, chaque heure sans essence peut déjà réduire les revenus du jour.
Une mesure d’urgence dans un marché déjà sous tension
La pénurie ne se limite pas à Niamey. Des difficultés d’approvisionnement avaient été signalées dans plusieurs villes avant de gagner la capitale, où les files d’attente se sont allongées à partir de la mi-octobre. Le 18 octobre, des responsables de stations indiquaient que leurs cuves étaient vides depuis plusieurs jours, tandis que des habitants racontaient avoir attendu ou cherché du carburant sans succès.
Le Niger produit du pétrole brut, mais cela ne garantit pas que l’essence soit disponible en quantité suffisante. La Société de raffinage de Zinder (SORAZ), seule raffinerie du pays, transforme une partie du brut en produits pétroliers. Sa capacité nominale ne signifie pas qu’elle puisse couvrir en permanence toute la demande, ni que sa production se compose uniquement d’essence.
La structure de l’approvisionnement compte aussi. Selon les éléments communiqués par le ministère de l’Énergie et rapportés le 18 octobre, la production nationale ne répond pas à l’ensemble des besoins. La contraction des ventes informelles d’essence venue du Nigeria a également réduit une source d’approvisionnement utilisée jusque-là, notamment dans les régions proches de la frontière. L’arrêt des exportations de super et de gasoil, décidé en octobre pour privilégier le marché local, constitue une autre réponse des autorités.
La situation s’inscrit dans une trajectoire politique marquée depuis juillet 2023 par la prise de pouvoir militaire et la volonté affichée de renforcer le contrôle national sur les ressources. Elle se joue aussi dans un espace régional où le Niger est membre de l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Burkina Faso, après sa sortie de la CEDEAO. Les flux de carburant, eux, restent liés aux échanges transfrontaliers et aux circuits de transport de la région.
Une fenêtre nocturne pour livrer les stations
Depuis le lundi 19 octobre 2026, les stations-service doivent interrompre la vente au public de 21 heures à 6 heures, sauf celles désignées pour assurer une permanence. Le communiqué conjoint des ministères de l’Intérieur, du Pétrole et du Commerce présente cette organisation comme temporaire. Elle doit faciliter le ravitaillement, notamment par la Société nigérienne de pétrole (SONIDEP), et sécuriser les livraisons.
Les autorités ont prévu des stations de permanence dans les arrondissements communaux et ruraux. Les lieux et les modalités doivent être communiqués par les services compétents. Le communiqué interdit également la vente de carburant hors des stations dans les localités qui en possèdent au moins une. Il indique que le dispositif pourra être adapté ou levé selon l’évolution de l’approvisionnement.
Le 21 octobre, lors d’une visite au dépôt de Sorey, le ministre du Pétrole Hamadou Tini a évoqué environ 1,15 million de litres livrés quotidiennement. Il a aussi demandé que les stations soient en mesure de servir les clients dès 6 heures. Ce chiffre et cette assurance décrivent la position des autorités ; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir que les volumes arrivent régulièrement dans chaque ville ou répondent à la demande locale.
Les difficultés logistiques restent au cœur des échanges. Le 16 octobre, la nouvelle direction de la SONIDEP a rencontré les transporteurs d’hydrocarbures pour discuter des blocages et accélérer les livraisons. Deux jours après l’entrée en vigueur des horaires, les ministres se sont également interrogés sur les retards de ravitaillement et ont demandé le respect du planning hebdomadaire établi avec les stations.
Du coût immédiat pour les transporteurs
Pour un conducteur de taxi, le problème ne se mesure pas seulement au prix du litre. Il se mesure aussi au temps perdu dans une file, aux courses refusées et aux versements quotidiens qui restent dus. Un témoignage recueilli à Niamey dans la matière disponible évoque des recettes habituelles de 20 000 à 23 000 francs CFA par jour, dont 12 500 consacrés au carburant et 8 000 au paiement du véhicule. Ces montants n’ont pas été corroborés par une seconde source indépendante et doivent donc être considérés comme le cas rapporté d’un conducteur, non comme une moyenne du secteur.
Le Syndicat des conducteurs de taxis (Synctaxi) demande un assouplissement du dispositif, selon les éléments transmis. Son secrétaire général, Ganda Sanda, souligne que l’accès au carburant dépend désormais des autorisations et des stations de permanence. Cette demande illustre un arbitrage concret : libérer du temps pour les livraisons peut aider les stations, mais limiter les points de vente la nuit complique la mobilité des personnes qui travaillent tard et des professionnels du transport.
L’interdiction de vendre en bidons hors station pose une autre question d’accès. Elle vise à canaliser la distribution dans les zones déjà desservies par une station. Mais les habitants de localités éloignées, les petits vendeurs et les conducteurs qui dépendent de circuits informels peuvent en ressentir les effets différemment. La mise en œuvre devra donc être évaluée selon les territoires, et pas uniquement à partir de la situation des pompes de Niamey.
Le test sera la régularité des livraisons
À court terme, l’indicateur décisif sera la capacité de la SONIDEP et des transporteurs à alimenter les stations au-delà des annonces de volumes globaux. Il faudra aussi observer si les stations de permanence sont effectivement accessibles, si les files diminuent et si la distribution s’améliore dans les villes de l’intérieur. Le gouvernement annonce un suivi régulier, sans fixer dans le communiqué de date de fin aux restrictions.
À l’échelle ouest-africaine, cet épisode rappelle que la sécurité énergétique dépend autant des capacités de raffinage que des réseaux de transport, des frontières et des circuits de vente. Pour les ménages comme pour l’économie informelle, une pénurie pèse rapidement sur les déplacements et les revenus. Pour les autorités nigériennes, l’enjeu est désormais de transformer une fermeture nocturne en approvisionnement plus prévisible, sans déplacer le manque d’une ville ou d’un groupe d’usagers vers un autre.
Le communiqué gouvernemental et les comptes rendus disponibles sur les tensions d’approvisionnement apportent des éclairages complémentaires : détail des horaires et des stations de permanence, visite ministérielle au dépôt de Sorey et contexte sur la pénurie et le raffinage.