À Miski, dans le Tibesti, la paix dépend aussi de la question de savoir qui contrôle les sites aurifères et qui bénéficie de leurs revenus. La reprise des tirs, le 14 octobre 2026, remet au premier plan des engagements restés fragiles entre l’État tchadien et les représentants locaux.

Un accord de paix sans mécanisme pleinement opérationnel

Le gouvernement et le Comité d’autodéfense de Miski ont signé un accord à Bardaï le 20 avril 2025. Il devait mettre fin à plusieurs années de tensions autour de l’or et organiser les relations entre les autorités et les acteurs locaux. Or, plus d’un an après, plusieurs dispositions seraient encore en attente.

D’après des sources institutionnelles citées par Tchadinfos dans son enquête sur l’accord de Miski, la commission chargée du suivi n’aurait pas été formellement installée. Le comité local dénonce, lui, le non-respect d’engagements portant notamment sur des nominations et l’intégration de ses membres. Ces griefs sont ceux d’une partie au conflit ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une constatation indépendante de la responsabilité de l’État.

La province du Tibesti se trouve à l’extrême nord du Tchad, dans un espace montagneux où l’éloignement complique les déplacements, l’administration et l’accès aux services. L’exploitation aurifère y attire des travailleurs et des opérateurs venus de différentes régions. Elle ouvre des perspectives de revenus, mais alimente aussi des rivalités sur les permis, la sécurité des sites et le partage des ressources.

Deux officiers tués, selon l’armée

Le 14 octobre, des échanges de tirs ont opposé des éléments de la Brigade minière à des membres du Comité d’autodéfense. Dans un communiqué rapporté par plusieurs médias, l’état-major tchadien a fait état de deux officiers tués et de neuf blessés dans ses rangs. L’armée attribue l’attaque au comité, qui rejette cette lecture des événements.

Le bilan militaire a été repris par l’agence africaine APA et par Tchadinfos. Ces recoupements confirment que les autorités ont annoncé ces pertes, mais pas l’ensemble des circonstances ni les responsabilités contestées. Le Comité d’autodéfense affirme de son côté que des civils auraient été tués lors d’une frappe de drone ; cette allégation n’a pas pu être confirmée indépendamment et doit rester attribuée.

Après les combats, les autorités ont renforcé leur présence dans la zone. Des responsables locaux et des figures du Tibesti ont appelé à l’arrêt des hostilités et à la reprise du dialogue. Le Portail de la Renaissance du Tchad rapporte qu’un appel lancé par des cadres, des jeunes et des chefs traditionnels réclame l’application complète de l’accord de Bardaï.

La sécurité des mines ne règle pas la question du partage

La Brigade minière est chargée de sécuriser les activités minières. Mais la présence de forces armées autour des sites ne répond pas, à elle seule, aux questions qui alimentent les tensions : qui peut exploiter l’or, selon quelles règles, et quelle place revient aux communautés locales dans les décisions ? Lorsque les mécanismes de concertation ne fonctionnent pas, une opération de sécurité peut être perçue localement comme une décision imposée plutôt que comme une protection commune.

Le Comité d’autodéfense dit défendre sa région et ses ressources, tandis que l’État présente la sécurité des sites et le respect de l’ordre comme des enjeux de souveraineté. Ces positions ne suffisent pas à établir les faits sur les affrontements. Elles montrent toutefois le désaccord politique qui entoure la gestion de l’or. La reprise des combats souligne ainsi l’écart entre la signature d’un accord et son application concrète.

Les effets ne sont pas les mêmes pour tous. Les autorités cherchent à maintenir leur contrôle sur une province éloignée et à encadrer l’exploitation minière. Pour les habitants, l’insécurité peut perturber les déplacements et les activités économiques locales. Les orpailleurs, commerçants et transporteurs dépendent, eux, de l’accès aux sites et des routes. Une fermeture ou une militarisation prolongée peut donc affecter les revenus au-delà des seuls acteurs armés.

Un enjeu local suivi depuis N’Djamena

Au niveau national, la crise met à l’épreuve la capacité du gouvernement à faire respecter un accord conclu avec des représentants locaux. La médiation et la commission de suivi sont des mécanismes essentiels : elles peuvent clarifier les engagements, traiter les différends et éviter que chaque incident ne relance la confrontation. Leur fonctionnement importe autant que les annonces de renforts.

Le Tchad est membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six pays d’Afrique centrale autour d’une coopération économique et monétaire. La crise de Miski n’est pas, en elle-même, un dossier de la CEMAC. Elle rappelle néanmoins que la stabilité des zones frontalières et la gestion concertée des ressources comptent dans une région où les mobilités et les enjeux sécuritaires dépassent les frontières nationales.

Dans l’immédiat, les appels au calme ne remplaceront pas le suivi de l’accord. Les prochaines étapes à surveiller sont la mise en place effective de la commission, l’éclaircissement des responsabilités dans les combats du 14 octobre et la poursuite des procédures contre les personnes arrêtées, sans préjuger de leur culpabilité. Pour les habitants de Miski comme pour les autorités à N’Djamena, l’enjeu est de rétablir un cadre de dialogue capable de traiter les tensions autour de l’or sans faire de la force le principal arbitre.