Pour une personne qui veut envoyer de l’argent d’un compte bancaire vers un portefeuille mobile, le problème ne tient pas seulement à la rapidité. Il faut aussi que les institutions puissent communiquer entre elles. En Guinée, NimbaPay veut réduire cette séparation. Ses premiers chiffres donnent une indication de son activité, mais son extension à davantage de prestataires sera déterminante.

Un réseau commun pour des paiements entre institutions

Lancée officiellement à Conakry le 22 juillet 2026, la plateforme relie banques, établissements de monnaie électronique et institutions de microfinance. Elle est placée sous la supervision de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et opérée par la Guinéenne de Monétique, ou GuiM. L’infrastructure repose sur Mojaloop, une technologie ouverte conçue pour permettre à différents prestataires de traiter des paiements sur un réseau commun.

Le principe est celui de l’interopérabilité : un client peut transférer des fonds entre des institutions différentes, sans que celles-ci aient à utiliser le même réseau interne. NimbaPay prend aussi en charge les paiements aux commerçants. La plateforme est accessible par les services des établissements participants, notamment leurs applications ou leurs menus téléphoniques, selon les informations de GuiM.

Ce projet s’inscrit dans une évolution plus large des paiements numériques en Afrique de l’Ouest. Il ne faut toutefois pas confondre la Guinée avec les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui partagent notamment le franc CFA et développent leur propre système régional de paiement instantané. La Guinée utilise le franc guinéen et relève de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont elle est membre.

Des premiers volumes, mais une participation encore limitée

Selon les chiffres attribués à la BCRG et communiqués le 22 octobre, sept établissements étaient connectés au 15 octobre. Depuis le lancement, près de 67 000 transactions, d’une valeur supérieure à 68 milliards de francs guinéens, avaient été enregistrées. Le montant correspond à environ 7,6 millions de dollars. Ces données décrivent l’activité des premiers mois ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer le nombre de personnes qui utilisent régulièrement le système.

La GuiM confirme de son côté que sept institutions sont intégrées. Elle cite trois banques, trois établissements de monnaie électronique et une institution de microfinance, et nomme les participants sur sa page consacrée au service. La liste illustre l’intérêt d’associer plusieurs types de prestataires, plutôt que de limiter le réseau aux seules banques.

La BCRG n’a pas précisé, dans les informations rapportées sur les statistiques d’octobre, la répartition des opérations entre ces établissements, les transferts de personne à personne et les paiements marchands, ni leur valeur moyenne. Le volume financier cumulé ne permet donc pas de savoir quels usages dominent, ni si l’adoption progresse au-delà des premiers utilisateurs. Les chiffres détaillés restent attribués à la banque centrale ; la confirmation de GuiM porte sur le nombre et les catégories d’institutions connectées.

L’enjeu de l’élargissement est réel. Les données disponibles dans la matière publiée indiquent que la Guinée comptait 24 établissements de crédit agréés en juin 2026. Ce chiffre ne recouvre pas nécessairement tous les acteurs susceptibles de participer, notamment les opérateurs de monnaie électronique et les institutions de microfinance. Il montre néanmoins que les sept connexions actuelles ne représentent qu’une partie de l’écosystème financier concerné.

L’adoption dépendra aussi des usages quotidiens

Pour les particuliers, l’intérêt potentiel est concret : transférer de l’argent entre des services jusque-là séparés et payer un commerçant sans passer par un retrait d’espèces. Pour les petits commerces, un paiement numérique peut faciliter l’encaissement et réduire la nécessité de manipuler du liquide. Mais ces avantages dépendent de facteurs pratiques : frais, disponibilité du réseau, simplicité des procédures et capacité à résoudre les erreurs ou les litiges.

Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les clients des institutions déjà connectées peuvent accéder aux nouveaux transferts plus tôt. Les personnes qui utilisent surtout des services de proximité, ou qui vivent loin des points de service, bénéficieront du système seulement si leur prestataire rejoint le réseau et si les outils restent accessibles. L’interconnexion technique ne garantit donc pas, à elle seule, une inclusion financière plus large.

La confiance comptera également. Les paiements instantanés réduisent le délai de transfert, mais rendent essentiels la protection des comptes, la confirmation du bénéficiaire et le traitement des opérations contestées. Les règles communes devront préciser les responsabilités des institutions et de l’opérateur lorsqu’un transfert échoue ou qu’une erreur survient. La transparence sur les frais et la disponibilité du service pèsera aussi dans les choix des commerçants et des ménages.

La prochaine étape : consolider les règles et préparer l’ouverture régionale

En parallèle du déploiement technique, la BCRG prépare, avec l’appui de la Banque mondiale, un projet de loi sur les systèmes et moyens de paiement ainsi qu’une stratégie nationale pour 2027-2030. Ce chantier réglementaire doit encadrer les acteurs et les opérations à mesure que les paiements numériques se développent. Les textes devront notamment clarifier les obligations de sécurité et les mécanismes de règlement des différends.

GuiM présente aussi une trajectoire d’extension : l’intégration de paiements publics et de paiements transfrontaliers figure parmi les objectifs annoncés à l’horizon de fin 2027. Il s’agit d’une perspective, non d’un service déjà disponible. Sa réalisation dépendra de la préparation des institutions et des accords nécessaires avec les partenaires concernés.

À l’échelle ouest-africaine, la question dépasse le seul confort des transferts intérieurs. Des systèmes nationaux compatibles peuvent, à terme, faciliter les paiements entre pays, mais la Guinée devra coordonner cette ambition avec ses voisins et les dispositifs régionaux existants. À court terme, les indicateurs à suivre sont plus immédiats : le nombre de prestataires effectivement raccordés, la régularité du service et la part des paiements marchands dans les transactions. Ils diront si NimbaPay devient une infrastructure utilisée au quotidien ou reste un réseau encore limité à ses premiers participants.